Archive pour le avril 19th, 2009

Nos TOMODACHIS (amis) de Tokyo

Dimanche, avril 19th, 2009

TO modachi (ami) : Ce sont évidemment nos amis qui ont donné à notre séjour au Japon toute sa gaieté et son entrain. Ce qui aurait pu n’être qu’une séance nostalgique, ennuyeuse pour les enfants et attristante pour nous, s’est révélée être une longue série d’invitations, de retrouvailles, de promenades, de discussions et d’échanges.
Commençons par la plus ancienne de nos amis tokyoïtes : Frédérique, même lycée à Saint Cloud, prépa ensemble à Hoche puis intégration à l’ESSEC pour épouser Xavier. Et voilà comment un couple d’ESSEC s’installent dans le grand appartement d’un autre couple d’ESSEC vingt ans plus tard. Sans oublier les futurs ESSEC, huit en tout avec une mention spéciale pour Baptiste, le seul garçon de la bande. Léa a prêté sa chambre pour huit puis pour douze jours, Manon s’est transformée en coiffeuse et baby-sitter, Frédérique a donné des cours de création de bijoux, les stocks de céréales et jus de fruits ont atteint leur plus bas niveau, la pile de serviettes de bain a atteint son plus haut niveau, le rangement de la bibliothèque a été profondément remanié et le salon a été transformé en chambre à coucher et salle de cinéma. Et oui, nous reprenons en un clien d’oeuil des habitudes de privilégiés. Merci à toute la famille Hermen pour son sens de l’accueil et son adaptabilité face aux envahisseurs bruyants.
Poursuivons par les amis qui nous rejoints à Tokyo. Il y a celle qui en profite pour organiser un tour de Honshu pour une dizaine de ses collègues et ses deux enfants, sans drapeau mais au rythme nippon : c’est Nadine, avec qui j’ai débarqué fin juin 2005 au YMCA d’Ochanomizu avant de commencer un stage au Printemps de Ginza puis de fabriquer des thermomètres électroniques au pied du mont Fuji. Tout nous semblait cher à l’époque et nous avons survécu pendant un mois grâce à un régime fort diététique de bananes et pain de mie, agrémenté de visites aux sous-sols alimentaires des grands magasins pour améliorer notre ordinaire en dégustant les spécialités proposées. Il y aussi l’employé de banque qui vient rendre visite à des clients japonais…et à sa belle famille : Eric a gardé ses habitudes au restaurant Tonki de Meguro, depuis son VSNE et nous avons partagé avec nos six filles le chou fraîchement coupé et la panure croustillante dans une salle à tatamis bordée d’une rangée impressionnante de chaussures. Et pour digérer le double tonkatsu, rien ne vaut une promenade de Ueno à Yanaka puis Nezu, de cerisiers en azalées en passant par les glycines et les pivoines.
Les fidèles amis japonais étaient évidemment de la partie. Hommage plus particulier à celles sans qui nous n’aurions jamais été stagiaires au Japon et Dieu sait si ce stage a marqué notre carrière et notre vie : Melle Nara et Mme Ohmori qui depuis trente ans continuent à convaincre les entreprises locales d’accueillir des étudiants français. Il ya aussi les collègues de Jardines, distributeur du cognac Hennessy et des champages Moët : Nicolas a quitté son bureau en 1996, tous les autres depuis mais lorsque Nakahata-san leur annonce notre passage, ils ont la gentillesse de passer une soirée avec nous en nous invitant.
Pour finir, les cuisiniers chinois, qui n’ont de chinois que leur nom. Cinq tables, quinze couverts maximum à la fois, deux menus à 600 yens et des genoux bien usés à force d’arpenter la cuisine et de servir. Une vie humble de labeur et un grand coeur qui leur a permis d’accueillir Christine en 1987, employée chez Epson , et à sa suite beaucoup de ses amis français. Une plongée au coeur du Japon travailleur, loin des vitrines Gucci et des pastèques à 10,000 yens pièces, en face du bain public et à côté du poste de police de Kita-Ikebukuro. Sans comprendre un mot, sauf leur leitmotiv “Je suis content”, nos enfants ont ressenti la joie de ce couple à nous revoir, à nous offrir à manger, à nous accompagner dans la rue, à nous présenter aux habitués, tout cela au delà de l’âge, de la langue, de la religion, de la classe sociale. On se prend à croire en une fraternité des hommes malgré toutes les différences qui sont souvent érigées en barrière.