Archive la catégorie ‘Inde’

Les “momos” en Inde

Dimanche, avril 5th, 2009

Notre séjour en Inde tire à sa fin : unanimement, nous sentons que ce pays va bien vite nous manquer, qu’il nous a marqués comme aucun autre jusque là. Contents bien sûr de quitter la chaleur et les moustiques pour quelques jours d’agrément à Hong Kong et au Japon -notre patrie d’adoption- mais déjà en manque de sourires, de rencontres d’une minute ou d’une semaine, de bruits de klaxons, de vaches nonchalantes, de saris aux couleurs du printemps, de goûts épicés, de chauffeurs de bus adaptes de Mario, de thé sucré au lait et à la cardamone, de levers matinaux pour pratiquer yoga ou gym, d’odeurs nauséabondes, de questions répétititves, de colliers de fleurs dans les cheveux tressés et de bindis.

 En guise d’au revoir à ce pays, nos momos dans des situations typiquement indiennes… mais aussi comme lien avec Hong Kong, où nous partons retrouver Julian, le parrain d’Antonia et notre pourvoyeur en petits ours plastifiés de Shanghaï. 

Sadhana forest : reforestation à Auroville

Samedi, avril 4th, 2009

Nous sommes allés à Auroville à Sadhana Forest, un projet du centre Auroville. Le fondateur Aviram est arrivé d’Israël avec sa femme et sa petite fille d’un an il y a sept ans. Son projet consiste à reboiser une terre presque déserte située à dix kilomètres de Pondicherry. Aviram nous explique leur mode de vie. Des volontaires creusent des trous avant la mousson pour récolter l’eau et pour éviter que ça fasse de l’érosion : l’eau descend dans la terre et recrée la nappe phréatique. Pour renforcer les plates-bandes principales, des pieds de vétiver et de plantes aromatiques sont plantés. Leur engrais principal sont les excréments humains (12 tonnes par an ) et le reste de nourriture. Nous avons vu l’endroit où ils gardent l’énergie des panneaux solaires et utilisent le reste de cette énergie pour fabriquer des piles de voitures électriques. La communauté a aussi un camion qui ne peut pas rouler à l’énergie électrique : ils écrasent des graines de l’arbre pongomia pour faire du bio-diesel. Avec six cents volontaires venant de quarante-cinq pays, ils ont planté 20 000 arbres en cinq ans qui représentent cent cinquante espèces différentes. Des fils de noix de coco sont déposés dans les trous creusés pour faire un lit à l’arbre. 90% des arbres survivent après la plantation. Sur la colline où nous étions, quatre cents volontaires avaient travaillé au reboisement. Les volontaires mettent plus de cœur que des professionnels, à tel point que s’ils reviennent, ils disent: où est mon arbre ? Des enfants des villages voisins vont venir planter une forêt d’arbres fruitiers et de légumes afin de pouvoir se nourri et nourrir leur village. Il n’y a pas encore de volontaires locaux à part les enfants. Tous les vendredi, Aviram et sa femme montrent gratuitement leurs projets à tous les touristes intéressés par la permaculture et la reforestation de manière à trouver des volontaires et éventuellement des successeurs car ils souhaiteraient construire un nouveau projet en Afrique. Nous sommes allés à la piscine (un gros bloc de béton) avec les deux enfants d’Aviram, qui ne vont pas à l’école : cependant, comme il y a constamment des volontaires du monde entier, ils parlent hébreu, anglais, un peu français et tamil. A la nuit tombée, une cérémonie a eu lieu avec des chants, de la musique avec l’instrument à vent aborigène et des danses : c’était la bénédiction du bassin à spiruline. Gilles, un français qui visite des bidonvilles au Brésil et en Afrique pour initier des piscines à spiruline, avait apporté les algues de base. La spiruline est une algue qui apporte trois fois plus de protéines que la viande et deux fois plus de protéines que le tofu. Cette plante pousse dans le désert, lorsqu’il y a du sel, de l’eau et un milieu acide (ici, c’est avec des cendres et de l’urine !). I Au bout de quatre jours, la spiruline peut être récoltée, fraîche en salade ou séchée. Comme les membres de la communauté de Sadhara sont végétaliens, la spiruline leur apporte des protéines. Avant de rentrer, nous avons pédalé sur des vélos pour créer de l’énergie : à plusieurs, ce n’était pas trop difficile. Cette énergie vient en complément des panneaux solaires, c’est plus utile que de faire du sport dans un club de fitness, c’est plus convivial que de regarder la télé. De toute façon, Gilles nous explique que lorsqu’on doit fabriquer son énergie à la force de ses jambes, on devient très économe. ARIANE

