Archive la catégorie ‘Japon’

12 super nanas

Mardi, avril 21st, 2009

La photo en atteste : nous sommes des chanceux. C’est d’ailleurs ce que les Vietnamiens me répètent à longueur de rencontre depuis notre arrivée : avoir cinq filles est une bénédiction (il paraît même que cela rendrait riche !). C’est pour mettre en commun cette chance et nous congratuler mutuellement que Guillaume de Rouvroy et moi avons décidé sans le savoir de nous rencontrer un matin début janvier 2009 sur une plage de nouvelle Zélande avec nos trésors respectifs. Plus exactement  les filles et moi qui surfions dans les vagues avons rencontré Toscane et Colombe, pendant que Laure était abordée sur la plage par un beau brun la félicitant pour sa nombreuse  progéniture … et lui présentant ensuite la sienne. Bref, dix minutes plus tard, la générosité et le bagout de Delphine son épouse aidant, nous étions invités à venir les voir à Tokyo… ce dont nous ne nous sommes pas privés quatre mois plus tard ! Démonstration printanière de sumo au temple Yasukuni, messe de Pâques, excellent dîner avec Christophe, un ancien de la grande époque de la bulle et déjeuner + ballade à Odaiba sur la « plage » de Tokyo créée de toute pièce sur un polder : autant d’occasions d’apprendre à reconnaître Charline (17 ans), Margaux (16 ans) , Toscane (13 ans), Colombe (10 ans) et Olympe (8 ans). Difficile de retenir cinq prénoms sans un moyen mnémotechnique.
Quant à Delphine et Guillaume, le courant est tout de suite passé entre nous. Dès la première rencontre, nous avions l’impression de nous connaître depuis longtemps et qu’une envie, celle de les revoir ! Au programme des réjouissances, échanges sur les différentes personnalités des enfants, besoins, attentes et revendications de nos louloutes, sur les changements de carrière, les grands sauts du genre « je crée ou rachète une boîte », « je pars 1 an autour du monde », « je reste ou je quitte le japon »…. Conseils avisés sur l’adolescence (nous sommes preneurs car ça se rapproche de jour en jour !), les horaires de sortie (et surtout de retour à la maison),  l’emplacement au combien stratégique de l’ordinateur dans l’appartement, de la première teuf à la maison sans les parents…spiritualité du couple et de la famille, conseil de famille et table de négociation. Tout cela en se régalant des petits plats bio de Delphine qui nous offre graines, fruits, champignons et autres …moelleux au chocolat (il faut garder une bonne place pour le plaisir !).
Vous l’avez compris, comme je l’écrivais à guillaume et Delphine en quittant Tokyo, nous repartons de notre seconde patrie avec la joie d’avoir retrouvé plein d’amis, et même d’avoir allongé la liste. Merci Seigneur !

