Archive la catégorie ‘Environnement - Kinomé’

Huiles essentielles et éco-musée à Vohibola

Dimanche, août 9th, 2009

Nous avons pris le bateau pour aller dans un village de pêcheurs. Nous avons rencontré Barbara : la responsable de la forêt de Vohibola. Elle nous a expliqué les activités qui sont développées par son O.N.G. « L’homme et l’environnement » pour apporter des revenus au village, en plus de la pêche. Il y a un orchidarium où se trouvent quinze espèces différentes et deux cents orchidées en tout. Nous avons visité la pépinière et aussi la distillerie où deux plantes sont traitées : le niaouli qui soigne le paludisme, l’exéma, les problèmes respiratoires et peut désinfecter l’eau, le katrafay utilisé pour les problèmes de dos et pour nettoyer l’intestin. Il faut attendre 6 heures pour avoir une distillation. Pour le niaouli, il faut huit cents kilos de feuilles pour 3,5 litres. Pour le curcumain, il faut trois mille kilos pour obtenir un litre. Pour répartir le travail, soixante neuf villageois ont le droit de livrer les feuilles, réparties en équipe de huit par jour. Il y a donc huit personnes le matin pour ramasser quatre cents kilos de feuilles. Ils sont payés trente cinq ariarys au kilo de feuille soit 1,30 euros pour cent kilos : c’est le prix équitable car le prix standard est de quinze ariarys ! Une fois distillées, les huiles sont exportées. Il y aussi des essais faits avec la graine de kalofilome pour une huile végétale utilisée dans les pommades cicatrisantes et pour les boutons de galle car cette maladie touche beaucoup de Malgaches. Au village, il y a aussi un écomusée et une boutique qui vend des huiles et de l’artisanat de vannerie.

Après le repas, nous sommes allés visiter la réserve de Vohibola. Barbara m’a dit que c’était la première fois que des enfants vasa visitaient la forêt : il s’agissait de Marthe et moi, les autres étant partis se baigner à la rivière car la mer sur la côte est est extrêmement dangereuse en raison des courants, des vagues et des requins.  La forêt de deux mille hectares est riche en plantes médicinales. Le niaouli est envahissant et vient de Nouvelle-Calédonie : il y a eu un gros feu  il y a 8 ans et seul le niaouli a repoussé donc l’ONG plante de nouveaux d’arbres venant des pépinières pour voir quel arbre est le plus résistant. Ce projet a été crée en 2004, actuellement douze pépiniéristes et quarante salariés sont employés, soit 20% des emplois de la zone entourant la forêt.  Il reste  quatre espèces de plantes endémiques à la forêt de Vohibola dont le Ropalocarpus qui ne compte plus qu’une trentaine d’arbre dans le monde. L’egénia se sert en tisane contre le diabète. Le filicium sert aussi pour le mal de dos. Avec Marthe, nous avons pris des arbres de la pépinière et j’ai planté un filicium. En nous promenant, nous avons aperçu la plante de skilosine qui est endémique de la forêt et le wapaka : une plante médicinale qui sert à soigner la syphilis et dont les racines ressemblent à des pattes d’araignées. Nous avons observé le héron Pourpouré qui ressemble à un pélican. Le dipssisse est une sorte de palmier qui sert à faire les barrages à poisson. Avec le fruit du pandanus, qui a le goût de fraise, on peut faire des gâteaux. Il y a vraiment beaucoup de choses dans une forêt … Nous avons pris une pirogue en bois. Sur la plage, l’eau était tellement chargée de fer qu’elle était rouge. Quand nous avons retrouvé les autres, des fulvus fulvus (lémuriens) nous attendaient.

Ariane

 

Diocèse vert et confiture de goyaves

Vendredi, juillet 31st, 2009

A force de déguster la confiture de goyave, nous n’avons pas encore eu le temps de rédiger l’article sur le diocèse vert mais Nicolas l’a juré -croix de bois, croix de fer- vous saurez un jour ce que plantent les catéchistes de Manakara.