Une vie au service des lépreux

Jeudi, avril 2nd, 2009

Avant de nous faire conduire à Pondicherry, le père Suresh prend la peine de nous faire rencontrer le docteur Claire VELLUT. Portrait d’une femme au service des pauvres.  Jeune médecin spécialisée dans les maladies tropicales, elle est arrivée en Inde en 1954, à l’âge de 28 ans. « Une erreur d’aiguillage » dit-elle aujourd’hui avec l’humilité des plus grands, « car l’Inde a tous les médecins tropicaux qu’il faut ». Atterrie à Delhi avec quelques autres jeunes médecins européens, elle demande rapidement à aller travailler dans un village. C’est ainsi qu’elle arrive à côté de Nenmeri, près de Chengelphet entre Madras et Pondicherry. Elle va y rester 25 ans, pour s’occuper des lépreux. « Une maladie 50% physiologique (assez proche de la tuberculose), et 50% sociale , qui fait peur car elle déforme ; peur aux villageois et honte aux gouvernements, qui ont eu tôt fait de la déclarer éradiquée alors qu’elle persiste encore dans de nombreux foyers de pauvreté ». Aurélie, du Points Cœur de Chengelphet nous disait en début de semaine qu’une jeune fille de 15 ans vient se faire soigner au dispensaire de campagne où elle vient rencontrer chaque samedi les malades. Manque d’hygiène, promiscuité, isolement social et manque total de ressources financières entretiennent le fléau. Après ces 25 ans passés au service des plus exclus des exclus, Dr Claire Vellut devient conseillère du gouvernement indien au niveau national sur la question de la lèpre ; elle parcourt le pays de long en large, et découvre que des états entiers où la maladie était officiellement inexistante en sont en fait là où Tamil Nadu ou Andra Pradesh, les états officiellement affectés, avaient commencé il y a un quart de siècle : prise de conscience, recensement puis alors seulement action, prévention… « A l’époque , il fallait trois ans de traitement, aujourd’hui en 6 mois c’est réglé… si on a accès aux médicaments »  résume-t-elle; encore aujourd’hui, même si elle ne visite plus que la cinquantaine de malades difformes du village voisin, son action passée touche encore 800 villages et plus de 12000 personnes. Claire a plusieurs fois accueilli Raoul Follerau en Inde. « Un sacré bonhomme, avec sa canne et son chapeau, infatigable et pleine de vie » ; elle a même formé Sœur Térésa et sa petite équipe originelle au démarrage de leur action à Calcutta et ailleurs.

Le Père Suresh, qu’elle inspire et encourage dans toute son action, dit qu’elle a fait plus pour son pays que la plupart des grands personnages connus, y compris Mère Térésa. Elle ne rentre pas dans les comparaisons et reste discrète, simple, l’oeil pétillant. Elle vit seule, au milieu des chiens galeux et des singes effrontés (« ne vous inquiétez pas ils ne rentreront pas dans la pièce… il n’y a rien à voler » nous dit-elle) dans un village perdu du Tamil Nadu. Aujourd’hui, autour d’un verre d’eau, droite et souriante dans sa tunique indienne , après 55 ans passés au service des plus pauvres des pauvres, elle nous dit se sentir un peu fatiguée. « un mauvais moment à passer » ajoute-t-elle immédiatement…

