Archive la catégorie ‘O.N.G.’

Aidez les hommes et femmes de bonne volonté ….

Lundi, décembre 7th, 2009

Nous sommes rentrés en France depuis plus de trois mois. L’écriture des articles de blog et du journal de bord n’est plus notre lot quotidien, nous avons enfin réussi à trier les 25 000 photos et à monter quelques vidéos pour faire partager nos rencontres et passer d’excellentes soirées en famille, autour du Mac (l’achat de la rentrée !).

Animaux, nature, visages du monde, bouilles d’enfants, notre vie quotidienne, transports… ces thèmes choisis pour structurer la présentation de notre voyage nous font rire ou sourire, nous ramènent six ou douze mois en arrière plus sûrement qu’une machine à remonter le temps, effacent en un clien d’oeuil la grisaille parisienne. Mais ce qui nous habite au plus profond, grands comme petits, ce sont les volontaires rencontrés, pour quelques heures ou plusieurs jours ; nous les admirons et nous les portons dans notre prière. Hommes ou femmes, jeunes ou retraités, locaux ou partis d’Europe, au service pour quelques mois ou pour une vie, seuls ou en communauté, enthousisastes ou inquiets, professionnels ou débutants.

Cette page a pour objectif de répertorier les associations qui soutiennent les volontaires dont nous avons partagé le service avec un lien sur leur site et de retrouver facilement les articles du blog correspondants (le plus simple est de les sélectionner à travers la rubrique Catégories, dans la colonne droite, dans “O.N.G.”) . Une manière pour vous de mieux connaître ces structures, de comprendre la vie de ceux qui se mettent au service et de choisir de les soutenir par la prière et éventuellement par un don financier : à cet effet, le nom des ONG qui donnent droit à une déduction fiscale en France sont en gras et vert. Pour les autres, nous ignorons si la déduction est possible.

Aide à l’enfance du Vietnam (Vietnam) : 13 mai 2009

Aider, Partager et Servir en Inde Durablement APSID (Inde) : 30 et 31 mars 2009

Big brother Mouse (Laos) : 22 mai 2009

Congrégation St Joseph de Cluny - léproserie de Marana (Madagascar) : 29 et 30 juillet 2009

Délégation Catholique pour la Coopération : 13 mai 2009

Elefantasia (Laos) :21 mai 2009

Emmaüs : 21 avril 2009

Foyer de Tanjaomoha (Madagascar - Lazaristes) : 31 juillet 2009

Fidesco : 5 novembre 2008, 28 et 31 juillet 2009

IPE : (Brésil - site en anglais, portugais et japonais) : 16, 17 et 18 septembre 2008

Isha (Inde - site en anglais): 24,25 et 28 février 2009, 15 mars

L’homme et l’environnement (Madagascar) : 4 et 9 août

Missions Etrangères de Paris : 27 avril

Nordesta (Brésil) : 22, 23 et 28 septembre

Peabiru (Brésil - site en brésilien) : 15 et 16 octobre 2008, 30 mai 2009

Père Pedro Opeka - Akamasoa (Madagascar) : 12 juillet 2009

Points Coeur : 1, 2 et 13 novembre 2008, 16,18,20,27 et 28 mars 2009

Pour un sourire d’enfants (P.S.E) (Cambodge) : 9 mai 2009

Zazakely (Madagasacar) : 9 juillet 2009

MERCI POUR VOTRE SOUTIEN et BEAU TEMPS D’AVENT.

Huiles essentielles et éco-musée à Vohibola

Dimanche, août 9th, 2009

Nous avons pris le bateau pour aller dans un village de pêcheurs. Nous avons rencontré Barbara : la responsable de la forêt de Vohibola. Elle nous a expliqué les activités qui sont développées par son O.N.G. « L’homme et l’environnement » pour apporter des revenus au village, en plus de la pêche. Il y a un orchidarium où se trouvent quinze espèces différentes et deux cents orchidées en tout. Nous avons visité la pépinière et aussi la distillerie où deux plantes sont traitées : le niaouli qui soigne le paludisme, l’exéma, les problèmes respiratoires et peut désinfecter l’eau, le katrafay utilisé pour les problèmes de dos et pour nettoyer l’intestin. Il faut attendre 6 heures pour avoir une distillation. Pour le niaouli, il faut huit cents kilos de feuilles pour 3,5 litres. Pour le curcumain, il faut trois mille kilos pour obtenir un litre. Pour répartir le travail, soixante neuf villageois ont le droit de livrer les feuilles, réparties en équipe de huit par jour. Il y a donc huit personnes le matin pour ramasser quatre cents kilos de feuilles. Ils sont payés trente cinq ariarys au kilo de feuille soit 1,30 euros pour cent kilos : c’est le prix équitable car le prix standard est de quinze ariarys ! Une fois distillées, les huiles sont exportées. Il y aussi des essais faits avec la graine de kalofilome pour une huile végétale utilisée dans les pommades cicatrisantes et pour les boutons de galle car cette maladie touche beaucoup de Malgaches. Au village, il y a aussi un écomusée et une boutique qui vend des huiles et de l’artisanat de vannerie.