Le monde à l’envers

Samedi, juillet 4th, 2009

C’est le monde à l’envers :
- Ils ont comme les racines en l’air et les branches dans le sol. C’est d’ailleurs ce que dit la légende : les Dieux se seraient fâchés envoyant cet arbre si énorme et l’aurait puni en le renversant « racines par-dessus ramure ». Une curiosité dans le monde végétal !
- On a beau les scruter un à un, aucun ne ressemble à l’autre. Ils sont tous imposants, gros et grands, mais pas deux n’ont la même forme, la même silhouette, les mêmes expressions. Une curiosité dans notre monde standardisé !
- Ils sont obèses, chauves la plus grande partie de l’année, boutonneux, gris de peau, maladroits de silhouette… et portant ils dégagent une incroyable énergie ; ils ont « du charisme » comme on dit. Bref ils sont beaux, surtout dans la lumière du soir ou du matin, leur écorce devenant argentée puis cuivrée puis rose, leurs branches dansant dans les nuages pommelés, leur silhouette imberbe dansant sur fond de soleil rouge. Une aberration dans notre esthétique dite moderne.
- Ils sont sans défense, repérables à l’envi, faciles d’accès, le bois mou, l’écorce facilement pelée ; et pourtant tout le monde les respecte, voire les adore puisque certains sont sacrés. Il y a bien cette société agricole qui en surdéveloppant l’irrigation dans les rizières alentour a commencé à menacer leur environnement ; certains arbres ont commencé à pourrir, beaucoup se sont effondrés à la saison des pluies. Mais aujourd’hui, les choses semblent rentrer dans l’ordre. Pour une fois il semblerait que l’intérêt général ait prévalu sur l’intérêt particulier, et l’allée des baobabs a retrouvé sa superbe.
Zut j’ai vendu la mèche ; car il s’agissait bien de baobabs pour ceux qui ne les avaient pas reconnus !! Avec les kauris de Nouvelle Zélande et les alerce du Chili, ce sont certainement les arbres les plus majestueux, les plus impressionnants, les plus respectables, les plus inspirants, les plus beaux qu’il nous ait été donné de voir pendant ce tour du monde. Ici, le génie absolu de la Nature est disponible pour tous en accès libre : pas de pancarte, pas de droit d’entrée, pas de boutiques de souvenirs, pas de papiers gras. Oui c’est loin, même très loin (deux à trois jours de route de Tananarive car les soixante derniers kilomètres de route sont défoncés) mais l’allée des baobabs est encore parcourue de charrettes à zébus, de camions et taxis brousse, de gamins riants et de dindons courroucés. Comme depuis toujours.
On se sent à la fois petit ici, entouré de tous ces géants, et devant l’inventivité incroyable de l’évolution ; mais on se sent grand aussi d’appartenir à ce même règne de la Vie, de savoir qu’un jour, il y a plusieurs centaines de millions d’années, nous avons appartenu au même patrimoine génétique. Et puis ces arbres relient plus que tous les autres la terre et le ciel, et nous donnent les clés du paradis. La terre rouge, le ciel rouge, la sécheresse du sol, celle du ciel où les nuages passent sans presque jamais s’arrêter (sauf 10 jours de pluie par an, en moyenne 5 de moins qu’il y a une génération…), et au milieu de petits –à l’échelle du ciel et de la terre- traits d’union argentés qui nous invitent à franchir le pas. C’est magique !
Je pense très fort au Sénégal, à ces forêts de baobabs, seules survivantes au sud de Dakar (tout le reste a été coupé, brûlé), à ces rave parties végétales gris sur gris, ces arbres majestueux qui dansent immobiles dans la poussière et le vent, le port altier, régalien même malgré toutes les vicissitudes de leur environnement emporté par les hommes. Je pense aussi à Fatima, le baobab planté à Foudou en Casamance pour célébrer le début de notre projet de replantation dans le village puis la région avec Chérif, Moussa, Alex, Eric et les autres. Lien entre ciel et terre, entre Musulmans et Chrétiens, entre aujourd’hui et demain. Grande sœur bienveillante qui veille sur notre travail et notre unité !

« Avez-vous mangé de l’Amazonie aujourd’hui ? »

Samedi, mai 30th, 2009

« Avez-vous mangé de l’Amazonie aujourd’hui ? » : une question un brin impertinente imaginée par Fernanda et Joan de Peabiru, à Belem, pour attirer l’attention des acheteurs brésiliens mais aussi américains et européens sur une conséquence grave de la consommation de viande bovine : la déforestation de l’Amazonie. Nous avions d’ailleurs nous même été frappés de voir des troupeaux se promener sur les plages qui bordent le rio Tapajos, à plusieurs heures de bateau de Belem, au beau milieu de la mangrove. Convaincue par le discours et l’exemple de vie de Joan, Donatella avait complètement arrêté la viande en Amérique du sud.

