Projet de forêt modèle et école chez les Indiens Montagnais

 

Visite de la forêt modèle du Lac St Jean avec Claude Marceau, ami de longue date (40 ans ! -il m’a connu quand j’apprenais à faire du vélo). Claude travaille pour Emploi Québec (l’ANPE québecquoise) et monte des dossiers de soutien à la création ou au maintien de l’emploi grâce au financement de formations.

Il pleut, vente, tonne. Nous sommes sur le plateau de la Réserve Faunique Jacques Cartier, au nord de Québec. A la faveur d’une éclaircie, je demande à Claude de quitter la route principale (et unique). Histoire de nous dégourdir les jambes et de vérifier par moi-même ce que dit « l’Erreur Boréale », le film de Richard Desjardins sur les coupes rases généralisées, qui sont ensuite mal ou non régénérées. C’est ce film, après une balade mémorable en forêt avec mon père, qui m’a décidé en 2005 à passer à l’action et à fonder Kinomé. Un pèlerinage donc ! Et malheureusement mon petit sondage symbolique est sans appel : les coupes rases s’étendent à perte de vue et  la régénération naturelle (pratiquée à 80%) se fait…mais très lentement, au milieu des andins (tas) de rémanents aux allures de Verdun, et de façon anarchique : quelques résineux là, que du bouleau et du tremble ailleurs, presque rien encore ailleurs. Rien d’économiquement re-exploitables avant des générations , et encore…

Nous reprenons la route, à peine revigorés par quelques framboises sauvages. Et puis d’un coup d’un seul, nous redescendons dans la plaine, et là s’ouvre à nous un pays nouveau, plat, fermier, généreux, sous le soleil. Au fond s’avance le Lac St Jean .On n’imagine pas que l’hiver puisse exister ici.

On n’imagine pas non plus, 30 km plus loin, être arrivés dans une réserve indienne. Seul le nom « Mashteuiatsh », aux consonnances  galloises, et trois tippies en béton stylisés pas très heureux trahissent ce petit village tranquille.

Après une bonne nuit chez l’habitant (Len Moar, autochtone dont chacune des pierres de l’impeccable maison a été ramassée par son fils cadet), nous partons à la maison du Conseil de Bande des Indiens Montagnais. Là encore, ne pas s’imaginer calumet de la paix ni totem coloré. La réunion se passe dans un ancien presbytère des Oblats soigneusement remis à neuf, avec Powerpoint nickelchrome et sens du marketing presque suspect. Nous sommes accueillis à bras ouvert, et l’organisation de la journée est parfaite, jusqu’au menu traditionnel du déjeuner au bord du Lac de La Truite en pleine forêt cette fois.

Mais j’allais oublier l’objet de la réunion : la forêt modèle du Lac St Jean et son projet de Forêt Ecole Nakouti. L’idée est simple et bonne : former 30 personnes par an (en priorité des autochtones) à la multifonctionnalité de la forêt : devenir guide, trapper l’hiver dans les règles de l’art, cultiver les bleuets (grosses myrtilles) en association avec de la sylviculture résineuse, élever des poissons en milieu naturel, récolter la sève du bouleau et les plantes médicinales, conduire un engin forestier…

Le projet est bien construit, en collaboration avec deux communes riveraines, ce qui est suffisamment rare pour être souligné (les Amérindiens restent le plus souvent très isolés du reste de la population  québecquoise) et réellement intégré. Mais en creusant, nous avons confirmation de ce que nous pressentions : toute l’énergie et le budget de l’équipe (3 personnes) ont été consacrés à la rédaction d’un « plan stratégique » et à la rédaction d’outils de communication.  Peu ou pas encore de projets pilote ou de prototype en expérimentation. Cette tâche, pourtant essentielle est renvoyée aux groupes de travail dont rien ou presque ne nous est dit…A date, tout le projet tourne autour de la conception du contenu pédagogique et les entreprises locales , qui devront embaucher les étudiants de l’école pour que celle-ci soit un succès, semblent peu impliquées.  Le chef de bande n’étant pas disponible aujourd’hui, nous ne pouvons pas non plus confirmer à 100% l’engagement de la communauté autochtone, même si nous sommes très favorablement impressionnés par la Présidente montagnaise de la Forêt Modèle, Madame Colette Roberston.