Après le repas, nous sommes allés visiter la réserve de Vohibola. Barbara m’a dit que c’était la première fois que des enfants vasa visitaient la forêt : il s’agissait de Marthe et moi, les autres étant partis se baigner à la rivière car la mer sur la côte est est extrêmement dangereuse en raison des courants, des vagues et des requins.  La forêt de deux mille hectares est riche en plantes médicinales. Le niaouli est envahissant et vient de Nouvelle-Calédonie : il y a eu un gros feu  il y a 8 ans et seul le niaouli a repoussé donc l’ONG plante de nouveaux d’arbres venant des pépinières pour voir quel arbre est le plus résistant. Ce projet a été crée en 2004, actuellement douze pépiniéristes et quarante salariés sont employés, soit 20% des emplois de la zone entourant la forêt.  Il reste  quatre espèces de plantes endémiques à la forêt de Vohibola dont le Ropalocarpus qui ne compte plus qu’une trentaine d’arbre dans le monde. L’egénia se sert en tisane contre le diabète. Le filicium sert aussi pour le mal de dos. Avec Marthe, nous avons pris des arbres de la pépinière et j’ai planté un filicium. En nous promenant, nous avons aperçu la plante de skilosine qui est endémique de la forêt et le wapaka : une plante médicinale qui sert à soigner la syphilis et dont les racines ressemblent à des pattes d’araignées. Nous avons observé le héron Pourpouré qui ressemble à un pélican. Le dipssisse est une sorte de palmier qui sert à faire les barrages à poisson. Avec le fruit du pandanus, qui a le goût de fraise, on peut faire des gâteaux. Il y a vraiment beaucoup de choses dans une forêt … Nous avons pris une pirogue en bois. Sur la plage, l’eau était tellement chargée de fer qu’elle était rouge. Quand nous avons retrouvé les autres, des fulvus fulvus (lémuriens) nous attendaient.

Ariane

 

Diocèse vert et confiture de goyaves

Vendredi, juillet 31st, 2009

A force de déguster la confiture de goyave, nous n’avons pas encore eu le temps de rédiger l’article sur le diocèse vert mais Nicolas l’a juré -croix de bois, croix de fer- vous saurez un jour ce que plantent les catéchistes de Manakara.

Cour des miracles à Tanjomoha

Vendredi, juillet 31st, 2009

Le foyer de Tanjomoha, tous les coopérants de Fidesco rencontrés à Madagascar nous en avaient parlé, comme d’une véritable cour des miracles. Ils ont raison ! Nous en avons trouvé plusieurs manières de vous le faire connaître :

Pour ceux qui aiment les peintures, regardez la fresque de la chapelle, peinte par le Père Vincent Carme, fondateur du centre en 1986 : aveugle, boiteux, orphelins, indigents,veuve, vieillard,handicapé sont réunis autour de Saint Vincent de Paul et du Christ dans une végétation typiquement malgache. Ne manque sur ce tableau que les tuberculeux, les enfants malnutris et les jeunes rejetés, pour une faute qu’aurait commise un membre de leur village il y a plus de cinq cents ans . Autre ajout possible : une soeur Fille de la Charité puisqu’elles sont quatre à participer aux soins dans le foyer.

Pour ceux qui préfèrent les chiffres, ils sont impressionnants : 420 résidents, 700 personnes vivant à l’extérieur prises en charge, 70 salariés réguliers, 12 tonnes de riz et de farine de maïs par mois.

Pour ceux qui aiment les rencontres : le Père Emeric Amyot d’Inville, père lazariste qui a quitté le confort de Rome pour vivre parmi les souffrants et les rejetés de la côte orientale de Madagascar, Benoît et Agnès qui ont quitté dans l’urgence une mission Fidesco en Afrique et se sont retrouvés de manière impromptue à la gestion de Tanjomoha, à oeuvrer pour l’éducation, le soin et le développement.

Pour ceux qui veulent réfléchir sur le développement : la moitié des besoins alimentaires du centre étaient couverts jusqu’en 2009 par une association chrétienne américaine. Dons interrompus depuis, sur la base de l’adage : « Si tu donnes un poisson à un homme, il se nourrira un jour. Si tu lui apprends à pêcher, il se nourrira toute sa vie ». L’aide est difficile à gérer : partisans et opposants ont des arguments valables mais la réalité du terrain ne doit-elle pas primer pour éviter que cinq cents personnes soient menacées dans leur alimentation quotidienne, surtout lorsqu’un typhon a détruit la récolte de riz du printemps de cette année ?