 

Mannequins d’un jour

Jeudi, avril 2nd, 2009

Nous voyageons avec une garde robe très limitée, réduite au fur et à mesure des déplacements : deux pantalons, deux shorts, deux pulls, quatre tee-shirts. Et pourtant, aujourd’hui, nos filles ont joué les mannequins avec beaucoup de bonne volonté, bien plus que celle dont j’avais fait preuve pour enfiler un kimono au Japon. Tout a commencé par une visite à Kanchipuram, réputée tout autant pour ses temples que pour ses soieries. Bien vite lassés par les édifices religieux, nous préférons découvrir la magie du ver et du mûrier. La magie s’est envolée, laissant place aux roupies : nous ne voyons aucun centre de production, seulement des magasins. Ce qui est sûr, c’est que je n’achèterai pas de saris. C’est difficile à nouer, lourd, fragile, assez onéreux et inutilisable en  France.

Une heure plus tard, chacune des filles a son propre sari. Le vendeur indien parlerait sans doute d’une négociation win/win….Nicolas est enchanté d’avoir obtenu cinq saris pour le prix d’un, les Madam sont ravis de ce cadeau inespéré et si élégant, notre marchand a sans doute réalisé une semaine de chiffre d’affaires en une demi-journée et je me demande à qui confier les précieuses étoffes pour qu’elles aillent s’entasser dans la chambre débarras de Maman avant notre retour dans la Métropole. Les filles, jamais à court d’arguments, me conseillent de profiter de la présence de jeunes indiennes pour prendre des leçons de port de saris. Voilà comment une bande d’écolières du Foyer Saint Jean sont recrutées pour enseigner aux jeunes françaises l’art du sari. Avoir une ou deux habilleuses ne semble pas déasgréable et Donatella en profite donc pour passer à une robe de cérémonie pour enfants fabriquée par le professeur de couture du lycée des filles.

Le foyer Saint Jean pour enfants dans le besoin : de 5h. à 22h30

Mardi, mars 31st, 2009

Le foyer Saint Jean pour enfants dans le soin sert aussi à accueillir les familles de voyageurs sans logement fixe, mais avec des horaires et un régime alimentaire distincts !

Commençons par la nourriture : matin, midi et soir, les cent soixante enfants reçoivent une assiettée de riz, agrémenté de soupe de lentilles et légumes, qu’ils mangent sur le terre-plein de terre qui précède leurs chambrées. J’espère que les bananiers que chaque membre de notre famille a plantés, en souvenir de notre passage, pourra rapidement leur procurer de l’ombre car le soleil est déjà haut quand le petit déjeuner est servi à 8h30.

Précédant ce premier repas de la journée, plus de trois heures d’activité : prière, yoga, lecture, travaux communs, lavage du linge et toilettes. De quoi arriver en classe bien réveillé !

Après l’école, le rythme est toujours soutenu avec les devoirs jusqu’au dîner, puis le chapelet et la prière. Je me demande quand ces enfants, âgés de 8 à 20 ans, orphelins pour beaucoup, s’arrêtent de travailler. Ils sont à l’image de ce pays où la vie semble en perpétuel mouvement, où le sommeil se compterait plus en minutes qu’en heures –quitte à se rattraper avec une petite sieste dans son rickshaw, derrière un bureau ou à même le trottoir-. Travailler pour échapper à la misère, portés par des slogans sur les murs (mon préféré est : Low aim is a crime, dû au rédacteur intouchable de la constitution indienne, le docteur Ambedkar), des portraits (Jésus à côté de Che Guevara….), l’énergie infatigable du père Suresh et l’exemple des « promotions précédentes qui s’en sont sortis.

