Jeux intervillages organisés par les MADAM

De Luang Nam Tha, nous avons poursuivi vers Muang Sing où une garnison rassemblait des Sénégalais et des Marocains du temps des Français et poussé jusqu’au petit village d’Adima , à moins de trois kilomètres d’un poste frontière avec la Chine, réservé à la circulation des Chinois et Laotiens. Comme tous les touristes qui visitent cette région, nous cherchons à rencontrer les ethnies du nord du Laos. Ici, une seule guest house et quand nous entendons une bande de jeunes filles glousser comme des poules en nous voyant débarquer, nous comprenons que les étrangers viennent rarement jusqu’ici. Marie a dessiné sur son carnet de croquis le plan précis de tous les hameaux autour d’Adima et nous avons pu partir pour notre première excursion. Moins d’une heure de marche sous un soleil de plomb pour atteindre les premières maisons, précédées d’un bosquet avec des pendentifs tressés en liane et d’une porte en bambou pour les esprits, ornée d’armes sculptées dans du bois : épée, pistolet, fusil…. Heureusement que nous avions lu qu’il ne fallait pas toucher à ces portes aux esprits situées à l’entrée et à la sortie des villages akhas. D’énormes cochons se baignaient pendant qu’une petite fille de cinq ans ramenait son buffle devant sa maison. Tout d’un coup, une grand mère est venu nous montrer son petit fils dont l’une des mains était craquelée et verte. Nous ne pouvions rien pour lui; nous avons pensé qu’il avait sans doute dû mettre la main dans un pesticide car tout au long du sentier, nous avions vu des sacs d’un produit chimique chinois et remarqué que les paysans pulvérisaient leurs plantations de maïs et de légumes. Des enfants nous regardaient silencieusement. Une vieille femme aux seins nus s’est avancée pour nous tendre des bananes, contre une petite offrande. Nous ne savions pas trop quoi faire, alors nous sommes repartis dans un autre village.
Beaucoup plus accueillant. …/… Tous les gens que nous croisions nous saluaient : sabaïdee, ce qui signifie bonjour en laotien. Il s’agissait souvent de femmes dont le chapeau est décoré avec des perles et des pièces. Nous avons bien vite atteint la place du village, avec la douche et des jeunes qui pratiquaient un jeu proche du volley avec une petite balle en bambou tressé et en utilisant la tête, les pieds, les genoux et la poitrine mais pas les mains. J’aurais bien voulu essayer mais les joueurs avaient l’air très pros et concentrés. Par contre, j’ai repéré un garçon qui avait un ballon parmi les soixante enfants qui s’étaient rapidement rassemblés pour nous regarder et nous avons commencé à jouer. La mise en route a été difficile car ils étaient très timides. Au bout de vingt minutes, nous jouions à nous envoyer le ballon en faisant bien attention à ce que les filles participent aussi. Pendant que les enfants s’amusaient, les plus petits gardés ou portés par les ainés, des femmes passaient, portant de gros fagots de bois dans un panier, tenu sur le front par une sangle : en plus, elles filaient du coton en même temps ! Finalement, nous n’arrivions plus à partir car il n’y a pas souvent des touristes qui passent. Quand nous avons quitté le terrain de jeu, une bande d’enfants nous a suivis jusqu’à la porte aux esprits. Dès que Papa essayait de les photographier, ils se cachaient et revenaient dès que nous avions fait trois pas. Quand nous avons atteint la vallée en contre-bas, ils nous apercevaient du sommet de la colline et ils imitaient tous les gestes de sumo, de karaté et de kung-fu que Maman faisait, comme un cours de gym à distance. Nous avons longtemps entendu leurs « bye-bye ».. et imaginé les grimaces qu’ils nous lançaient !
Le lendemain, alors que nous allions au petit-déjeuner, des enfants en train de refaire les toits en paille des bungalows nous regardaient. Alors nous leur avons donné des petits cadeaux que nous avions gardés de l’avion et elles (les filles)nous ont invités dans leur village, en nous cueillant toutes les fleurs d’un arbre. Nous avons fait une bataille d’eau; Marie leur a dessiné des personnages et des animaux; Marthe a prêté ses légos et même les grands de douze ans ont apprécié : ça les changeait de leur brouette rouillée et des oiseaux qu’ils attrapent et qu’ils mettent dans leur poche de pantalon. Presque toute la journée, nous sommes restés ensemble en organisant des jeux : relais (ce qu’ils ont préféré), poissons-pêcheurs et béret. C’était un peu difficile de leur expliquer car ils ne comprenaient pas un mot d’anglais. Ils nous ont aussi appris un jeu qui pourra servir aux scouts : deux colonnes de six personnes face à face et on doit tirer jusqu’à amener le premier du camp adverse sur son propre terrain. Chacune d’entre nous s’est fait un ou plusieurs amis : nous avons marqué leur nom en phonétique dans notre journal de bord, à côté de l’alphabet laotien que nous ne savons pas lire. Mon préféré était un petit garçon de six ans, qui avait à peine la taille de Marthe : il pouvait monter à un cocotier comme une fusée et c’était le seul à savoir, un vrai Kirikou.
En fin d’après-midi, comme il faisait moins chaud, nous avons marché jusqu’au poste frontière avec la Chine : la veille, deux Français avaient été arrêtés côté laotien en se promenant dans la forêt et nous savions donc qu’il valait mieux rester sur la route goudronnée. Nous n’avons croisé que des camions chinois et des paysans qui rentraient à pied, leurs instruments sur l’épaule. Des deux côtés du chemin, des plantations d’hévéas : le caoutchouc est vendu aux voisins chinois. A la frontière, impossible de traverser alors nous nous sommes contentés d’une photo souvenir.
En redescendant, j’ai demandé à Papa de passer par un sentier pendant que maman ramenait les petites. Nous avons croisé des femme akhas qui nous ont conduits dans leur village. En fait, c’est le même village que celui du garçon à la main brûlée mais nous sommes passés par une autre entrée. Elles nous ont emmenés dans leurs maison sur pilotis en herbe séchée. Il y avait une maman qui donnait le sein à son bébé, une grand mère en costume qui coupait des bouts de bambous pour les faire cuire et trois autres personnes qui commençaient le feu pour la cuisine. Nous avons vu ce qu’ils allaient manger : du bambou, des herbes, des boules vertes, des champignons séchés…. De l’autre côté de la pièce se trouvaient deux moustiquaires pour au moins six personnes. Ils ont allumé la télé et nous ont demandé de rester regarder le film ! A mon avis, c’est la seule maison qui avait la télé car beaucoup d’enfants sont venus regarder. Ils nous ont donné des bananes et ils n’ont même pas acceptés 10 000 kips (1 euro). Nous sommes rentrés de nuit, à travers les rizières et tous les habitant voulaient qu’on dorme chez eux. C’est dans leurs coutumes qu’il ne faut pas laisser les étrangers tout seuls. ARIANE

25/05/2009

Laisser un commentaire