Cérémonie “baasii”

Il est midi. Nous arrivons tout dégoulinants dans un village qui borde la rivière Nam Ou, non loin de Niang Kiaw. Le soleil tape très fort mais les filles ont voulu accompagner Paco et Sandy, deux jeunes rencontrés dans le bus l’avant veille et qui ont eu la bonne idée de partir passer deux jours chez l’habitant. Enthousiastes et généreux, ils ont apporté force boules de pétanque et ballons de foot aérien (le fameux foot volley lao-thai). Comme dit Sandy, ils sont « à fond », et les filles espèrent bien profiter de leur arrivée pour jouer avec les enfants du village.

A la troisième maison, nous sommes arrêtés par des hommes un peu endimanchés et pas mal éméchés mais gentils qui nous prennent par le bras fermement pour nous amener à l’intérieur. La maison est bondée,  il en sort un brouhaha de voix et de musique, une odeur un peu fétide d’alcool et de nourriture; les gens entrent et sortent, les chiens et les chats aussi. L’énergie est toute particulière, forte et nouvelle pour nous. Les filles ont un peu peur de ces haleines chargées d’alcool et de ces bras qui les agrippent en passant.

Au centre de la maison, assis autour d’un petit autel chargé d’offrandes et de bougies, sont assis deux couples, un âgé et un jeune, avec des enfants. Le reste de l’assistance s’affaire autour d’eux. Très vite nous comprenons que les gens défilent pour leur nouer aux poignets des bracelets de coton blanc. Des dizaines de bracelets entremêlés. Ceci rajoute encore au sentiment de mystère. La cérémonie est aussi intense qu’ésotérique, mais je sens qu’il n’y a pas d’agressivité particulière. Nous sommes pris en mains et dirigés vers les couples pour leur nouer des bracelets et leur adresser un petit mot. Puis nous recevons à notre tour des bracelets, que nous acceptons volontiers, et de l’alcool de canne à sucre, que nous refusons poliment. L’ambiance est électrique et conviviale à la fois, unique; il se passe quelque chose de fort, nous le sentons. Après une demi-heure, nous sortons de la pénombre pour retrouver le soleil. Nous sommes un peu soulagés de quitter cette autre planète, et heureux en même temps d’avoir participé à ce moment si intense de vie communautaire. Nous reprenons notre route et menons les amis à leur lieu d’accueil puis visitons avec eux l’école rudimentaire du village. Martha profite des « tijeux ». En fin d’après-midi au retour de la promenade nous recroiserons une bonne partie des convives, rentrant à pied ou en moto dans leur village, titubant pour certains, poursuivant les discussions avec force animation pour d’autres.

Le lendemain matin, nous apprendrons dans un livre que nous avons assisté à une cérémonie baasii. Pilier de la culture lao, elle permet de rééquilibrer les trente deux esprits  de la vie quotidienne. Elle se pratique avant ou pendant un événement important et permet à une famille de surpasser les difficultés. Un de ces moyens dont parle Majid Rahmena dans son livre « Quand la misère chasse la pauvreté » et qui permet à la fois de  maintenir le « temple » intérieur de chacun et le « métabolisme » de la communauté villageoise en bon état. Nous en profitons au passage (ne pas enlever les bracelets reçus avant 3 jours) pour réajuster nos équilibres familiaux en vue du retour vers le Vietnam via la rivière Nam Ou,  les montagnes, la jungle et  Dien Bien Phu (on nous a dit que la frontière est ouverte aux étrangers depuis peu). Merci!

 

 

31/05/2009

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