La vie n’est pas luxueuse au Foyer, entre l’eau qui n’est pas très courante, sauf quand elle est pompée manuellement à cent mètres des bâtiments, l’électricité qui est coupée plusieurs fois par jour et les douches qui sont à l’extérieur. Mais c’est le moyen pour ces jeunes d’avoir accès au logement et à l’éducation malgré leur condition sociale et économique. Autre point positif : les plans du foyer ont été réalisés sur la base des demandes exprimées par ses utilisateurs, grâce à un concours de dessin et une liste de souhaits. Un bel exemple de démocratie participative, qui évite un beau projet imaginé derrière un bureau, dans une ville ou à l’étranger, qui se révèle à l’usage irréalisable ou éloigné des besoins véritables.

J’oubliais un point important sur le foyer Saint Jean, particulièrement pour les anciens CM2 de l’école Jeanne d’Arc de Fontenay sous Bois : une partie de la peinture des murs est due au travail de Nicolas Freixedelo et de son association APSID, comme Marie nous le rappelait régulièrement !

 

Un accueil bollywoodien

Lundi, mars 30th, 2009

Coup de chance : nos trois contacts en Inde sont situés dans un mouchoir de poche. Moins de trois heures de voiture entre le jardin Points Cœur, l’ashram de la communauté de Saint Jean à Pondicherry et l’école Saint John du père Suresh. Nous hissons donc nos sacs dans les bus locaux pour rejoindre la ville la plus proche de l’école : montés à l’arrachée entre deux agglomérations, nous devons récupérer un bagage tombé sur la route après un tournant un peu brusque. Je crains que les Pépitos rapportés de France par Nicolas soient un peu écrasés quand je vois l’état du sac après cette petite chute. Heureusement que le paquet n’a pas blessé une vache !

A la gare routière, le père Suresh vient nous chercher avec sa voiture. Les filles ont tôt fait de le mettre dans la catégorie des riches avec ce véhicule climatisé. Une fois de plus, l’habit ne fait pas le moine.

Une demi-heure parmi les rizières et les champs avant d’apercevoir des bâtiments de couleur, une clôture, un chemin de terre et une haie d’enfants. Moment d’émotion très forte lorsque nous posons le pied à terre et que tous ces visages nous sourient, toutes ces mains applaudissent, posent des colliers de fleurs autour de notre cou et nous tendent des bouquets, toutes ces bouches nous souhaitent la bienvenue. Ils sont plus de cent à venir au devant de nous. Nos filles sont très touchées : nous n’avions jamais vécu un accueil aussi chaleureux et vivant. Nous passons au milieu de cette joyeuse animation, agitant la main, souriant, pour nous rendre dans la salle principale du foyer Saint Jean : nous constaterons ultérieurement que c’est une véritable salle polyvalente, servant de réfectoire en cas de pluie, église pour la célébration eucharistique, salle de yoga, lieu de révision des devoirs en soirée et, pour ce soir, salle de spectacle. Nous prenons place sur des chaises, à côté du père Suresh, alors que les enfants, filles et garçons séparés comme partout en Inde, s’assoient à même le sol. Première saynète jouée par des sœurs, venues partager la vie de l’école et du foyer pendant dix jours, avant de prononcer leurs vœux. Pas timides pour deux sous les futures sœurs, aussi à l’aise dans la comédie que dans le chant ou la danse. C’est d’ailleurs la constatation principale  que j’ai faite après plus d’une heure de spectacle : aucune gêne ou crainte parmi ces jeunes qui montaient sur la scène improvisée, bien au contraire, énormément d’énergie et de plaisir.

Notre seul regret pour cette soirée inoubliable : l’absence de Sybille, qui aurait autant aimé que nous être accueillie avec cette ouverture de cœur et cette joie de vivre.

 

 

Intouchables catholiques, deux fois exclus !

