La décharge de Phnom Penh, Papy et Mamy et P.S.E.

Aujourd’hui, j’ai dix ans et demi. Généralement, nous fêtons les demi anniversaires mais cette fois, Maman a oublié. Pourtant, j’ai eu un cadeau différent de d’habitude….

Lorsque nous logions chez Vincent et Fanette, j’ai feuilleté un livre de photos publié par « Enfants du Mékong » où j’ai vu des enfants de la décharge de Phnom Penh. J’ai proposé à Maman d’y aller mais elle considérait que ce serait trop dur pour nous. Par contre, elle voulait bien essayer de rendre visite à l’orphelinat créé par les Pallières pour accueillir et éduquer les enfants sortant de la décharge. Je crois que Maman avait aussi envie de s’y rendre car elle avait lu le livre écrit par cette famille, après leur tour du monde avec quatre enfants réalisé en 1976. J’ai relevé l’adresse sur Internet et nous voilà tous les neuf répartis en deux touk-touks à chercher le restaurant ouvert par P.S.E (Pour un Sourire d’Enfants), l’association fondée par les Pallières. Nous n’avons pas pris de petit-déjeuner pour joindre l’utile à l’agréable en avalant, je l’espère, des croissants faits par les apprentis. Nous quittons les grandes artères de la capitale pour nous enfoncer dans un dédale de ruelles en terre battue. Il y a des sacs plastiques partout. Des travaux nous obligent à faire demi-tour. Les chauffeurs demandent régulièrement et nous arrivons enfin à un bâtiment que ressemble à une école. C’est tout petit : ce n’est pas ce que nous cherchons. Nous repartons et je montre à Maman au bout de la rue la décharge : sans le vouloir, nous y sommes arrivés. Papa accepte de descendre du touk-touk pour que j’y aille. C’est carrément pauvre. Nous voyons plusieurs enfants, de quatre à douze ans, qui reviennent avec un gros sac de détritus. Ils pourront sans doute revendre quelque chose. Nous n’avons qu’une petite partie de la décharge car elle est faite de monticules de déchets et nous ne pouvions pas monter sur la première « colline ». Cette décharge s’étend sur plusieurs kilomètres. Il parait que des enfants meurent écrasés par des camions poubelle ou intoxiqués par des fumées de plastique. Nous avons vu un des camions repartir vidse mais ils viennent plus tôt le matin. C’est vraiment très sale et pauvre.

Nous avons enfin trouvé le restaurant mais c’est fermé car c’est un jour férié cambodgien. La chance nous sourit tout de même puisque le responsable de la formation de P.S.E. arrive alors que nous discutons avec le garde et accepte de nous présenter le projet pendant dix minutes : finalement cela durera une heure. P.S.E a démarré en 1996 avec cinquante enfants dont les conditions de extrêmement dures avaient touché le cœur de Christian et Marie-France des Pallières, dits Papy et Mamy. Douze ans plus tard, six mille quatre cents enfants sont accueillis, dont deux mille cinq cents en formation professionnelle pour ceux qui ont entre seize et vingt ans. Selon leur niveau d’étude et leurs compétences intellectuelles, les jeunes sont orientés vers des cursus différents, plus ou moins longs. Mécanicien, assistante de maison, personnel d’hôtellerie, secrétaire, gestionnaire et même études universitaires pour soixante d’entre eux. Pour trouver du travail aux élèves sans difficulté, deux méthodes sont utilisées : faire venir des professionnels d’un métier pour qu’ils vérifient que la formation répond bien aux besoins des entreprises et faire pratiquer aux jeunes leur futur métier dans l’hôtel, le restaurant, la boulangerie et même l’entreprise fictive qui existent sur le site de P.S.E. Pour mettre au point ce programme de formation, le responsable –qui parle bien français heureusement- est aidé par Dominique Xardel que Manou connaît bien et qui était le directeur de l’ESSEC quand Papa et Maman y étaient ! Cinq cent cinquante personnes travaillent ici, dont deux Français ! Le roi du Cambodge a accordé aux Pallières la nationalité de son pays : c’est très rare.

ARIANE à quatre mains 

 

09/05/2009

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