La léproserie de Mahana, un cas non isolé

Aujourd’hui, fête de Marthe; et les soeurs de la léproserie de Mahana, en pleine verdure à quelques kilomètres de Fianarantsoa, ne manquent pas de la souhaiter à la petite dernière. Et notre Marthe, en chemin vers la sainteté, est toute fière de poser devant une statue de sa patronne.

La lèpre, nous en avons déjà entendu parler en Inde par le Docteur Claire Vellut, qui a passé son existence à la combattre. Cependant, nous n’avions pas encore franchi le pas pour visiter un centre de soins et de vie pour malades de la lèpre, comme si l’exclusion qui les a frappés pendant des siècles se perpétuait aussi dans notre inconscient. D’ailleurs, les préjugés ne sont jamais bien loin et bon nombre de malades ne viennent que bien tard à Mahana, quand la maladie est déjà bien installée. On nous citait la cas d’une petite fille de 8 ans qui avait fugué à plusieurs reprises, avant d’accepter de se faire soigner.

Mahana a vu passer des personnages hors du commun, dont nous découvrons la vie : le bienheureux Jean Beysim qui a créé ce centre à la fin du XIXème siècle, la soeur Anne Marie Clerget de la congrégation Saint Joseph de Cluny qui répondit à l’appel du Père et monta de la côte orientale en chaise à porteurs en deux semaines : c’est peut-être les temps de transport à l’époque qui l’incitèrent à passer 57 ans à la léproserie, sachant que sa longévité impressionnante est due à son régime alimentaire de riz et sauterelles ! Mais le record est maintenant tenu par Soeur Geneviève très largement centenaire. La jeune Soeur Catherine, dans la force de l’âge à 83 ans et très gourmande si l’on en croit le journal de bord d’Ariane, est devenue responsable de la communication il y cinq ans et nous a donc fait visiter, avec beaucoup d’enthousiasme et de gentillesse, le centre. Marthe et soeur Catherine, main dans la main, ce fut le tandem de cette journée.

Il y a un siècle, les blessures des malades étaient telles que l’odeur était insupportable jusqu’à la croix située à plus d’un kilomètre des dortoirs, qui n’étaient que des mouroirs. Aujourd’hui, Hery, notre fidèle chauffeur malgache, est très impressionné par la propreté et les équipements de l’hôpital, par comparaison au service public. Malgré tout, nos enfants ont été impressionnées par les joueurs de dominos retournant les pièces avec leurs paumes, par le lavage des bandes dans une bassine, par les gestes des malades pour cacher leurs plaies. Et la partie n’est pas gagnée car les cas de lèpre, souvent doublés de tuberculose, sont en augmentation dans la région couverte par Mahana, notamment chez les jeunes. Le financement reste une préoccupation constante pour les soeurs de Cluny, et plus particulièrement pour Soeur Catherine.

29/07/2009

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