Lundi, mars 30th, 2009

Fils de paysan sans terre Dhalit –c’est à dire “intouchable”- de la region de Madras, le père John Suresh rencontre à onze ans un prêtre catholique qui le prend sous son aile ; son père accepte qu’il entre au séminaire après qu’il aura été repéré pour ses aptitudes intellectuelles. Pendant ses études, il se fait remarquer et sanctionner car il a tenu tête à un camarade qui le traitait de peureux Dhalit pendant un match de football. Refusant de laisser l’insulte sans excuse, et blessé que son professeur présent sur le terrain n’ait pas le courage de prendre position, il quitte le terrain avec la balle, disant haut et fort que « sa dignité vaut plus que leur jeu » ; Sept ans plus tard son ordination sera retardée d’un an sous prétexte « qu’il a tendance à sur-réagir ». Tant pis ; il ne lâchera jamais. Il est nommé dans une paroisse rurale très pauvre, Puru, où un prêtre, le Père Joseph vient d’inaugurer une école primaire et un collège en rase campagne. Atteint de cancer, il a choisi le jeune Père Suresh, son assistant depuis un an pour lui succéder dans ce projet ambitieux. Il est grand temps, car six mois plus tard il ne sera plus de ce monde… Tout juste le temps d’inaugurer l’école, de consolider les financements allemands et suisses, et le soutien de l’Evêché. Father Suresh reprend le flambeau avec courage, sans jamais se poser de questions, et infatigablement va faire grandir le projet, lui ajoutant une école maternelle, puis un pensionnat pour enfants défavorisés (la plupart dans cette campagne), puis collège technique, sans oublier une formation d’un an pour jeunes femmes Dhalits : arts traditionnels, sciences humaines, informatique, arts martiaux, design. Une formation diplômante, qui développe surtout l’autonomie et la force de caractère de ces jeunes femmes habituées dès le plus jeune âge à la soumission et aux maltraitances. Il milite aussi dans sa paroisse pour que l’Eglise Catholique assume pleinement son engagement de 1957 : « se charger de la cause des Dhalits », qui du coup ne font pas l’objet de discrimination positive (quotas d’emploi dans les grandes administrations et entreprises…) comme les autres castes défavorisées. Il faut dire que la situation des Dhalits, à peu près totalement inconnue chez nous en Europe, est difficilement croyable. Encore aujourd’hui, en 2009, les Dhalits ne peuvent pas entrer par la porte principale de l’église de Chengelphet ou d’ailleurs car celle-ci donne sur la rue principale de la ville, voient leurs maisons détruites par des assaillants anonymes, leurs filles attaquées en plein jour… Encore aujourd’hui en 2009, il existe un grand nombre de « travailleurs attachés », véritables esclaves du 21ème siècle qui travaillent jusqu’à leur mort pour un propriétaire terrien à qui leurs parents les ont « attachés » pour payer une dette de quelques centaines de roupies (moins de 10 euros le plus souvent ). Chaque jour ils se rendent dans des champs et ne reçoivent rien si ce ne sont les restes du repas de la veille des contremaîtres et quelques étrennes au moment de la récolte. Aujourd’hui encore en 2009 les enfants Dhalits qui se rendent à l’école doivent prendre leurs chaussures à la main et descendre de vélo lorsqu’ils traversent les terres des castes supérieures, seules autorisées à arborer ces symboles de richesse. Aujourd’hui encore en 2009, les maisons des Dhalits ont le toit qui descend presque à terre pour limiter la dépense, au moins la dépense initiale car à chaque mousson il faut refaire une partie du toit fait de palmes. Aujourd’hui encore en 2009, dix personnes ou plus s’entassent dans quelques mètres carrés où les serpents et les scorpions font encore chaque année des victimes, et où la faim tiraille les enfants entre deux récoltes. Father Suresh et ses soutiens (dont Nicolas Freixedelo, l’instituteur de CM2 de Marie, qui nous l’a fait connaître avec son association APSID) construisent des maisons en dur, recherchent du travail et surtout une formation pour les jeunes Dhalits.

