Archive pour le juillet 4th, 2009

Le monde à l’envers

Samedi, juillet 4th, 2009

C’est le monde à l’envers :
- Ils ont comme les racines en l’air et les branches dans le sol. C’est d’ailleurs ce que dit la légende : les Dieux se seraient fâchés envoyant cet arbre si énorme et l’aurait puni en le renversant « racines par-dessus ramure ». Une curiosité dans le monde végétal !
- On a beau les scruter un à un, aucun ne ressemble à l’autre. Ils sont tous imposants, gros et grands, mais pas deux n’ont la même forme, la même silhouette, les mêmes expressions. Une curiosité dans notre monde standardisé !
- Ils sont obèses, chauves la plus grande partie de l’année, boutonneux, gris de peau, maladroits de silhouette… et portant ils dégagent une incroyable énergie ; ils ont « du charisme » comme on dit. Bref ils sont beaux, surtout dans la lumière du soir ou du matin, leur écorce devenant argentée puis cuivrée puis rose, leurs branches dansant dans les nuages pommelés, leur silhouette imberbe dansant sur fond de soleil rouge. Une aberration dans notre esthétique dite moderne.
- Ils sont sans défense, repérables à l’envi, faciles d’accès, le bois mou, l’écorce facilement pelée ; et pourtant tout le monde les respecte, voire les adore puisque certains sont sacrés. Il y a bien cette société agricole qui en surdéveloppant l’irrigation dans les rizières alentour a commencé à menacer leur environnement ; certains arbres ont commencé à pourrir, beaucoup se sont effondrés à la saison des pluies. Mais aujourd’hui, les choses semblent rentrer dans l’ordre. Pour une fois il semblerait que l’intérêt général ait prévalu sur l’intérêt particulier, et l’allée des baobabs a retrouvé sa superbe.
Zut j’ai vendu la mèche ; car il s’agissait bien de baobabs pour ceux qui ne les avaient pas reconnus !! Avec les kauris de Nouvelle Zélande et les alerce du Chili, ce sont certainement les arbres les plus majestueux, les plus impressionnants, les plus respectables, les plus inspirants, les plus beaux qu’il nous ait été donné de voir pendant ce tour du monde. Ici, le génie absolu de la Nature est disponible pour tous en accès libre : pas de pancarte, pas de droit d’entrée, pas de boutiques de souvenirs, pas de papiers gras. Oui c’est loin, même très loin (deux à trois jours de route de Tananarive car les soixante derniers kilomètres de route sont défoncés) mais l’allée des baobabs est encore parcourue de charrettes à zébus, de camions et taxis brousse, de gamins riants et de dindons courroucés. Comme depuis toujours.
On se sent à la fois petit ici, entouré de tous ces géants, et devant l’inventivité incroyable de l’évolution ; mais on se sent grand aussi d’appartenir à ce même règne de la Vie, de savoir qu’un jour, il y a plusieurs centaines de millions d’années, nous avons appartenu au même patrimoine génétique. Et puis ces arbres relient plus que tous les autres la terre et le ciel, et nous donnent les clés du paradis. La terre rouge, le ciel rouge, la sécheresse du sol, celle du ciel où les nuages passent sans presque jamais s’arrêter (sauf 10 jours de pluie par an, en moyenne 5 de moins qu’il y a une génération…), et au milieu de petits –à l’échelle du ciel et de la terre- traits d’union argentés qui nous invitent à franchir le pas. C’est magique !
Je pense très fort au Sénégal, à ces forêts de baobabs, seules survivantes au sud de Dakar (tout le reste a été coupé, brûlé), à ces rave parties végétales gris sur gris, ces arbres majestueux qui dansent immobiles dans la poussière et le vent, le port altier, régalien même malgré toutes les vicissitudes de leur environnement emporté par les hommes. Je pense aussi à Fatima, le baobab planté à Foudou en Casamance pour célébrer le début de notre projet de replantation dans le village puis la région avec Chérif, Moussa, Alex, Eric et les autres. Lien entre ciel et terre, entre Musulmans et Chrétiens, entre aujourd’hui et demain. Grande sœur bienveillante qui veille sur notre travail et notre unité !