Pour ceux qui cherchent des thèmes de prêche originaux : « eucharistie, réconciliation et développement agricole ». Ce sont les trois sujets que développe le Père Emeric lorsqu’il part en tournée en brousse. Dernière victoire en date : avoir convaincu les villageois de donner l’usufruit des berges de la rivière aux veuves, pour qu’elles les transforment en jardins maraichers.

La léproserie de Mahana, un cas non isolé

Mercredi, juillet 29th, 2009

Aujourd’hui, fête de Marthe; et les soeurs de la léproserie de Mahana, en pleine verdure à quelques kilomètres de Fianarantsoa, ne manquent pas de la souhaiter à la petite dernière. Et notre Marthe, en chemin vers la sainteté, est toute fière de poser devant une statue de sa patronne.

La lèpre, nous en avons déjà entendu parler en Inde par le Docteur Claire Vellut, qui a passé son existence à la combattre. Cependant, nous n’avions pas encore franchi le pas pour visiter un centre de soins et de vie pour malades de la lèpre, comme si l’exclusion qui les a frappés pendant des siècles se perpétuait aussi dans notre inconscient. D’ailleurs, les préjugés ne sont jamais bien loin et bon nombre de malades ne viennent que bien tard à Mahana, quand la maladie est déjà bien installée. On nous citait la cas d’une petite fille de 8 ans qui avait fugué à plusieurs reprises, avant d’accepter de se faire soigner.

Mahana a vu passer des personnages hors du commun, dont nous découvrons la vie : le bienheureux Jean Beysim qui a créé ce centre à la fin du XIXème siècle, la soeur Anne Marie Clerget de la congrégation Saint Joseph de Cluny qui répondit à l’appel du Père et monta de la côte orientale en chaise à porteurs en deux semaines : c’est peut-être les temps de transport à l’époque qui l’incitèrent à passer 57 ans à la léproserie, sachant que sa longévité impressionnante est due à son régime alimentaire de riz et sauterelles ! Mais le record est maintenant tenu par Soeur Geneviève très largement centenaire. La jeune Soeur Catherine, dans la force de l’âge à 83 ans et très gourmande si l’on en croit le journal de bord d’Ariane, est devenue responsable de la communication il y cinq ans et nous a donc fait visiter, avec beaucoup d’enthousiasme et de gentillesse, le centre. Marthe et soeur Catherine, main dans la main, ce fut le tandem de cette journée.

Il y a un siècle, les blessures des malades étaient telles que l’odeur était insupportable jusqu’à la croix située à plus d’un kilomètre des dortoirs, qui n’étaient que des mouroirs. Aujourd’hui, Hery, notre fidèle chauffeur malgache, est très impressionné par la propreté et les équipements de l’hôpital, par comparaison au service public. Malgré tout, nos enfants ont été impressionnées par les joueurs de dominos retournant les pièces avec leurs paumes, par le lavage des bandes dans une bassine, par les gestes des malades pour cacher leurs plaies. Et la partie n’est pas gagnée car les cas de lèpre, souvent doublés de tuberculose, sont en augmentation dans la région couverte par Mahana, notamment chez les jeunes. Le financement reste une préoccupation constante pour les soeurs de Cluny, et plus particulièrement pour Soeur Catherine.

Le père Pedro, un révolté au service de l’Espérance

Dimanche, juillet 12th, 2009

Pour être tout à fait honnête, je ne me souvenais pas du nom du Père Pedro Opeka, même si Nicolas me l’avait cité après son passage à Madagascar l’année dernière. Par contre, une fois que j’ai commencé à lire son autobiographie « Père Pedro - Combattant de l’espérance » et réalisé tout ce que ce Lazariste avait fait pour les Malgaches, j’ai eu envie de le voir. La rencontre manqua d’intimité -nous étions plus de quatre mille à assister et participer à sa messe célébrée aujourd’hui-mais ce fût un grand moment d’intensité et d’évangélisation.