L’activisme de Father Suresh dérange car il met le doigt là où cela fait mal et fait connaître un scandale qui se poursuit discrètement depuis de nombreux siècles. Il sait que nombreux sont ceux même au sein de sa propre institution qui souhaiterait le voir ailleurs, le plus loin possible. Mais il poursuit son travail, car « là où cela fait mal » est le mal. Une souffrance que nous avons pu lire sur le visage des villageois, et de nombreux enfants de son école. Mais aussi car il voit les résultats de son action, héritée de celle du Père Joseph, du Dr. Claire Vellut et de quelques autres : pendant notre séjour, deux de ses anciens élèves ont trouvé un emploi qualifié et stable dans une grande entreprises informatique ; pendant notre séjour, Sherin, travailleuse sociale qui mène la formation pour jeunes femmes Dhalit s’est vu remettre deux récompenses du gouvernement pour son travail ; pendant notre séjour, nos avons croisé à Neerpair deux jeunes institutrices allemandes, dont une était venue en stage de fin d’étude deux ans avant et qui a ensuite organisé une collecte de fonds dans son école ; pendant notre séjour, nous avons surtout vu une énergie et une joie de vivre extraordinaires chez ces enfants qui se lèvent à 5h30, ne mangent presque que du riz et prennent en charge une bonne partie des tâches ménagères avant d’aller à l’école, et sont parfois rudoyés faute d’encadrement en nombre suffisant pour tenir compte des particularités de chacun. Alors Father Suresh s’accroche à ses quelques soutiens : son évêque -lui aussi Dhalit-, ses paroissiens, ses soutiens allemands –parmi lesquels un remarquable retraité de la Continental qui a rendu beaucoup de choses possibles- , suisses et français, les quelques séminaristes et volontaires qui l’entourent –dont Nandhini Krishnan- qui tient toute la comptabilité et les partenariats internationaux- . Et continue de s’occuper des enfants, de se nourrir de leur sourire et de l’avenir meilleur qu’il leur prépare !

 

Allers-Retours : passer du routard indien au professionnel parisien

Dimanche, mars 29th, 2009

Depuis le début de notre voyage, j’ai été amené à rentrer en France seul à trois reprises (en août, décembre et mars) pour travailler avec mon équipe de Kinomé, la société que j’ai fondée et qui a pour objet de monter des projets de reforestation et avec nos partenaires ; cela était programmé avant notre départ, et m’a permis, en plus du travail quotidien de suivi et coordination par téléphone et internet, et surtout grâce au travail de l’équipe en France, de faire avancer nos projets et de faire fructifier certaines rencontres du voyage. Ces aller-retours en France ont aussi été l’occasion de prendre conscience des changements concrets de mode de vie qui vont de paire avec le voyage ; changements aussitôt oubliés pour certains, et qui pour d’autres auront, je pense, une influence sur notre vie au retour.

Quand je rentre en France :

-mais où sont les gens ? Il n’y a personne ici, et il règne un silence de mort : pas de klaxons, de bus pétaradants, de rickshaws criards, de vendeurs à la sauvette…

-tiens ici les chiens sont tenus en laisse, j’avais oublié ; et il n’y a pas de vaches au milieu de la route, ni d’éléphants devant ou dans les églises et temples !

-il fait froid dehors et sur le visage de beaucoup de gens ; je me souviens que l’été viendra et que les gens ne m’en veulent pas, mais les premières minutes sont un peu rudes !

-les gens sont tous habillés en noir ; ici pas de couleurs vives, de colliers de fleurs dans les cheveux des femmes, de beaux dessins multicolores tracés chaque matin devant les pas de porte, de petits autels et de bâtons d’encens au pied des arbres et des bâtiments.