Emmaüs, visionnaire au Japon

Mardi, avril 21st, 2009

Parmi les personnes que Laure avait très envie de revoir au Japon, il y avait Sœur Hatsuki, responsable d’Emmaüs à Tokyo. Nous l’avions rencontrée deux ou trois fois pendant notre premier séjour au Japon (1988-1990) et toujours apprécié sa gentillesse, sa joie de vivre et sa simplicité, et senti l’importance de son travail avec les oubliés du système japonais, oubliés dont personne ne s’occupait dans cette période faste.
En la retrouvant toujours aussi joviale (« akaroui » comme on dit en japonais), accueillante, douce et pleine d’espoir, et surtout en l’écoutant raconter aux filles sa vocation et son histoire, une évidence m’est apparue : celle de l’intuition géniale et incroyablement visionnaire de l’Abbé Pierre qui s’intéressa au Japon dès les années soixante.
«Dans mon enfance, je me demandait pourquoi certains enfants devaient voler pour se nourrir et pourquoi personne ne s’occupait d’eux ». « Devenue grande, je voulais faire quelque chose pour eux » ; « un jour j’ai rencontré un Monsieur qui cherchait à apprendre le japonais ; je lui ai proposé de l’aider, il travaillait pour l’Abbé Pierre, c’est comme cela que j’ai connu Emmaüs » . Depuis, entrée aux Missions Etrangères de Paris, Sœur Hatsuki a consacré sa vie aux pauvres de Tokyo, ceux qui ont perdu leur travail, quitté leur famille, sombré dans l’alcoolisme, perdu leurs repères et leurs soutiens sociaux. Dans les années soixante-dix et quatre-vingt, ces oubliés du système étaient très peu nombreux, le modèle japonais de croissance ayant donné accès à la quasi-totalité de la population aux privilèges de la classe moyenne : l’emploi à vie, la reconnaissance et la protection sociales de l’entreprise, des conditions de vie frugales mais sans risque. Avec l’éclatement de la bulle spéculative financière et immobilière en 1990, les exclus du système, rejetés par la majorité comme des marginaux « ayant souhaité cette vie » ont commencé à se multiplier. Traditionnellement, ils venaient s’échouer au parc de Ueno et au pied de l’autoroute suspendue longeant la rivière Sumida, deux quartiers traditionnels et populaires de Tokyo, où les gens les toléraient. Ailleurs, comme à Shinjuku, ils étaient régulièrement délogés par la police qui détruisait leurs cabanes en cartons pourtant propres (comme à la maison, ils y entraient en laissant dehors leurs chaussures). Aux vieux et aux rares immigrants clandestins (des Iraniens en particulier) ont commencé à s’ajouter des pères de famille n’osant pas annoncer à leur entourage qu’ils avaient perdu leur emploi et préférant disparaître dans la nature plutôt que perdre la face. Aucun de ces marginaux ne mendiant, ils ont pendant longtemps vécu des restes des restaurants et des clubs huppés de Ginza trouvés sans grand mal dans les poubelles. Mais les clubs, financés par les budgets de représentation des entreprise,s fermant un à un et la concurrence pour les poubelles se faisant de plus en plus rude, ils ont dû trouver d’autres sources de subsistance. En leur proposant le modèle des chiffonniers d’Emmaüs, l’Abbé Pierre a eu  une intuition géniale : proposer aux rejetés de retrouver un groupe qui les reconnaisse et les entoure, tout en leur proposant un travail : collecter et vendre les déchets que la société japonaise produit en quantités inégalées (tout est emballé, sur-emballé et ré-sur-ultraemballé au Japon). En proposant en même temps de redonner du sens à leur vie, et donc une place dans la société.

Le Japon en hiraganas: TA à TE

Lundi, avril 20th, 2009

TA mago (oeuf)  : Il paraît que le sushi à l’omelette est celui qui permet de déterminer la qualité de l’établissement qui le sert. Pour ce séjour, à part Nicolas parti déjeuner avec Emmanuel Prat de LVMH, pas d’étoiles à décerner pour les sushis. J’avais promis aux enfants de les emmener dans un sushi en libre service, où les assiettes passent sur un tapis roulant. Il est quinze heures et les clients rentrent et sortent : il n’y a pas d’heure dans ce pays pour avaler du thon, de l’oursin, de la pieuvre ou du saumon. Et les Françaises se sont rapidement adaptées aux habitudes locales, preuve en est la pile d’assiettes à notre sortie. Il faut dire que je n’ai pas eu à me forcer pour leur donner l’exemple.

TCHI katetsu (métro) : Des nouvelles lignes de métro ont vu le jour sans que nous soyons au courant  et en plus le logo a été changé sans consultation : c’est un comble. Maintenant, le moindre changement de lignes requiert de marcher deux ou trois cents mètres, parfois plus. J’imagine que le sous-sol de la capitale est un véritable gruyère et qu’il a fallu creuser très profondément pour réussir à percer de nouveaux tronçons. Ces travaux titanesques ont aussi eu lieu dans la baie de Tokyo où nous découvrons le nouveau quartier d’Aobadai : un immense polder, rattaché à la terre par un pont en courbe, qui abrite le siège de nombreuses entreprises et une réplique de la Statue de la Liberté !

TSU tsuji (azalée) : L’azalée est la fleur que nous avons pu le plus admirer, au temple Nezu comme dans tous les parterres. Comme nous l’expliquait une vieille femme, les saisons ds fleurs ne sont plus régulières : nous avons ainsi constaté que les cerisiers, les azalées, les pivoines et les glycines fleurissaient en même temps alors que la floraison s’étendait généralement de début avril à mi-juin.  Une autre conséquence du changement climatique ?

