Archive la catégorie ‘Cambodge’

Des soleils dans le regard des enfants cambodgiens

Samedi, mai 9th, 2009

Nous n’avons passé que cinq jours au Cambodge, le seul pays avec Hong Kong où notre séjour a été inférieur à une semaine. Notre principe de voyage n’est pas de faire des visites éclair mais, au contraire, de nous imprégner d’un pays ou d’une région en prenant notre temps et en laissant la place aux rencontres et à l’imprévu. Le Cambodge est donc une exception et il serait fort présomptueux de notre part d’avoir un avis sur ce pays en si peu de temps. Cependant, au delà de la magie des temples d’Angkor, deux choses m’ont frappée :

-         la beauté des enfants, comparable à ceux d’Inde, leur sourire et leur générosité . A plusieurs reprises, des enfants vendeurs ou quasiment mendiants ont offert à nos filles de menus présents : dessin, bracelet ou petite poupée. Nos filles ont été très sensibles à ces petits gestes spontanés et gratuits : elles ont vérifié toutes les poches de leur sac à dos à la recherche de petits cadeaux. Et que dire de l’un de nos trois chauffeurs de tuk-tuk, chevalier servant de Marthe, qui a sorti de son coffre un gros ours en peluche pour le lui tendre quand nous avons quitté Siem Reap. En regardant le film « Holy Lola » un soir à Angkor, une phrase m’est restée en mémoire: « Les Cambodgiens ont le visage qui sourit et le cœur qui pleure ». Que tous ces sourires d’enfants que nous avons admirés puissent un jour sécher les larmes qui coulent dans le cœur de ce beau peuple.

-         le professionnalisme et la « khmerisation » des organismes d’aide que nous avons vus, tant pour P.S.E. qu’à l’hôpital pédiatrique Beat Richner de Siem Reap. En allant donner mon sang (un geste tellement simple et rapide que je l’ai fait même sans Béné), j’ai vu que des dizaines de personnes étaient assises dans un hall : il s’agissait des parents des 550 enfants qui sont quotidiennement soignés gratuitement avec des équipements dignes des cliniques européennes. Qu’il s’agisse d’un couple de retraités français ou d’un musicien suisse, j’ai l’impression que la compassion et l’amour que ces hommes de bonne volonté ressentent pour le peuple cambodgien sont si forts qu’ils ont réussi à déplacer des montagnes pour l’aider de manière pérenne. Et que la communication est un des éléments de leur « success story ». Qui a vu le film « blood or money » avec Carole Bouquet et Gérard Depardieu sur le marché du sang, dont l’affiche trônait dans la salle de transfusion  ? En évoquant le lien entre sang et argent, j’ai été surprise que l’on m’offre après le prélèvement un sac de « goodies » comme si j’avais répondu à un questionnaire en supermarché et surtout que l’infirmière me donne un numéro pour venir récupérer mes résultats d’analyse sanguine : à croire qu’un un certain nombre de donneurs utilisent cette pratique pour réaliser un test du SIDA gratuit !

 

Sinon, nous avons apprécié la facilité de contact avec d’autres voyageurs : Franklin et Céline d’Amstramvan  qui ont dû laisser leur camping car à la frontière iranienne mais poursuivent leur périple à la rencontre d’écoliers, un couple à bicyclette et aux bagages réduits au minimum dont la fillette de quatre ans trouve les journées bien longues dans son petit traineau, une médecin belge d’origine cambodgienne qui ne trouve pas de travail car les ONG internationales coupent les budgets à cause de la crise financière. Ces rencontres sont de plus en plus fréquentes et nous permettent de peaufiner nos itinéraires et de d’affiner notre regard sur les pays que nous visitons grâce à un prisme différent. Par exemple, surprise en écoutant Céline nous narrer ses mésaventures dans le Nord de l’Inde où les enfants sont allés jusqu’à lui lancer des pierres ou l’enfermer aux étoiles. Aux antipodes de l’Inde que nous avons aimée dans le Sud.

 

La décharge de Phnom Penh, Papy et Mamy et P.S.E.