Nouvelle Zélande et Australie sont passées par là, avec leurs moutons aussi nombreux que les grains de sable et les barbecues disponibles dans chaque parc.

L’Inde a été l’occasion de découvrir une cuisine végétarienne variée et savoureuse, tout particulièrement au centre de yoya Isha où viande, poisson, œufs, café et alcool étaient absents sans que nous ayons jamais ressenti de manque. Bien au contraire, les rares fois où nous sommes revenus à une consommation plus importante de viande, notre organisme la supportait mal.

Au Vietnam et Laos, il est plus difficile d’échapper à la viande : bœuf, porc et poulet sont sur tous les menus, sans même aller dans les restaurants spécialisés en serpents, tortues ou chiens. Nous nous bornons souvent à la rubrique « légumes », sans que ce choix nous pèse particulièrement. Les enfants savent qu’elles peuvent choisir un plat de viande mais sont peu attirées par ces mets : les visites dans les marchés avec abats, intestins et têtes d’animaux bien en vue n’ont pas développé leur instinct carnivore, le spectacle de la friture d’un crapaud éventré ou de varans voués à un sort semblable non plus. Récemment, la rencontre avec Sara a participé à leur prise de conscience. Sara est une volontaire italienne envoyée par la D.C.C. à Luang Prabang pour enseigner le français à de futurs professeurs, dans le cadre d’un projet de promotion de la francophonie. De la soirée que nous avons passée avec elle et Christine, sur le bord du Mékong, nous avons retenu le récit de sa pire nuit, passée chez des amis laotiens dont la maison jouxte un abattoir. Pleurs de cochons ressemblant à des sanglots d’enfants lancés par les bêtes qui sont assommées : il paraît qu’une nuit suffit à décourager les plus carnivores.

Alors viande ou pas viande finalement ? Pour moi, la réponse est désormais plutôt négative sans pour autant être tranchée. Je ne refuserai pas une bonne épaule de mouton ou une côte de boeuf occasionnellement mais je ne me sentirai pas obligée d’en faire manger à mes enfants tous les jours. Moins de viande, de meilleure qualité, en trouvant des substituts de protéines faciles à cuisiner : résolution de la rentrée 2009.

PS : Béné et Sophie, êtes-vous partantes pour ce programme ?

Sadhana forest : reforestation à Auroville

Samedi, avril 4th, 2009

Nous sommes allés à Auroville à Sadhana Forest, un projet du centre Auroville. Le fondateur Aviram est arrivé d’Israël avec sa femme et sa petite fille d’un an il y a sept ans. Son projet consiste à reboiser une terre presque déserte située à dix kilomètres de Pondicherry. Aviram nous explique leur mode de vie. Des volontaires creusent des trous avant la mousson pour récolter l’eau et pour éviter que ça fasse de l’érosion : l’eau descend dans la terre et recrée la nappe phréatique. Pour renforcer les plates-bandes principales, des pieds de vétiver et de plantes aromatiques sont plantés. Leur engrais principal sont les excréments humains (12 tonnes par an ) et le reste de nourriture. Nous avons vu l’endroit où ils gardent l’énergie des panneaux solaires et utilisent le reste de cette énergie pour fabriquer des piles de voitures électriques. La communauté a aussi un camion qui ne peut pas rouler à l’énergie électrique : ils écrasent des graines de l’arbre pongomia pour faire du bio-diesel. Avec six cents volontaires venant de quarante-cinq pays, ils ont planté 20 000 arbres en cinq ans qui représentent cent cinquante espèces différentes. Des fils de noix de coco sont déposés dans les trous creusés pour faire un lit à l’arbre. 90% des arbres survivent après la plantation. Sur la colline où nous étions, quatre cents volontaires avaient travaillé au reboisement. Les volontaires mettent plus de cœur que des professionnels, à tel point que s’ils reviennent, ils disent: où est mon arbre ? Des enfants des villages voisins vont venir planter une forêt d’arbres fruitiers et de légumes afin de pouvoir se nourri et nourrir leur village. Il n’y a pas encore de volontaires locaux à part les enfants. Tous les vendredi, Aviram et sa femme montrent gratuitement leurs projets à tous les touristes intéressés par la permaculture et la reforestation de manière à trouver des volontaires et éventuellement des successeurs car ils souhaiteraient construire un nouveau projet en Afrique. Nous sommes allés à la piscine (un gros bloc de béton) avec les deux enfants d’Aviram, qui ne vont pas à l’école : cependant, comme il y a constamment des volontaires du monde entier, ils parlent hébreu, anglais, un peu français et tamil. A la nuit tombée, une cérémonie a eu lieu avec des chants, de la musique avec l’instrument à vent aborigène et des danses : c’était la bénédiction du bassin à spiruline. Gilles, un français qui visite des bidonvilles au Brésil et en Afrique pour initier des piscines à spiruline, avait apporté les algues de base. La spiruline est une algue qui apporte trois fois plus de protéines que la viande et deux fois plus de protéines que le tofu. Cette plante pousse dans le désert, lorsqu’il y a du sel, de l’eau et un milieu acide (ici, c’est avec des cendres et de l’urine !). I Au bout de quatre jours, la spiruline peut être récoltée, fraîche en salade ou séchée. Comme les membres de la communauté de Sadhara sont végétaliens, la spiruline leur apporte des protéines. Avant de rentrer, nous avons pédalé sur des vélos pour créer de l’énergie : à plusieurs, ce n’était pas trop difficile. Cette énergie vient en complément des panneaux solaires, c’est plus utile que de faire du sport dans un club de fitness, c’est plus convivial que de regarder la télé. De toute façon, Gilles nous explique que lorsqu’on doit fabriquer son énergie à la force de ses jambes, on devient très économe. ARIANE