TE arai (toilettes) : Les toilettes ont été la première surprise japonaise, dès l’aéroport. D’une part, les toilettes à la turque, version japonaise, différentes de celles d’Inde. D’autre part, les toilettes européennes avec tableau de bord en kanjis, proposant le bruit de la chasse d’eau, le jet avec règlage de l’angle d’attaque et de la pression, le chauffage… Ariane a tellement apprécié qu’elle a fait, en réel, une analyse détaillée des fonctionnalités des appareils Toto dans le grand magasin Mitsukoshi de Shinjuku. Commentaire de Marie : “on dirait les Visiteurs découvrant l’utilisation d’un téléviseur”.

Et le TO me direz-vous ? Il arrive, mais les TOMODACHIS ont bien droit à un article rien que pour eux !

Nos TOMODACHIS (amis) de Tokyo

Dimanche, avril 19th, 2009

TO modachi (ami) : Ce sont évidemment nos amis qui ont donné à notre séjour au Japon toute sa gaieté et son entrain. Ce qui aurait pu n’être qu’une séance nostalgique, ennuyeuse pour les enfants et attristante pour nous, s’est révélée être une longue série d’invitations, de retrouvailles, de promenades, de discussions et d’échanges.
Commençons par la plus ancienne de nos amis tokyoïtes : Frédérique, même lycée à Saint Cloud, prépa ensemble à Hoche puis intégration à l’ESSEC pour épouser Xavier. Et voilà comment un couple d’ESSEC s’installent dans le grand appartement d’un autre couple d’ESSEC vingt ans plus tard. Sans oublier les futurs ESSEC, huit en tout avec une mention spéciale pour Baptiste, le seul garçon de la bande. Léa a prêté sa chambre pour huit puis pour douze jours, Manon s’est transformée en coiffeuse et baby-sitter, Frédérique a donné des cours de création de bijoux, les stocks de céréales et jus de fruits ont atteint leur plus bas niveau, la pile de serviettes de bain a atteint son plus haut niveau, le rangement de la bibliothèque a été profondément remanié et le salon a été transformé en chambre à coucher et salle de cinéma. Et oui, nous reprenons en un clien d’oeuil des habitudes de privilégiés. Merci à toute la famille Hermen pour son sens de l’accueil et son adaptabilité face aux envahisseurs bruyants.
Poursuivons par les amis qui nous rejoints à Tokyo. Il y a celle qui en profite pour organiser un tour de Honshu pour une dizaine de ses collègues et ses deux enfants, sans drapeau mais au rythme nippon : c’est Nadine, avec qui j’ai débarqué fin juin 2005 au YMCA d’Ochanomizu avant de commencer un stage au Printemps de Ginza puis de fabriquer des thermomètres électroniques au pied du mont Fuji. Tout nous semblait cher à l’époque et nous avons survécu pendant un mois grâce à un régime fort diététique de bananes et pain de mie, agrémenté de visites aux sous-sols alimentaires des grands magasins pour améliorer notre ordinaire en dégustant les spécialités proposées. Il y aussi l’employé de banque qui vient rendre visite à des clients japonais…et à sa belle famille : Eric a gardé ses habitudes au restaurant Tonki de Meguro, depuis son VSNE et nous avons partagé avec nos six filles le chou fraîchement coupé et la panure croustillante dans une salle à tatamis bordée d’une rangée impressionnante de chaussures. Et pour digérer le double tonkatsu, rien ne vaut une promenade de Ueno à Yanaka puis Nezu, de cerisiers en azalées en passant par les glycines et les pivoines.
Les fidèles amis japonais étaient évidemment de la partie. Hommage plus particulier à celles sans qui nous n’aurions jamais été stagiaires au Japon et Dieu sait si ce stage a marqué notre carrière et notre vie : Melle Nara et Mme Ohmori qui depuis trente ans continuent à convaincre les entreprises locales d’accueillir des étudiants français. Il ya aussi les collègues de Jardines, distributeur du cognac Hennessy et des champages Moët : Nicolas a quitté son bureau en 1996, tous les autres depuis mais lorsque Nakahata-san leur annonce notre passage, ils ont la gentillesse de passer une soirée avec nous en nous invitant.
Pour finir, les cuisiniers chinois, qui n’ont de chinois que leur nom. Cinq tables, quinze couverts maximum à la fois, deux menus à 600 yens et des genoux bien usés à force d’arpenter la cuisine et de servir. Une vie humble de labeur et un grand coeur qui leur a permis d’accueillir Christine en 1987, employée chez Epson , et à sa suite beaucoup de ses amis français. Une plongée au coeur du Japon travailleur, loin des vitrines Gucci et des pastèques à 10,000 yens pièces, en face du bain public et à côté du poste de police de Kita-Ikebukuro. Sans comprendre un mot, sauf leur leitmotiv “Je suis content”, nos enfants ont ressenti la joie de ce couple à nous revoir, à nous offrir à manger, à nous accompagner dans la rue, à nous présenter aux habitués, tout cela au delà de l’âge, de la langue, de la religion, de la classe sociale. On se prend à croire en une fraternité des hommes malgré toutes les différences qui sont souvent érigées en barrière.