Samedi, mai 9th, 2009

Aujourd’hui, j’ai dix ans et demi. Généralement, nous fêtons les demi anniversaires mais cette fois, Maman a oublié. Pourtant, j’ai eu un cadeau différent de d’habitude….

Lorsque nous logions chez Vincent et Fanette, j’ai feuilleté un livre de photos publié par « Enfants du Mékong » où j’ai vu des enfants de la décharge de Phnom Penh. J’ai proposé à Maman d’y aller mais elle considérait que ce serait trop dur pour nous. Par contre, elle voulait bien essayer de rendre visite à l’orphelinat créé par les Pallières pour accueillir et éduquer les enfants sortant de la décharge. Je crois que Maman avait aussi envie de s’y rendre car elle avait lu le livre écrit par cette famille, après leur tour du monde avec quatre enfants réalisé en 1976. J’ai relevé l’adresse sur Internet et nous voilà tous les neuf répartis en deux touk-touks à chercher le restaurant ouvert par P.S.E (Pour un Sourire d’Enfants), l’association fondée par les Pallières. Nous n’avons pas pris de petit-déjeuner pour joindre l’utile à l’agréable en avalant, je l’espère, des croissants faits par les apprentis. Nous quittons les grandes artères de la capitale pour nous enfoncer dans un dédale de ruelles en terre battue. Il y a des sacs plastiques partout. Des travaux nous obligent à faire demi-tour. Les chauffeurs demandent régulièrement et nous arrivons enfin à un bâtiment que ressemble à une école. C’est tout petit : ce n’est pas ce que nous cherchons. Nous repartons et je montre à Maman au bout de la rue la décharge : sans le vouloir, nous y sommes arrivés. Papa accepte de descendre du touk-touk pour que j’y aille. C’est carrément pauvre. Nous voyons plusieurs enfants, de quatre à douze ans, qui reviennent avec un gros sac de détritus. Ils pourront sans doute revendre quelque chose. Nous n’avons qu’une petite partie de la décharge car elle est faite de monticules de déchets et nous ne pouvions pas monter sur la première « colline ». Cette décharge s’étend sur plusieurs kilomètres. Il parait que des enfants meurent écrasés par des camions poubelle ou intoxiqués par des fumées de plastique. Nous avons vu un des camions repartir vidse mais ils viennent plus tôt le matin. C’est vraiment très sale et pauvre.

Nous avons enfin trouvé le restaurant mais c’est fermé car c’est un jour férié cambodgien. La chance nous sourit tout de même puisque le responsable de la formation de P.S.E. arrive alors que nous discutons avec le garde et accepte de nous présenter le projet pendant dix minutes : finalement cela durera une heure. P.S.E a démarré en 1996 avec cinquante enfants dont les conditions de extrêmement dures avaient touché le cœur de Christian et Marie-France des Pallières, dits Papy et Mamy. Douze ans plus tard, six mille quatre cents enfants sont accueillis, dont deux mille cinq cents en formation professionnelle pour ceux qui ont entre seize et vingt ans. Selon leur niveau d’étude et leurs compétences intellectuelles, les jeunes sont orientés vers des cursus différents, plus ou moins longs. Mécanicien, assistante de maison, personnel d’hôtellerie, secrétaire, gestionnaire et même études universitaires pour soixante d’entre eux. Pour trouver du travail aux élèves sans difficulté, deux méthodes sont utilisées : faire venir des professionnels d’un métier pour qu’ils vérifient que la formation répond bien aux besoins des entreprises et faire pratiquer aux jeunes leur futur métier dans l’hôtel, le restaurant, la boulangerie et même l’entreprise fictive qui existent sur le site de P.S.E. Pour mettre au point ce programme de formation, le responsable –qui parle bien français heureusement- est aidé par Dominique Xardel que Manou connaît bien et qui était le directeur de l’ESSEC quand Papa et Maman y étaient ! Cinq cent cinquante personnes travaillent ici, dont deux Français ! Le roi du Cambodge a accordé aux Pallières la nationalité de son pays : c’est très rare.