Encore deux points restent à creuser : le financement des dépenses courantes une fois l’école démarrée reste flou  et la priorisation ; nous découvrons en effet que ce projet n’est qu’un des 14 projets de la Forêt Modèle du lac St Jean, ce qui ne semble pas très réaliste !

Reste au final que dans le contexte local du Rapport Coulombe (dénonçant la surexploitation des forêts québecquoises) et de marasme de l’industrie forestière, pénalisée par le dollar canadien fort et la concurrence des eucalyptus brésiliens pour la pâte à papier, cette initiative est remarquable. Elle ouvre la voie à une nouvelle valorisation de la forêt, multi-fonctionnelle et multi-partenariale, et en redonne la gestion à ceux qui la connaissent le mieux depuis l’origine des temps, les Indiens ! Une vraie source d’inspiration et plein d’idées pour Kinomé !

Nicolas

22/07/2008

2 Réponses pour “Projet de forêt modèle et école chez les Indiens Montagnais”

  1. Redigé par Guillaume Roy:

    Il ne faut pas oublier l’expertise collective…
    En fait, 15 personnes travaillent sur le terrain pour réaliser les 14 projets de recherche et développement de la Forêt modèle du Lac-Saint-Jean, et ce, depuis le mois de février 2008! Ces 15 personnes font partie de ce que nous appelons l’expertise collective. Elles travaillent pour le Conseil des Montagnais du Lac-Saint-Jean, l’Agence de gestion intégrée des ressources, le Centre local de développement de la MRC Domaine-du-Roy, le Cégep de Chicoutimi, le Cégep de Saint-Félicien et d’autres collaborateurs qui seront déterminés dans le futur.

    Étant donné que ce concept de travail est nouveau, la nuance a échappé à M. Nicolas Métro. En effet, seulement trois personnes travaillent directement à l’administration de la Forêt modèle du Lac-Saint-Jean. Par contre, ces trois employés ne représentent que 22 % du budget de la FMLSJ.

    Nous travaillons sous forme de prêt de service avec les organisations déjà existantes sur notre territoire afin de développer l’expertise locale. Qui sait, peut-être le projet de forêt modèle aura-t’-il une fin (ce que nous ne souhaitons pas), mais au moins l’expertise demeurera au sein de nos collectivités!

    14 projets peuvent également sembler énormes, mais certains d’entre eux sont majeurs et l’élaboration d’un programme de formation multidisciplinaire dans le cadre du projet de Forêt-école en fait partie. Le Conseil des Montagnais du Lac-Saint-Jean a réalisé l’étude de faisabilité du projet de forêt-école Nakouti et la FMLSJ prend le relais au niveau du programme de formation.
    En joignant leurs efforts, nos collectivités ont réalisé qu’il était possible de créer une synergie. La création d’un partenariat unique entre deux MRC et une communauté autochtone permet alors à la Forêt modèle du Lac-Saint-Jean et l’Agence de développement des communautés ilnu et jeannoise de servir de véhicule pour réaliser des projets porteurs et innovateurs.

    Peu ou pas encore de projets pilotes ou de prototype en expérimentation?!? Neuf projets font actuellement des expérimentations sur le terrain. Les cinq autres sont plutôt des projets d’acquisition de connaissance. Tout de même, neuf sur quinze!!!

    Pas très réaliste? Je dirais plutôt optimiste! En compagnie de notre expertise collective, nous croyons réellement qu’il est possible de repenser la forêt et de créer l’« industrie du milieu forestier ». Pour en savoir plus et mieux vous informer, je vous invite à visiter le http://www.foretmodeledulacsaintjean.ca ou de nous contacter au 418-275-5386 poste 392.

  2. Redigé par Big K'z:

    Merci beaucoup, Cette page m’a vraiment aidé pour mon travail scolaire

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