Le Japon en hiraganas: NA à NO

Samedi, avril 18th, 2009

NA na (7) : Le chiffre que nos filles ont immédiatement retenu. Grâce à l’enseignement de Manon, qui nous hébergeait, l’apprentissage des chiffres a été un jeu d’enfant pour les MADAM qui ont rapidement traduit Espérance 7 en Espérance Nana. Dire qu’il faut venir jusqu’au Japon pour se rendre compte que les femmes sont notre avenir et notre espoir.

NI giaka (animé) : Shinjuku, Shibuya et Ueno sont les quartiers réputés animés de la capitale. Nous avons été frappés du peu d’activité, tant diurne que nocturne. On sent clairement que les budgets de réception des entreprises ont été coupés et que le “salaryman” n’emmène plus ses clients, collègues, fournisseurs ou relations boire du Hennessy aussi souvent que dans le passé. La fin de la poule aux oeufs d’or ?

NU nuche (en français dans le texte) : C’est le qualificatif dont on a envie d’affubler les jeunes japonaises lorsqu’à vingt ou trente ans, elles continuent à  courir après tous les dérivés Hello Kitty et à s’habiller comme des écolières.

NE ko (chat) : Après les chiens, les chats envahissent les rues de Tokyo mais pour ces félins, pas de crottes à ramasser ou de restaurants spécialisés. Il s’agit juste des chats porte-bonheur, dont Marthe n’a même pas peur.

NO ren (rideaux) : Les norens sont à la devanture des boutiques, pour informer que le magasin est ouvert. Malgré ma promesse de ne rien acheter au Japon, Ariane et Donatella vont pouvoir orner la porte de leur chambre. C’est tout de même moins encombrant que les carpes flottantes dont elles rêvaient.

Le Japon en hiraganas: SA à SO

Jeudi, avril 16th, 2009

SA kura (cerisier) : Nous sommes arrivés avec quelques jours de retard pour admirer les cerisiers de la capitale en pleine éclosion : de l’école du père Suresh, nous n’avions pas pu suivre sur NHK les bulletins sur l’avancée du front des cerisiers, qui accompagnent la météo du mois d’avril. N’étant pas puristes en la matière, nous avons malgré tout été très contents d’admirer des arbres en fleurs et de faire “hanami” comme les locaux, malgré l’absence de la bâche bleue. Voilà qui me rappelait de joyeux dîners, bien arrosés, le long de la rivière, avec mes collègues de Canson K.K.

SHI nsetsu (gentil) : Toujours aussi polis, les Japonais et c’est très agréable à vivre. Nous avons juste senti à deux reprises un sentiment d’hostilité à notre égard : c’est sans doute dû au fait que les “gaijins” sont de plus en plus nombreux et n’ont pas toujours une conduite exemplaire -certains gamins du lycée français ont même été emprisonnés-. Parler en japonais reste toujours le sésame qui ouvre toutes les portes.

