Archive pour le juin 23rd, 2009

La bibliothèque d’ATD Quart Monde à Tana

Mardi, juin 23rd, 2009

Madagascar : la dernière étape d’Espérance 7, notre seul passage en Afrique, le lieu de rencontre prévu avec Perrine et ses enfants, une vision influencée par le cinéma pour nos filles et un retour très attendu sur la Grande Ile pour Nicolas, qui y avait passé une semaine en juin 2008.

 

Arrivée en douceur, chez Caroline et Yann. Pas trop de décalage, ni horaire ni culturel, avec la France que nous avions retrouvée pour cinq jours, histoire de vérifier si le lit de Marthe était toujours dans la chambre de Flavie (RAS), de finir les impôts (merci aux initiateurs), de participer aux festivités célébrant la moitié de centenaire de Babeth (plus en forme qu’hier, moins que demain), d’échanger des souvenirs de routardes indiennes avec Sybille et de recharger les réserves de chocolat (merci à Manou, Mamy et Vanina). Il n’a pas fallu plus d’une journée pour que les filles s’acclimatent à leurs nouvelles conditions de vie : chambre individuelle prêtée par Koolina pour Marie avec vue sur le bougainvillier, chambre-salle de jeux avec vue sur la piscine pour les autres. Wii sur grand écran, déjeuner dans le jardin, Nutella le matin, machine à laver en état de marche, vélos non crevés : heureusement que j’ai emporté le Bled et que je rumine quelques dictées grammaticales pour que les MADAM gardent les pieds sur terre.

 

Une autre manière de rester dans la réalité, c’est d’accompagner Agathe chez Xavier, le responsable d’ATD Quart Monde pour Madagascar : les locaux sont propres mais derrière la grille du jardin, des petites mains passent à travers les barreaux. Juste pour jouer et s’amuser avec dix mains blanches mais le portail doit rester fermé pour éviter des frictions avec la propriétaire. Savoir pourquoi, ces enfants me paraissent plus pauvres qu’ailleurs. Parce qu’il fait froid et que les vêtements sont tout abimés ? Parce que les nez coulent et que la dernière douche ne remonte pas à la veille ? Parce que ces visages noirs me rappellent des images venues d’Afrique pour parler de la faim qui tue ? Parce qu’il n’y a pas beaucoup de rires et de gaieté parmi ces petits ? Première impression après vingt-quatre heures dans le pays.

 

Poursuivons avec la bibliothèque d’un quartier pauvre. Depuis plus de vingt ans, des volontaires d’ATD Quart Monde se relayaient chaque semaine pour raconter des histoires et lire des livres aux enfants, dans la rue. Les mères de ces gamins ont exprimé leur envie, elles aussi, de pouvoir avoir accès aux livres et ont demandé la construction d’une bibliothèque. Projet de quartier, financé par ATD et réalisé pour partie grâce au volontariat des gens intéressés. Comme ce bâtiment de béton a été construit pour et avec la population du quartier, les récents troubles politiques ont été sans conséquence.

 

Comme l’explique Ariane, « cette bibliothèque se trouve dans un endroit vraiment pauvre, en face d’un énorme égout dont l’odeur est horrible. Elle est aussi située à côté d’une école. Tous les enfants font pipi dans les caniveaux et pour accéder de maison en maison, il y a presque toujours des planches en bois pour traverser un petit égout. Mieux vaut ne pas se mettre en chaussures ouvertes. En face de la bibliothèque se trouve une nouvelle maison, construite en une seule journée. Dans ce tout petit cabanon vivent huit personnes. Malheureusement, il n’y a pas de pilotis et en saison des pluies, il sera sans doute inondé. En plus, les pilotis empêchent les rats d’envahir les habitations.

 

Tous les gens de la ville  peuvent venir lire dans la bibliothèque. Il faut juste marquer son nom et inscrire le titre du livre lu. Pour emprunter un livre, les gens du quartier payent trois cents ariari (12 centimes)  et ceux venant d’autres banlieues mille cinq cents ariari (60 centimes). La bibliothèque est très bien entretenue. Elle a de très belles tables en bois avec des bancs et est très bien rangée. Deux dames en sont responsables : elles étaient enfants quand le système de lecture dans les rues a été mis en place. Elles ont fait une enquête pour savoir comment améliorer le service de la bibliothèque : il faudrait avoir des toilettes sur place et avoir plus de livres scolaires. L’année dernière, il y a eu des vols de manuels pour le collège donc les dames sont parfois obligées de fouiller les personnes. Il y a très peu de livres en malgache : des volontaires traduisent des ouvrages français en malgache afin que les lecteurs aient les deux langues. Nous avons vu une dame avec son bébé sur le dos qui a lu quasiment tous les livres de la bibliothèque.”