Changement climatique : le drame aujourd’hui

Vendredi, mars 6th, 2009

Le changement climatique, ce n’est pas pour demain, c’est maintenant et c’est déjà dramatique!

Voilà peut-être l’une des expériences les plus fortes et des conclusions les plus alarmantes de notre voyage. Le changement climatique n’est pas seulement une menace pour les générations futures, mais c’est déjà une réalité pour les générations présentes, qui change en profondeur la vie quotidienne de millions de gens , dans l’ignorance du plus grand nombre…

Trois exemples concrets vécus ces derniers jours en attestent :

-La forêt des Ghats Occidentaux, terrain d’inspiration du livre de la Jungle de Kipling et paradis des maharadjas chasseurs de tigres s’étend sur plusieurs centaines de km2, à cheval sur les états du Karnataka, du Kerala et du Tamil Nadu. Forêt pluvieuse tropicale, elle était jusqu’à il y a dix ans environ toujours verte, luxuriante, bref l’archétype de la forêt tropicale, connue pour ses éléphants, ses tigres et ses léopards. Aujourd’hui, les arbres perdent leurs feuilles presque six mois de l’année, faute de pluie et d’humidité, les incendies se multiplient, l’érosion gagne, les tigres ne sont plus que dizaines et les éléphants ne se comptent que par centaines. On sent bien en entendant les feuilles crisser sous les pieds que ce bruit n’est pas normal, que la forêt est malade. Les animaux ont fui ou sont morts pour car il n’y pas d’autre endroit pour eux. Les hommes eux aussi commencent à souffrir sensiblement. Leurs plantations de café ne reçoivent plus les pluies nécessaires avant et après la floraison, ou lorsqu’elle les reçoivent c’est de façon anarchique et disproportionnée, alors que tout était réglé comme du papier à musique jusqu’alors (averses deux semaines avant la floraison -de petites fleurs blanches délicates au parfum suave de jasmin-, averses légères deux semaines après, puis grand soleil sec jusqu’à la mousson permettant la récolte, le séchage et la torréfaction du café dans de bonnes conditions). Les rendements sont en chute, et sont devenus aléatoires. Idem pour les épices (cardamome, clou de girofle, poivre noir, cannelle…). Triste forêt malade… (more…)