ARIANE à quatre mains 

 

Les momos rajeunissent Angkor

Jeudi, mai 7th, 2009

Les momos ont eux aussi traversé la frontière, surtout celui de Nicolas, facilement reconnaissable à sa couleur verte. Premières vues d’Angkor grâce au momo écolo !

Les merveilles d’Angkor

Mercredi, mai 6th, 2009

J’avais un a priori négatif : lieu très commercial, artificiel, un peu Disneyland, en marge du vrai Cambodge. Laure-Isabelle ayant le même ressenti, nous avions décidé de ne pas y aller…jusqu’à ce que Hervé Boone, le cousin d’Armelle de Narp nous convainque du contraire à Hochimin City un beau dimanche d’avril. C’est un des plus beaux sites d’Asie, on peut y aller par bateau puis bus à partir du Delta du Mekong, et pour mes parents, qui d’ailleurs prévoyaient à l’origine d’y aller, ce serait parfait. En plus c’est la basse saison.

OK banco nous voilà partis d’abord un coup de cyclo-pousse, puis barcasse puis bateau rapide de Chau Doc, changement d’embarcation a la frontière cambodgienne, débarquement en plein champ à même la glaise, minibus attrapé au vol et roulant à tombeau ouvert vers Phnom Penh, retrait des billets, achat d’un demi mètre de pain de mie  et dépôt des passeports de mes parents le tout en moins de 3 minutes chrono dans une agence du centre ville pour attraper à nouveau par les moustaches le dernier bus pour Siem Rep , traversée de la ville sous un orage énorme, concours d’escargots dans la banlieue en pleins travaux, puis campagnes magnifiques -plutot plus belles que celle du delta du Mekong, scènes de vie rurale ancestrale, couleurs du soir, bribes de sieste et câlins sur les genoux de Piou et Manou. Une bonne journée de transport récompensée par la découverte du Pavillon Indochine, l’hotel que nous ont recommandé Fanette et Vincent Minvielle. Piscine, bon diner, décor comme dans le film éponyme, gentillesse du staff, DVD gratuits (les filles sont ravies) et tuk-tuk à volonté pour nous emmener aux temples: le luxe fait du bien de temps en temps!!

Nous partons de grand matin et dès le début l’impression est bonne: le génie de la nature et de l’homme cohabitent harmonieusement, les avenues sont larges et propres, l’organisation de l’accès aux temples est parfait, les gens sont gentils, proposent des souvenirs sans trop insister, et surtout il y a peu de monde. Pas d’hôtels ni de boutiques aux abords des temples, tout cela étant circonscrit à la ville. La découverte récente du site, le travail de l’UNESCO (zone patrimoine mondial de l’humanité), des ONGs (plus grande densité  d’ONGs de la planète), des pays sponsors qui font la course au plus beau projet de soutien, la gentillesse et le flegme Khmers? Je ne sais pas mais c’est beau, tranquille, et plein d’arbres. A Wat Phrom, l’Ecole Française d’Extrême Orient a eu la bonne idée de ne pas enlever les arbres qui ont progressivement pris  possession du site. Les figuiers étrangleurs chevauchent les  murs, écartèlent les fenêtres, torturent les pierres des portes et et des terrasses. Les arbres sont comme en mouvement, lent et inexorable. Tout leur  appartient. Ils donnent relief, recul, et majesté au temple. Je reste de longues minutes à l’écart du groupe familial, en contact avec ces êtres exceptionnels, subjugué. Le dédale est sans fin, les espaces déserts silencieux sont nombreux. RV avec ce que notre histoire et notre terre portent de plus beau. Dire que les pierres viennent de 500km, portées sur le lac puis à dos d’homme et de bêtes… La religion développe ici une puissance rarement égalée (si ce  n’est à Pagan?). Les touristes indiens que nous croisons sont surpris de retrouver Shiva, Brahma et Vishnou, et bien d’autres encore. Nous profitons de tout cela en famille, à notre rythme, sous un soleil fort mais supportable. Certainement un des meilleurs moments de tourisme du voyage. NICOLAS

 