SU mo : Nous sommes allés voir des combats de sumos. Il y avait un cercle en paille. Au début, il y a deux sumos qui se saluent ; ensuite ils prennent une louche et lancent du sel sur la piste pour bénir, puis se combattent jusqu’à ce qu’un des deux sumos mette l’autre en dehors du cercle. A la fin du combat, les adversaires se saluent et l’arbitre se met avec son éventail devant celui qui a gagné et chante. Les sumos sont des stars. Ils sont en espèce de string et sont très gras. Pour mettre l’adversaire hors du cercle, on peut le porter ou lui donner des coups de poitrine ou courir sur lui… A la finale, il y avait un gros sumo et un plutôt petit donc il a été porté par le gros. Je pensais que les sumos étaient plus gros que ce l’on a vu. Il y avait un européen qui était champion de judo et qui est devenu sumo. Nous sommes même allés faire signer des autographes alors que Maman nous avait dit qu’on pouvait toujours rêver alors qu’on en a eu deux (NB de la rédaction : les rêves des enfants se réalisent). ARIANE

SE nto : Notre passage dans les bains publics restera un moment fort pour moi. A défaut d’onsen –coûteux et éloigné- nous avons opté pour l’alternative populaire : nous rendre en famille dans le bain public le plus proche. Ayant réussi à convaincre Marie de ne pas emporter son maillot de bain, nous nous déshabillons l’air de rien et nous trouvons toutes les six accroupies sur notre tabouret devant les douches, à nous récurer. Premier lavage, deuxième passage, le final pour que les ménagères du quartier ne puissent pas dire que les “gaijins” ne sont pas propres. Rinçage en bonne forme avant d’entrer dans l’eau : zut, je m’en doutais, c’est trop chaud. Tant pis, au moins tremper les pieds. De toute façon, le sento rentre dans les cours de SVT et est avant tout une expérience culturelle, multi-culturelle en l’occurence, qui a valu à Marthe et Antonia d’être lavées et shampoignées par une habituée des lieux. En contre-partie, Marthe a lavé cette dame du dos aux fesses !

SO roban (boulier) : Lors de notre premier séjour, le boulier était encore utilisé, généralement pour vérifier le résultat obtenu à la calculette et nous avions été initiés à son maniement. Maintenant, les caisses des supermarché rendent automatiquement la monnaie, sans intervention de la caissière !

Le Japon en hiraganas: MA à MO

Mardi, avril 14th, 2009

MA sako-san (princesse impériale) : En empruntant le métro, nous apercevons les couvertures des magazines hebdomadaires. Bien souvent apparaît la photo d’ un des personnages de la famille impériale. Masako-san, l’épouse du prince héritier, est moins médiatisée qu’au temps de ses fiançailles ou de son mariage. Elle n’a pu donner naissance qu’à une fille, après bien des difficultés. Ce sera donc le fils de son beau-frère qui héritera du titre puisque les pressions de l’extrême droite ont bloqué la modification de la constitution qui aurait pu permettre à une femme d’accéder au trône. Le nationalisme obtu a encore de beux jours devant lui, comme nous avons pu l’entendre devant la gare d’Ikebukuro où des excité,s perchés sur des camions hérissés de drapeaux et de hauts-parleurs, haranguaient la foule en clamant “Nippon” tous les trois mots.

MI kan (orange japonaise) : Marie rêvait de faire une salade de fruits au Japon : nous attendrons le Vietnam, tant pour la variété que pour le prix. Même si les fruits et légumes semblent chers, traduits en euros, avec une pomme ou quatre petites tomates pour 100 yens (0.70€), leurs prix n’ont absolument pas augmenté. Cette stabilité des prix est surprenante, pour nous Européens qui avons subi l’inflation due au passage à l’euro. Quand nous étions stagiaires, la canette coûtait 100 yens; elle est passée à 120 yens au moment de la bulle et revient maintenant à 100 yens et parfois même à 80 yens. La crise économique se répercute de manière évidente sur les prix, preuve en est nos amis cuisiniers (cinq tables pour 15 clients maximum) qui ont été contraints de baisser le prix du menu de 650 à 600 yens pour lutter contre un bistro “one-coin” qui offre le plat à 500 yens.

MU ra (village) : Tokyo n’est qu’une succession de petits villages : c’est tout son charme !
Nous retrouvons la quiétude de cette capitale dès le premier jour, en nous rendant à l’ambassade du Vietnam : à quelques mètres de l’avenue Yamate, qui s’apparente au périphérique parisien, des bosquets de bambous, des ruelles étroites qui laissent à peine passer deux vélos de front. Nous passons nos après-midi à aller de parcs en temples, repérant les quelques maisons traditionnelles qui résistent à l’avancée du béton, admirant les teintes de couleurs dues aux fleurs en pots, admirant les arbres vénérés, goûtant les spécialités culinaires dans les rues commerçantes, faisant même de la publicité pour le marchand de yakitoris du quartier en coiffant son chapeau promotionnel !