Project Green Hands : pour faire verdir le Tamil Nadu

Mercredi, février 25th, 2009

En 2005, au moment du tsunami, Isha Foundation a été parmi les premiers à se rendre sur les lieux du drame,  à évaluer ce dont les communautés touchées pouvaient avoir le plus besoin et surtout à apporter des réponses rapidement. Ainsi, des cliniques mobiles ont été envoyées dès le lendemain du tsunami, dont une puis plusieurs financées par Sanofi Aventis Inde sous le  leadership d’Alexandre de Carvalho. Dans les semaines suivantes, des maisons ont été conçues par Sadhguru -le fondateur de Isha Yoga- puis construites, d’un type nouveau résistant aux tsunamis et séismes, des pirogues fabriquées à Coimbatore pour échapper à la spéculation suivant ce genre de drame etc. Sadghuru dit immédiatement qu’il fallait reconstruire là où les gens avaient toujours vécu, et savaient vivre, à savoir sur les plages. C’était contre l’intuition, ou plutôt la peur générale mais plein de bon sens, et en fait la seule solution viable pour ces pêcheurs depuis les temps immémoriaux. Il remarqua aussi qu’aucun animal, ni sauvage ni domestique (sauf ceux qui étaient enfermés) n’étaient visibles parmi les décombres, car ils avaient senti venir la vague et avaient fui à la différence des êtres humains ; il en conclut qu’un travail devait aussi être fait pour rapprocher les communautés locales de la nature, leur faire retrouver leurs traditions et leur richesse intérieure. Des programmes de yoga furent mis en place dans ce sens.

C’est dans ce contexte qu’il demanda également à son équipe de replanter des arbres avec les communautés locales, à la fois en mémoire de chaque personne disparue, et pour préparer l’avenir. Très vite le programme se mit en place et des dizaines puis des centaines puis des milliers de volontaires se mirent à planter des arbres, dans les jardins, le long des routes, sur les places, au bord de la plage… vint alors l’idée d’établir un record de plantation d’arbres en une journée, pour faire connaître le projet et lui donner encore plus d’ampleur. Ce fut fait en octobre 2006, avec 850 000 arbres plantés en une journée, une seule ! Une première dans l’histoire humaine, avec très peu de moyens financiers mais une énergie humaine peu commune. Fort de ce succès incroyable, Project Green Hands se donna comme objectif de faire passer la couverture forestière du Tamil Nadu (un état aussi peuplé que la France) de 17% à 30%, ce qui correspond à l’objectif de l’Union Indienne dans son ensemble mais représente un travail titanesque.

En trois ans depuis le tsunami, plus de 3 millions d’arbres ont été plantés par plus de 400 000 volontaires. 70 pépinières produisent plus d’un million de plants par an, pour partie distribués gratuitement aux communautés locales, pour partie plantés par les volontaires d’Isha Foundation. Une quarantaine de permanents gèrent ce projet devenu géant, avec un mélange d’empirisme, de pragmatisme et de science qui leur donne une efficacité rarement rencontrée dans les projets de reforestation que j’ai pu voir ailleurs. Les idées fusent pour étendre le projet, mais toujours en se posant la même question : « que cela va –t-il apporter aux gens qui  plantent ? ». Le modèle actuel est principalement sur la replantation d’arbres fonctionnels : arbres fruitiers, arbres donnant du bois d’œuvre, arbres médicinaux, espèces en voie de disparition etc.  Et ce dans de petites exploitations agricoles privées qui typiquement replantent 10% de leur surface, souvent des terres en friche. Agro-foresterie donc (mélange d’agriculture et de sylviculture), dans le but d’apporter un revenu complémentaire aux fermiers tout en restaurant leur environnement et en impactant positivement leurs autres cultures.

Kinomé regarde avec Project Green Hands comment démultiplier ce projet modèle, le monter à une échelle encore supérieure et démontrer son impact positif sur le climat local.

Ecotourisme et agriculture bio : mélange réussi

Jeudi, février 19th, 2009

Rain Forest Retreat : le lieu de notre immersion complète en forêt, dans la ferme biologique de Sujata et Anurag Goel, un couple indien, elle botaniste et lui biologiste moléculaire; qui ont fondé leur plantation il y a 15 ans au cœur d’un charmant vallon près de Madikeri, dans le sud du Karnataka.

