Archive pour le juillet 12th, 2009

Bonnes vacances et R.V. fin août

Dimanche, juillet 12th, 2009

Madagascar, nous y sommes depuis plus de deux semaines, le temps pour Perrine -la soeur de Nicolas-et ses deux enfants de nous y rejoindre.

Lémuriens, fossa, caméléons et zébus : nous les avons tous vus.
Baobabs : Nicolas a failli y grimper.
Madeleine, Albertine et les enfants de leurs orphelinats : nous les avons rencontrés.
La bibliothèque d’ATD Quart Monde : nous l’avons visitée.
La messe du Père Pedro : nous y avons assisté avec une pensée toute particulière pour les deux Jean-Claude et Alphonse, missionnaires bâtisseurs; pour Hervé dont la messe de 75mn va nous sembler bien courte; pour Nicole qui pourra ajouter des tambours à la chorale pour les danseurs; pour Myriam qui n’aurait pas forcément goûté les nombreuses slaves d’applaudissements.
Internet : nous ne cherchons même plus. Une connexion à la rigueur mais pour la mise en ligne de photos, peine perdue.

Alors nous vous souhaitons de bonnes vacances et vous donnons rendez-vous fin août pour deux mois d’aventure et de rencontres à Madagascar.

Le père Pedro, un révolté au service de l’Espérance

Dimanche, juillet 12th, 2009

Pour être tout à fait honnête, je ne me souvenais pas du nom du Père Pedro Opeka, même si Nicolas me l’avait cité après son passage à Madagascar l’année dernière. Par contre, une fois que j’ai commencé à lire son autobiographie « Père Pedro - Combattant de l’espérance » et réalisé tout ce que ce Lazariste avait fait pour les Malgaches, j’ai eu envie de le voir. La rencontre manqua d’intimité -nous étions plus de quatre mille à assister et participer à sa messe célébrée aujourd’hui-mais ce fût un grand moment d’intensité et d’évangélisation.

La côte est si raide pour monter au village d’Akamasoa (« les bons amis » en malgache) que la 2CV qui nous y emmène cale au beau milieu : pourtant, il faut généralement plus de 8 passagers pour venir à bout d’une 2CV locale, même avec 200.000 kilomètres au compteur. Les maisons sont en briques, avec des fleurs au balcon, sans déchets alentour, sagement alignées le long d’une rue pavée bordée de petits commerces. On sent déjà l’organisation slovène et les origines de maçon du Père Pedro. Arrivés sur l’esplanade d’où nous dominons plusieurs quartiers de Tana et la carrière de pierres où tout commença il y a vingt ans, nous nous étonnons que le chauffeur de taxi ne souhaite pas nous attendre, ce qui est pourtant pratique courante avec les touristes. Nous manquons de temps pour résoudre cette énigme : il est quasiment neuf heures et la messe était à huit heures. Nous sommes pris en main par une équipe d’accueil : inscription de nos noms sur un cahier (tiens, des volontaires Fidesco sont passés la semaine dernière) et accompagnement à l’intérieur du gymnase, converti en église. Les Vasas bénéficient d’un traitement de faveur avec des chaises, plus confortables que les gradins ou le sol de béton recouvert de nattes, et une vision parfaite sur la chorale et le prêtre. Nous ne sommes qu’à une dizaine de mètres du célébrant, et encore plus proches des baffles : Ariane se bouche les oreilles quand les percussions démarrent. Il est impressionnant : immense, barbu, levant haut la bible et faisant le tour de la salle pour que chacun puisse voir de près le livre de la Parole. La foule, dont la moyenne d’âge doit être inférieure à vingt ans est captivée, riant à plusieurs reprises. Il est difficile pour nous de suivre et les deux heures trente sont un peu longues mais nous ressentons la ferveur de l’assemblée. Excellent communicant, le père Pedro fait venir à ses côtés un groupe de jeunes Slovènes qui part en mission le lendemain dans un camp d’été du Sud de la grande île; il a aussi la bonne idée de traduire en français les points forts de son sermon. Il ne mâche pas ses mots, le père Pedro, et je me demande comment il est encore vivant : sa tombe serait certainement déjà fleurie en Amérique du Sud. « L’homme ne doit se prosterner que devant Dieu, mais pas devant les puissants de ce monde. La prière est notre arme. Dans une classe, si l’immense majorité des élèves doit redoubler en fin d’année, qui est responsable ? Les enfants ou le professeur ? Alors pourquoi laissons nous les gens au pouvoir qui maintiennent 80% des Malgaches dans la pauvreté. Relevons la tête. Luttons et travaillons ». Discours musclé : la force de la Bonne Nouvelle et des évangiles mise au service des pauvres a permis à dix-sept villages de sortir de terre -dont celui où nous nous trouvons-, à trois cent mille personnes en détresse d’être aidées et à quarante mille enfants de suivre une scolarité. La semaine prochaine, quatre cents enfants d’Akamasoa passeront le brevet de fin d’études primaires et les prières de l’assemblée les accompagnent pour que le pourcentage de réussite soit proche de 100%, comme l’année dernière.

Un bulldozer, un Fidel Castro (les messe du Père Hervé de 90 minutes font figure de messe privée), un révolté : beaucoup d’épithètes conviennent au père Pedro. Le plus marquant est son incapacité, comme l’abbé Pierre ou soeur Emmanuelle, à s’habituer à la misère, à la violence, à l’injustice, quand bien même ces fléaux sont le lot commun et perdurent depuis toujours. Une volonté d’extirper ce qui brise la dignité de l’homme et de faire surgir ce qu’il y a de beau en chaque homme.

Et pour faire connaître sa lutte, un nouvel ouvrage est paru « Journal de combat. Missionnaire à Madagascar ».

Pour clôturer, la clé du mystère sur sur le taxi : il connaissait la durée de la messe, lui !