ME i (héroïne du film “Mon voisin Totoro) : Julian nous en avait parlé, nous l’avons fait grâce à la vente par ordinateur de billets dans les magasins de proximité Lawson : la visite des studios Ghibli, qui ont produit les dessins animés de Yamazaki. Nicolas est tout de suit séduit par le parti pris “tout bois” utilisé pour l’architecture, les enfants préfèrent l’énorme peluche reproduisant le “chat-bus” de Totoro. Les photos sont interdites afin que les visiteurs prennent le temps de regarder tout en détails, par contre les croquis sont autorisés : voilà les cinq filles, assises sur le plancher à l’indienne, reproduisant avec plaisir des figures de Totoro. Marthe tourne la manivelle pour que les planches se mettent en mouvement : j’ai l’impression qu’il y a plus que 22 images par seconde avec elle.

MO mo : Nos momos se sont tatamisés, prenant place sur le porte-bagage d’un “ramen-bike” (mobylette utilisées pour la livraison des soupes de pâtes) ou près d’un “tanuki”, le blaireau des légendes nippones. Ils ont posé devant les machines automatiques qui vendent des boissons chaudes ou froides : pas très difficile car il y en a plusieurs millions dans l’archipel.

Le Japon en hiraganas: KA à KO

Dimanche, avril 12th, 2009

KA nkoku (Corée) : Corée et Japon n’entretiennent pas de relations cordiales en raison de l’invasion de la péninsule par les Nippons à la fin du XIXème siècle et l’importation qui a suivi de main d’oeuvre coréenne. Pourtant la présence coréenne est de plus en plus visible : dans les gares, les kanjis sont traduits en alphabet romain et coréen. Lorsque nous sommes allés à la cathédrale Sainte Marie, la messe était en coréen et la plupart des femmes portaient la longue robe traditionnelle, serrée sous la poitrine. Donatella, qui souhaitait manger coréen depuis Hong Kong, a même pu goûter à la viande grillée au kimchi.

KI ookai (église) : Pour la vigie pascale, nous avons renoué avec la petite chapelle de Mejirodai où nous allions une fois par mois faire le catéchisme aux 3èmes, avec Paul Jobin, devenu depuis parrain d’Ariane. Pour Pâques, nous avons retrouvé –non sans difficulté- notre paroisse du Sacré Coeur à Hiroo : nous habitions à moins de 300 mètres mais le quartier a tellement changé que nous sommes arrivés pour la communion ! L’église est bondée, nous n’avions plus vu autant de petites têtes blondes depuis plusieurs mois. Nous cachons les oeufs en chocolat dans le parc, avant de rejoindre la communauté francophone pour un  picnic sous les cerisiers. Les filles jouent avec les scouts d’Europe (Myriam, photo à l’appui). Nous retrouvons le père Bernard Jacquel, toujours aumônier et quelques anciens, revenus sur les traces de leur coopération ou du European Training Program.

KU ruma (voiture) : On pourrait s’imaginer que les voitures Nissan, Toyota et Honda –à défaut des Renault et Peugeot- envahissent les rues de la capitale. Pas du tout. Il y a évidemment quelques grosses artères qui strient la ville mais dans tous les quartiers, les bicyclettes sont reines. Pas de klaxons, pas de pollution, aucun bruit car les moteurs sont silencieux : après deux mois dans la cohue des rues indiennes, les enfants n’en reviennent pas de pouvoir sortir seules faire de la patinette…et en profitent.

KE kkon (mariage) : Il suffit de passer une après midi dans le fameux temple d’Asakusa pour apercevoir un couple de mariés, revêtus des habits traditionnels. Voilà qui change des photos de mariées en robe blanche occidentale qui ornent les publicités des palais de mariage dans le métro. Autre surprise d’Asakusa : Clémentine, ma cousine de Belgodère et petite-fille d’Antonia. Marie a évidemment cru que c’était une blague quand j’ai lancé à une gaijin de dos, dans la queue des toilettes : Clémentine ! Pour une fois que ce n’est pas Bilou qui retrouvait une connaissance à 10.000 kms de Saint-Cloud.