Notre hôte est une volontaire française, Ingrid, qui vient passer cinq mois pour gérer leur guest house, et pour en apprendre d’avantage sur le fonctionnement de leur modèle de plantation. Au cours d’une promenade, elle nous montre des plants de vanille, de cardamome, de café (robusta à larges feuilles, arabica à feuilles plus effilées), poivre noir qu’il faut cueillir en grimpant sur d’immenses échelles de bambou. Tout à coup, une odeur forte : les femmes viennent d’épandre un mélange d’urine de vaches et de reliquats de bouse. Aucun engrais, pesticide ou produit chimique n’est utilisé dans la plantation Mojo : en cas d’attaque par un parasite, Anurag recherche un animal qui puisse s’en régaler et la chaîne alimentaire se met en place. Tous les logements utilisent des systèmes d’énergie renouvelables, notamment le biogaz pour la cuisine (qui utilise l’excrément des vaches) mais aussi des panneaux solaires pour l’électricité. De toute manière, sans prise électrique dans les chambres, les ordinateurs ont été remisés dans leur housse et les journaux de bord sont écrits à la bougie, juste pour le plaisir.

Nous logeons dans une maison au bord du ruisseau, nous avons de l’eau chaude -un grand luxe-, et je réalise le lendemain matin qu’un poêle à bois est allumé par le personnel au lever du jour à cet effet.

Les filles se sont prises d’affection pour le petit chevreau de 4 jours, bien plus que pour l’énorme dindon qui les défiait de ses caquètements stridents chaque fois qu’elles pénétraient dans la basse cour. La nature nous offre parfois quelques surprises, comme ce matin où Ariane a découvert une belle araignée velue nichée au fond de sa chaussure.

A l’heure où j’écris, Donatella et Antonia jouent aux aventurières au bord de l’eau, Laure dispute une partie de ping pong avec Ariane pendant que Nicolas discute avec Sujata de culture biologique et protection de l’environnement en Inde.

La quiétude et la beauté qui nous entourent sont un vrai bonheur comparé aux villes bruyantes et crasseuses que nous avons traversées. Ce calme attire évidemment les touristes européens, qui se joignent aux étudiants qui viennent apprendre auprès de ce couple atypique des méthodes agricoles alternatives. Grâce à ce centre d’écotourisme réussi –je n’ai pas évoqué la saveur des repas-, ces nouveaux entrepreneurs peuvent sans doute équilibrer les comptes entre la plantation et l’hébergement dans un pays où les produits biologiques ne sont pas encore valorisés. SYBILLE

Leaders éthiques anonymes

Dimanche, février 15th, 2009

Un leader éthique, c’est une personne qui ose s’aventurer là où les autres ne sont pas allés, qui ose changer les choses pour améliorer les conditions de ceux qui l’entourent : accès à l’eau, à la nourriture, à un toit et à une reconnaissance donc à un sens à sa vie. Et qui vise toujours le plus grand nombre pour cela. En Inde, on pense bien sûr à Mahatma Gandhi, leader éthique par excellence, qui a mis sa spiritualité et le militantisme non violent qu’il y a puisé au service de tout un peuple et même du monde entier. 60 ans après l’indépendance de l’Inde, il continue d’inspirer tout ce que ce pays porte de positif, d’innovant et de solidaire.

Il ne doit pas cacher pour autant, et ne l’aurait certainement pas voulu, tous les leaders éthiques anonymes qui portent ce pays et le monde qui l’entoure au jour le jour vers un avenir plus vivable pour les plus démunis.

Nous en avons croisé quelques uns depuis 3 semaines, que je voudrais vous faire connaître rapidement :

