Les aventuriers de la forêt

L’Amazonie exerce une force d’attraction sur les aventuriers. Les arbres que nous croisons portent encore la trace indirecte de ceux qui venaient acheter l’or blanc aux Indiens à la fin du XIXème siècle, avant que les Anglais n’aient l’idée de planter des hévéas en Malaisie pour assurer un approvisionnement en caoutchouc plus fiable.

Pierre, qui nous propose ses services de guide pendant une journée, est un de ses aventuriers modernes dont on ne comprend qu’une partie de l’histoire. Pas de touristes ni même de Brésiliens quand il est arrivé sur cette terre d’Alter do Chao il y a 25 ans, seulement des Indiens. Sa maison actuelle ressemble à une case sur pilotis, faite de bois et feuillages avec une partie inférieure en dur pour résister aux eaux : ventilateur intégré (vive le vent..), télévision allumée en permanence sur la chaîne Ushuaia, compte gratuit chez Véolia (le lac est sous ses fenêtres imaginaires), pas de salle de bain ni de cuisine. Pour se nourrir, les fruits qu’il ramasse le long des chemins avec une prédilection pour les cajous et les voisins. Pour se déplacer, un vélo ou sa barque. Les enfants ne comprennent pas son humour, assez misogyne il est vrai, qui m’échappe aussi parfois, sans doute pour la même raison !

Pierre est impliqué avec une ONG suisse dans des projets de reboisement.  Il nous présente à ses voisins les plus proches, deux Français installés depuis peu qui ont créé une pépinière sous le beau nom de « Jardim de Gaïa ». Ne vous imaginez pas une serre chez Truffaut. Chacun d’entre eux s’est construit, à quelques centaines de mètres de distance, une hutte surélevée, protégée par des branchages, qui ne comprend qu’un lit et une étagère recouverte de bouquins sur les plantes. Des boutures et des pots partout, un tas de feuilles en train de brûler pour garder les chemins propres et la pompe du puits, grand amusement des filles : 100 coups de pompe pour une douche. Je me demande ce qui a pu attirer ces trentenaires dans un coin aussi isolé, habité par les scorpions, les serpents corail et les fourmis. Les conditions de vie très spartiates n’ont pas l’air de les décourager : ils se disent très heureux de leur choix.

Et pendant que les Français apprivoisent la forêt amazonienne, les Brésiliens apprennent à la protéger, de l’autre côté de la lagune, à l’ « école de la forêt ». Une ONG finlandaise a récemment plié bagage, impliquée dans des détournements de fonds et de la corruption : rien de très étonnant quand on sait qu’il y a plus de 2000 organisations d’aide en Amazonie. Avant de quitter les lieux, ils ont été contraints à financer un lieu d’enseignement où les collégiens de Santa Rem apprennent à découvrir la forêt et l’agriculture : utilisation de plantes médicinales, fabrication de la farine de manioc, cultures vivrières expliquées aux jeunes citadins.

 

25/10/2008

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