KO domo (enfant) : En arrivant de l’école du père Suresh avec ses plus de mille enfants plein d’énergie et d’enthousiasme, le contraste est saisissant. A part quelques petits perchés sur le vélo de leur maman ou jouant dans les innombrables squares de la capitale, surtout utilisés par les “salarymen” ou les “office ladies” pour fumer une cigarette ou avaler un “bento”, ils ne sont pas très visibles les bambins nippons. Nous en avons croisé dans le métro, à peine âgés de cinq ou six ans, qui nous regardaient comme des martiens. Nos filles étaient tout aussi étonnées qu’ils puissent emprunter les transports en commeun, seuls, si jeunes. Je me demande si nous n’avons pas vu plus de chiens que d’enfants : le véritable “inu” japonais, symbole de la campagne japonaise mais surtout des “chiens-bébés”, genre chiens à sa mémé mais pour couple, promenés dans une poussette, habillés en jupe ou en pantalon (selon le sexe de l’animal j’imagine), souvent assortis à la tenue de son maître ou maîtresse. Nous avons aussi regardé, par la vitrine, une salle de jeux pour canins où ces charmantes petites bêtes pouvaient s’ébattre. J’espère que les restaurants et écoles pour chiens sont moins coûteuses que ceux pour enfants; sinon il y a de quoi se demander si nos amis japonais ne sont pas un peu tombés sur la tête.

Le Japon en hiraganas: A à O

Vendredi, avril 10th, 2009

Pour profiter de notre court séjour à Tokyo -quoique rallongé de cinq jours en cours de route- j’avais décidé de ne rien écrire sur le Japon. De toute façon, que dire après sept ans passés dans l’archipel et treize ans d’absence ? J’ai été rattrapée par les commentaires des enfants, les beaux moments de retrouvailles et les changements constatés. Et j’ai été heureuse que, contrairement à Hong Kong, nous n’ayons eu aucun regret d’être revenus au Japon et que nos filles aussi aient apprécié ce temps.

Alors voici quelques anecdotes sur ce que nous avons vécu et aimé, classé par alphabet hiragana. Que les puristes m’excusent, j’ai oublié l’ordre (les cours de Kuwae-sensei sont bien loin) et certaines lettres …

A rigatoo (merci) : L’un des mots de base de la langue japonaise que les MADAM, quel que soit leur âge, ont appris en quelques heures et emploient à bon escient. Nous sommes heureux des centaines d’heures passées à répéter les phrases des ouvrages de Kuwae-sensei : à peine arrivés, le vocabulaire revient comme par magie et la signification des kanjis par la même occasion (à tout le moins, ceux que nous avions appris !). En constatant la rapidité avec laquelle nos filles se mettent au japonais, je me demande comment nous pourrions faire pour qu’elles puissent être initiées jeunes aux langues étrangères.

I é (maison) : J’avais prévu de prendre une photo d’Espérance 7 devant notre ancienne maison de Hiroo mais les grues étaient passées avant nous et notre immeuble de trois étages est passé à huit ou neuf, croissance proportionnelle à celle de notre famille… Quant à notre petite maison en bois de Komazawa, nous n’avons même pas cherché à la retrouver, de peur d’être confrontés à des “mansions” en béton.

U rusai (bruyant) : Le qualificatif le plus approprié pour nos filles, qui se font remarquer par leurs chants, leurs cavalcades, leurs disputes et tout simplement leur nombre dans les transports en commun et dans la rue. Je passe donc mes journées à les reprendre pour qu’elles rentrent dans le rang et passent quasiment inaperçues…. Cependant, je n’envie en rien les quelques écoliers que nous avons aperçus, uniforme et cartable sur le dos, un peu trop silencieux à mon goût pour des enfants.