-Dinin, 22 ans, chauffeur de rickshaw et de jeep à Arporar près de Mapusa dans l’état de Goa. Son village est proche de la mer et de la plage de Calangutu qui fut le point de départ du mouvement hippie dans les années 1970 puis de la quasi colonisation russe mafio-touristico-commerciale depuis quelques années. Dinin vit avec sa mère, ses frères et sœurs dans une maison traditionnelle où la religion hindouiste a une place importante dans quasi toutes les activités quotidiennes. La famille a développé un petit business de transport au fil des ans, et entretient une relation un peu distante avec le « resort » un peu défraîchi construit il y a 10 ans devant chez eux. « Nothing never works in this hotel so tourists always complain and the hotel only employs Mumbai people ». En voyant les 50 employés se rassembler autour  de la voiture du manager ivre mort après 3 jours de beuverie, on comprend bien son propos. Dinin et sa famille voient avec amertume pousser autour de chez eux des nouveaux « resorts » quasi chaque mois, souvent pas finis, jamais respectueux de l’architecture ni surtout des ressources naturelles locales. Débauche d’eau, de bois, de sable…ne suffisent pas à ces géants, qui appartiennent quasi tous à des russes. Les retombées pour le village sont dans un premier temps positives en termes d’emploi (pour la construction), mais très vite les conséquences néfastes sur l’environnement se font sentir (déforestation, nappe phréatique pillée, décharge d’ordures…) et faute de formation ou par simple corruption et copinage, les emplois d’hôtellerie vont ailleurs. Le pire selon Dinin est l’influence des touristes sur la jeunesse locale. Alcool, drogue, conduite sans casque, sexualité débridée voire perverse (de rares  affiches disent ne pas vouloir de la pédophilie à Goa mais qu’en est-il réellement), laisser-aller général des touristes qui pour la plupart viennent « s’éclater et trouver de l’alcool et  l’herbe pas chère » deviennent les références pour la jeunesse qui regarde les touristes comme des modèles de réussite. Jusqu’au détournement de symboles religieux, comme le fameux 30 qui reprend le nom du dieu Aum, entité de l’Infini, sur des T-shirts dont les porteurs n’ont pas la moindre signification … tout cela révolte Dinin et les siens. (more…)

Premières impressions indiennes : désespoir ou espérance ?

Jeudi, février 5th, 2009

Trop de monde, beaucoup trop de monde ! Il y en a partout, à toute heure ou presque. La dame de la réception ne me disait-elle pas tout à l’heure : « à partir de 16 heures, c’est rush hour, jusqu’à minuit car c’est samedi. Et demain dimanche toute la journée à partir de 11 heures ce sera rush hour ». Sans parler de la semaine. Chaque matin , des milliers de personnes se rassemblent dès 6 heures devant l’hôtel face à la gare de West Khar, en quête d’un très éventuel travail pour la journée. Les trains qui passent sous nos fenêtres sont de véritables grappes humaines, les gens sortant de partout. Il y a du monde partout, beaucoup trop de monde ! 

La poussière est partout, des feuilles des rares arbres aux toits des maisons. Une poussière rouge, lourde, qui pénètre partout, jusque dans les corps. Les ordures sont partout, dans la rue, sur les toits des maisons, sur les voies du train… les corbeaux et les chiffonniers n’arrivent pas à endiguer la montée des ordures. L’eau est rare, souillée, nauséabonde le plus souvent. Les rivières sont depuis longtemps devenues cloaques, privées de vie si ce ne sont les gens qui viennent malgré tout s’y « laver ». Le bruit est partout, des rickshaws aux marchants ambulants en passant par d’énormes camions roulant à tombeau ouvert dans les rues, totalement oublieux des milliers de personnes qui les entourent.

La pauvreté est partout. La grande majorité des gens de la rue n’ont pas de travail, beaucoup ne savent pas ce qu’ils mangeront ce soir, et où ils dormiront. Lorsqu’ enfin la ville se calme un peu vers 2 heures du matin (j’ai pu le voir en allant chercher Sybille à l’aéroport ), elle change de visage. Tout paraît  rangé pour 3 ou 4 heures, calme, endormi. A bien y regarder, on distingue des centaines de petits paquets soigneusement rangés sous les ponts, devant les magasins, dans les rues, sur les trottoirs. Dans chaque paquet, une femme ou un homme dort, abruti de fatigue par une journée de travail ou d’errance. Les rues sont jonchées de crottes humaines, avant qu’elles ne soient nettoyées quelques heures plus tard lorsque la ville se réveille.

La ville s’étend à n’en plus finir, et partout on découvre plus de gens, plus de poussière, d’ordures, plus de bruit, plus de pauvreté. Fourmilière ou vision apocalyptique selon les endroits et le moral de l’observateur. Vision prémonitoire aussi des grandes villes de demain, avec leurs dizaines de millions d’habitants attirés par les lumières d’un modernisme bien théorique si on le mesure à la qualité de vie de ses habitants. Vision de désespoir si on rajoute les probables effets du réchauffement climatique : comme la grande majorité des grandes villes du monde, Mumbai est au niveau de la mer et ne possède que très peu de marge de manoeuvre en cas de montée des eaux. Ici tout est saturé, « au taquet ». Pas de place pour l’imprévu. C’est d’abord cela la pauvreté. (more…)