Emmaüs, visionnaire au Japon

Parmi les personnes que Laure avait très envie de revoir au Japon, il y avait Sœur Hatsuki, responsable d’Emmaüs à Tokyo. Nous l’avions rencontrée deux ou trois fois pendant notre premier séjour au Japon (1988-1990) et toujours apprécié sa gentillesse, sa joie de vivre et sa simplicité, et senti l’importance de son travail avec les oubliés du système japonais, oubliés dont personne ne s’occupait dans cette période faste.
En la retrouvant toujours aussi joviale (« akaroui » comme on dit en japonais), accueillante, douce et pleine d’espoir, et surtout en l’écoutant raconter aux filles sa vocation et son histoire, une évidence m’est apparue : celle de l’intuition géniale et incroyablement visionnaire de l’Abbé Pierre qui s’intéressa au Japon dès les années soixante.
«Dans mon enfance, je me demandait pourquoi certains enfants devaient voler pour se nourrir et pourquoi personne ne s’occupait d’eux ». « Devenue grande, je voulais faire quelque chose pour eux » ; « un jour j’ai rencontré un Monsieur qui cherchait à apprendre le japonais ; je lui ai proposé de l’aider, il travaillait pour l’Abbé Pierre, c’est comme cela que j’ai connu Emmaüs » . Depuis, entrée aux Missions Etrangères de Paris, Sœur Hatsuki a consacré sa vie aux pauvres de Tokyo, ceux qui ont perdu leur travail, quitté leur famille, sombré dans l’alcoolisme, perdu leurs repères et leurs soutiens sociaux. Dans les années soixante-dix et quatre-vingt, ces oubliés du système étaient très peu nombreux, le modèle japonais de croissance ayant donné accès à la quasi-totalité de la population aux privilèges de la classe moyenne : l’emploi à vie, la reconnaissance et la protection sociales de l’entreprise, des conditions de vie frugales mais sans risque. Avec l’éclatement de la bulle spéculative financière et immobilière en 1990, les exclus du système, rejetés par la majorité comme des marginaux « ayant souhaité cette vie » ont commencé à se multiplier. Traditionnellement, ils venaient s’échouer au parc de Ueno et au pied de l’autoroute suspendue longeant la rivière Sumida, deux quartiers traditionnels et populaires de Tokyo, où les gens les toléraient. Ailleurs, comme à Shinjuku, ils étaient régulièrement délogés par la police qui détruisait leurs cabanes en cartons pourtant propres (comme à la maison, ils y entraient en laissant dehors leurs chaussures). Aux vieux et aux rares immigrants clandestins (des Iraniens en particulier) ont commencé à s’ajouter des pères de famille n’osant pas annoncer à leur entourage qu’ils avaient perdu leur emploi et préférant disparaître dans la nature plutôt que perdre la face. Aucun de ces marginaux ne mendiant, ils ont pendant longtemps vécu des restes des restaurants et des clubs huppés de Ginza trouvés sans grand mal dans les poubelles. Mais les clubs, financés par les budgets de représentation des entreprise,s fermant un à un et la concurrence pour les poubelles se faisant de plus en plus rude, ils ont dû trouver d’autres sources de subsistance. En leur proposant le modèle des chiffonniers d’Emmaüs, l’Abbé Pierre a eu  une intuition géniale : proposer aux rejetés de retrouver un groupe qui les reconnaisse et les entoure, tout en leur proposant un travail : collecter et vendre les déchets que la société japonaise produit en quantités inégalées (tout est emballé, sur-emballé et ré-sur-ultraemballé au Japon). En proposant en même temps de redonner du sens à leur vie, et donc une place dans la société.

21/04/2009

Une Réponse pour “Emmaüs, visionnaire au Japon”

  1. Redigé par BERTHIER-PALARUS Maryse:

    je fréquente beaucoup Emmaüs en France, c’est pourquoi je me permet de vous adresser ce mail
    mon fils Grégory qui parle japonais a vécu 2 ans et demi à NAGOYA, puis est revenu avec sa jeune femme Masako en France ;
    ils désirent retourner au Japon ;
    il y aurait-il une place pour eux dans une communauté Emmaüs pour un travail ? ou pour rebondir ?
    merci de votre réponse ou de vos conseils
    je vous félicite pour le beau travail que vous faites
    mes meilleures salutations.
    Mme MBP.

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