E mmaüs : Le souvenir d’un prêche de l’abbé Pierre dans notre paroisse tokyoïte en 1993 et surtout la présence de soeur Hatsuki, religieuse MEP rencontrée il y a vingt ans, nous ont poussé à lui rendre visite dans le centre Emmaüs d’Ogikubo. C’est l’occasion pour nous de découvrir sa vocation : révoltée très jeune contre la pauvreté et l’injustice des années de guerre et d’après guerre, consciente de l’espérance qui l’animait grâce à sa foi en Jésus et désireuse de la faire partager à un plus grand nombre de Japonais, cherchant à vivre pour et avec les pauvres; la Providence met sur son chemin un Français qui souhaite apprendre le Japonais car il est envoyé par l’abbé Pierre pour ouvir des foyers. C’était en 1 967 ! En plus de quarante ans, la situation économique du pays a drastiquement changé mais la pauvreté revient depuis l’éclatement de la bulle, amplifiée maintenant par la dissension des liens familiaux et de voisinage. La mission de soeur Atsuki n’est donc pas plus facile : elle est aidée dans sa tâche essentiellement par des Francophones, trieuses ou organisatrices d’ateliers (du sumie à la fabrication de fromage blanc et foie gras). Elle est plus que jamais un modèle pour le Japon actuel à travers les deux missions d’Emmaüs : vivre en communauté, chacun apportant ses compétences et recycler.

O nigiris (boule de riz entourée d’une algue séchée et fourrée) : notre premier et dernier plat au Japon, que nous avons dégusté à toute heure de la journée, avec une prédilection pour le goût “okaka” (en hiragana sur le film protecteur) ! Ce sont aussi des onigiris que nous distribuions aux SDF dans le parc et la gare de Ueno tous les jeudis soirs. Notre ami Christophe de Pous le fait maintenant le jeudi à 4h du matin à Shibuya : la rangée de pauvres s’est juste allongée.

Hong Kong … c’est fini

Mardi, avril 7th, 2009

Pour tout vous dire, Laure et moi trouvons le choc un peu rude. Nous sommes venus à Hong Kong pour retrouver le parrain d’Antonia, Julian, et son amie Audrey qui vivent à Shanghai.
Ca, ça s’est très bien passé et Antonia qui nous en parlait depuis des mois est ravie ; et nous aussi. Autre chance, nous avons retrouvé notre amie Angela, que nous avions connue à l’ESSEC en 1985 : rajeunie, enthousiaste, parlant toujours aussi bien français et ravie d’avoir quitté les multinationales où elle comptait en millions de dollars pour créer sa structure d’import-export avec une première commande de 25,000HKD.
Mais après deux mois d’Inde, et d’Inde plutôt rurale et modeste que citadine et riche, le contraste avec Hong Kong est saisissant. La vérité (pardon à nos amis chinois, sincèrement), c’est qu’en arrivant nous avons trouvé les gens moches -après la beauté et l’élégance des Indiens-  et bruyants –après la discrétion et le raffinement des Indiens-. Il ne fait pas très chaud, mais le bruit, la pollution et je ne sais quoi d’autre font que le soir nous sommes épuisés alors que nous avions la pêche depuis deux mois !
Evidemment, nous ne crachons pas sur une douche chaude et des draps propres, mais tout nous manque : la nature surtout, la gentillesse et la gaîté des gens, des enfants en particulier, la diversité, la spiritualité… Même si nous restons fans de dim sums, la cuisine végétarienne et tellement variée du sud de l’Inde nous manque aussi. Enfin, et peut-être surtout, nous sommes déphasés avec ce temple de la consommation, cet enfilade sans fin de centres commerciaux, de magasins de téléphone portables, de boutiques de luxe et nous nous demandons comment ils peuvent bien vivre tous ces marchands? Bien plus, nous nous interrogeons sur la vie de ces consommateurs-travailleurs, pour la plupart chinois qui déambulent dans les rues, et vont faire ou ont fait ou  font du shopping. Il y a trop de bruit pour pouvoir se parler, et de toute façon une majorité se promènent seuls. OK, ils ont souvent l’oreille vissée au portable.
Tiens, ce qui me choque aussi, c’est de voir comment le port de Hong Kong a rapetissé. Hier, en haut du Pic Victoria (il ne s’appelle plus comme ça depuis 1997), je me faisais la remarque que par rapport à notre dernier passage, il y a une douzaine d’année, la perspective avait changé : les gratte-ciels les plus élevés de l’époque ne le sont plus, et surtout, partout le béton a gagné sur la mer. Et bien je réalise à présent que c’est à l’image de la société de consommation. Téléphones portables et autres écrans plats ou consoles de jeux ont détrôné appareils photo et chaînes stéréo, mais surtout l’objet (et le déchet qui va avec) ont encore gagné sur la personne, à tel point qu’elle disparaît presque parfois. Du coup, la vue est moins belle…