Passage de frontière pour le Cambodge

Mardi, mai 5th, 2009

La marraine de Marie et sa famille ont passé plusieurs années au Cambodge, à la fin des années 1990. J’avais gardé de leurs descriptions l’image d’un pays détruit par la guerre civile, la rupture des liens familiaux avec une difficulté pour les enfants élevés sous le régime de Pol Pot et devenus à leur tour  parents à donner de l’amour à leur descendance et corrompu par les aides internationales qui affluent. Je n’avais donc pas rajouté le Cambodge aux étapes de notre voyage. Nous avons finalement changé d’avis en écoutant les connaisseurs de la région nous parler d’Angkor Vat et aussi pour répondre à la demande d’Ariane de visiter la décharge de Phnom Penh !

Il s’agit donc ce matin de passer du Vietnam au Cambodge : la procédure semble assez bien rodée à  en croire les agences pour routards. Un cyclo-pousse vient nous chercher à l’hôtel de Chau Doc; petit bateau pour rejoindre le ponton principal; gros bateau à moteur pendant plus d’une heure pour arriver au poste frontière : c’est juste le temps qu’il nous faut pour remplir les formalités nécessaires et trouver les solutions pour les photos d’identité qui manquent -pas compliqué, notre guide prend une moto-taxi pour aller au village le plus proche qui dispose d’une photocopie et duplique ainsi les photos de nos passeports-. Nous attendons du côté vietnamien dans  une salle climatisée en regardant les nouvelles sur BBC World. Nous récupérons nos sacs à dos pour monter sur un bateau moins puissant et passons quelques minutes à vérifier qu’aucun colis suspect na été rajouté : peut-être un peu parano mais je me dis que la brave famille de gentils grands parents + parents bien propres sur eux (de moins en moins) + cinq charmantes filles pourraient être tentante pour servir de passeurs involontaires à des trafiquants. Côté cambodgien, il faut grimper les marches escarpées d’un débarcadère en bois pour faire la queue au poste frontière. Notre guide a l’air stressé et nous aboie des ordres. Un des passagers est bloqué : quelle idée de venir d’un sultanat qui ne compte que trois cent mille habitants et est inconnu des agents douaniers cambodgiens. Après un contact téléphonique avec l’ambassade du Bruneï, nous repartons sur notre troisième embarcation de la matinée. Les ainées prennent place sur le toit pendant que nous apprenons quelques mots d’hébreu avec notre voisin de rangée, en découvrant encore un nouvel alphabet. Sur les berges, l’architecture change subitement : les toits lèvent les ras vers le ciel comme sur les temples de Thaïlande, toutes les maisons sont sur pilotis, sans pour autant avoir les pieds dans l’eau. Il semble que la partie basse serve à abriter le bétail. A en juger par le nombre de buffles qui sont amenés au bain dans le fleuve, les soubassements des habitations doivent être bien remplies. Les enfants qui se baignent nous font des signes joyeux, plutôt destinés à nos filles. Elles sont d’ailleurs  friandes de ces furtifs moments de complicité : quelques secondes d’échange, totalement gratuites, futiles en un sens et qui pourtant rentrent dans la catégorie des très bons moments du voyage. Sans doute un moyen de faire comprendre aux adultes qu’une relation peut être désintéressée et sans finalité précise. La traversée côté cambodgien dure moins d’une heure : il ne reste plus qu’à grimper de la berge jusqu’à la route, sans glisser dans la boue en l’absence de ponton et de marches. Un mini-bus nous attend pour nous conduire à Phnom Penh : il n’est pas certain que nous ayons le temps de prendre le bus qui relie la capitale à Siem Reap. J’ai l’impression qu’il y a plus de voitures de ce côté du Mékong, contrairement aux motos qui sont moins visibles et audibles. Autre changement qui nous frappe par rapport au grand voisin oriental : des déchets plastique partout le long des routes et des vaches qui traversent nonchalamment la chaussée et nous rappellent l’Inde. La vitesse n’est donc pas très élevée et Marthe a le temps de jouer à la chauve-souris, accrochée au plafond du bus ou d’emprunter les voitures à pédales pendant les arrêts WC.