-dès le second jour, je ne récupère plus les serviettes en papier ou les couverts en plastique après un déjeuner au restaurant et ne fourre plus dans les poches les sacs en plastique qu’on me donne en faisant les courses… « au cas où ». Les deux premiers jours, je trimbale mon kit de survie et un sac à dos rempli de « choses indispensables », mais dès le troisième je le pose car, surprise, je n’ai eu besoin de rien… (more…)

Quelle belle evolution !

Dimanche, mars 29th, 2009

Nos amis les Desjonquères et Sybille nous l’avaient bien dit. Les gens rencontrés en Inde au Centre de Yoga de Isha ou au monastère de Munnar aussi: les filles ont beaucoup gagné en autonomie et en indépendance. Mais au retour de France, après presque 10 jours d’absence, cela me saute brusquement aux yeux lorsque je les retrouve au Jardin de Point Coeurs, à Nenmeri près de Chengelpeth.
-j’arrive vers 2h30 du matin, après onze heures de vol puis deux heures de voiture en pleine nuit en pleine campagne. Tout est noir, les chauffeurs (ils s’y sont mis à deux pour trouver!) ont du mal à croire que nous soyons arrivés et surtout qu’un étranger vienne ici. La porte de la petite maison est restée ouverte comme convenu, et celle de la chambre où couche une partie de la famille aussi. Tout est calme. Laure dort d’un œil sur le lit et par terre, sur une natte, dorment paisiblement Marthe, Antonia et Donatella. La chambre fait 8 ou 9 m2, les affaires sont entassées, les enfants aussi, et pourtant la paix se lit sur leurs visages.
-à 4h30, le réveil sonne: c’est au tour de Sybille de prendre le taxi vers l’aéroport. J ne suis qu’à moitié rassuré de la voir partir en pleine nuit avec deux inconnus…J’ai eu beau noter le numéro de plaque, demander les noms des chauffeurs et surtout prendre un taxi du gouvernement, Bernard a eu beau rassurer tout le monde en disant que les Indiens ne s’attaquent jamais aux étrangers…. Sybille ne bronche pas, est prête avant l’heure et monte à bord sans regarder derrière elle, si ce n’est pour nous embrasser avec Donatella qui a insisté pour être réveillée et lui dire au revoir. Là encore quel contratse avec la Sybille hésitante d’il y a quelques semaines à son arrivée en Inde, et a fortiori avec la Sybille d’il y a un ou deux ans!
-quatre heures plus tard je retrouve Marie et Ariane qui couchent à l’autre bout du jardin. Ariane joue au foot avec les garçons et elle qui me saute toujours dans les bras d’habitude prend son temps avant de venir me retrouver. Un des Amis des Enfants me fera remarquer plus tard qu’elle prend soin en jouant que chacun ait la balle, et que personne ne se fasse mal. Quant à Marie, elle ne s’est jamais précipitée pour me sauter dans les bras (sa tendresse est plus discrète mais non moins réelle) mais aujourd’hui, c’est encore différent: elle me dit bonjour de loin,et continue de s’occuper de Sougouna qui est dans ses bras; il y a entre les deux une affection réciproque, une amitié qui se voit de loin. Marie, qui nous dit parfois qu’avoir quatre sœurs est un peu lourd, s’est occupée à merveille de ces petites sœurs de quelques jours! (more…)

Merci BILOU

Samedi, mars 28th, 2009

MERCI Bilou de m’avoir appris des chansons, raconté des histoires et fait plein de calins.

MERCI Bilou d’avoir pris du temps avec nous.

MERCI Bilou d’avoir partagé toutes tes affaires.

MERCI Bilou d’avoir été partante et enthousiaste en toute situation, même à dix + bagages dans une jeep sur une route de montagne la nuit pendant quatre heures.

MERCI Bilou d’avoir fait vivre Espérance 8 du début à la fin.

MERCI Bilou de m’avoir fait rire, de m’avoir conseillée et d’avoir préparé des jeux.

MERCI Bilou de m’avoir appris des chants que j’étais très fière de chanter devant les enfants de l’école de nuit.