La côte est si raide pour monter au village d’Akamasoa (« les bons amis » en malgache) que la 2CV qui nous y emmène cale au beau milieu : pourtant, il faut généralement plus de 8 passagers pour venir à bout d’une 2CV locale, même avec 200.000 kilomètres au compteur. Les maisons sont en briques, avec des fleurs au balcon, sans déchets alentour, sagement alignées le long d’une rue pavée bordée de petits commerces. On sent déjà l’organisation slovène et les origines de maçon du Père Pedro. Arrivés sur l’esplanade d’où nous dominons plusieurs quartiers de Tana et la carrière de pierres où tout commença il y a vingt ans, nous nous étonnons que le chauffeur de taxi ne souhaite pas nous attendre, ce qui est pourtant pratique courante avec les touristes. Nous manquons de temps pour résoudre cette énigme : il est quasiment neuf heures et la messe était à huit heures. Nous sommes pris en main par une équipe d’accueil : inscription de nos noms sur un cahier (tiens, des volontaires Fidesco sont passés la semaine dernière) et accompagnement à l’intérieur du gymnase, converti en église. Les Vasas bénéficient d’un traitement de faveur avec des chaises, plus confortables que les gradins ou le sol de béton recouvert de nattes, et une vision parfaite sur la chorale et le prêtre. Nous ne sommes qu’à une dizaine de mètres du célébrant, et encore plus proches des baffles : Ariane se bouche les oreilles quand les percussions démarrent. Il est impressionnant : immense, barbu, levant haut la bible et faisant le tour de la salle pour que chacun puisse voir de près le livre de la Parole. La foule, dont la moyenne d’âge doit être inférieure à vingt ans est captivée, riant à plusieurs reprises. Il est difficile pour nous de suivre et les deux heures trente sont un peu longues mais nous ressentons la ferveur de l’assemblée. Excellent communicant, le père Pedro fait venir à ses côtés un groupe de jeunes Slovènes qui part en mission le lendemain dans un camp d’été du Sud de la grande île; il a aussi la bonne idée de traduire en français les points forts de son sermon. Il ne mâche pas ses mots, le père Pedro, et je me demande comment il est encore vivant : sa tombe serait certainement déjà fleurie en Amérique du Sud. « L’homme ne doit se prosterner que devant Dieu, mais pas devant les puissants de ce monde. La prière est notre arme. Dans une classe, si l’immense majorité des élèves doit redoubler en fin d’année, qui est responsable ? Les enfants ou le professeur ? Alors pourquoi laissons nous les gens au pouvoir qui maintiennent 80% des Malgaches dans la pauvreté. Relevons la tête. Luttons et travaillons ». Discours musclé : la force de la Bonne Nouvelle et des évangiles mise au service des pauvres a permis à dix-sept villages de sortir de terre -dont celui où nous nous trouvons-, à trois cent mille personnes en détresse d’être aidées et à quarante mille enfants de suivre une scolarité. La semaine prochaine, quatre cents enfants d’Akamasoa passeront le brevet de fin d’études primaires et les prières de l’assemblée les accompagnent pour que le pourcentage de réussite soit proche de 100%, comme l’année dernière.

Un bulldozer, un Fidel Castro (les messe du Père Hervé de 90 minutes font figure de messe privée), un révolté : beaucoup d’épithètes conviennent au père Pedro. Le plus marquant est son incapacité, comme l’abbé Pierre ou soeur Emmanuelle, à s’habituer à la misère, à la violence, à l’injustice, quand bien même ces fléaux sont le lot commun et perdurent depuis toujours. Une volonté d’extirper ce qui brise la dignité de l’homme et de faire surgir ce qu’il y a de beau en chaque homme.

Et pour faire connaître sa lutte, un nouvel ouvrage est paru « Journal de combat. Missionnaire à Madagascar ».

Pour clôturer, la clé du mystère sur sur le taxi : il connaissait la durée de la messe, lui !

Retour à Madagascar après 46 ans pour une Fontenaysienne

Samedi, juillet 11th, 2009

C’est notre troisième visite d’oeuvre locale et notre troisième femme rencontrée. Madelaine, Albertine et Jeanne : un trio de femmes malgaches dont les points communs sont l’engagement, la détermination et le sens pratique. Chacune a été touchée par la misère et le manque d’avenir des enfants de sa région et a réussi à allier compassion et action.  Jeanne : je ne me permettrais pas de l’appeler par son prénom si j’avais retenu son nom de famille mais la mémorisation des patronymes malgaches nécessitent de manger beaucoup de poisson.  De toute façon, Jeanne est appelée “la maman de Thierry”, le professeur de piano d’Ariane. Cette dénomination est un peu réductrice car Thierry a six frères et soeurs, élevés en partie à Fontenay sous Bois, résidants en France et devenus professeur de philosophie ou directrice de crèche …

Malgré la présence en France de ses enfants et petits-enfants, Jeanne et son mari (décédé depuis) ont décidé en 2000 de repartir au pays, après quarante-six d’absence. Choix difficilement compréhensible pour leur descendance. En 1954, Madagascar était une colonie française de moins de six millions d’habitants qui s’est transformé en pays indépendant dont la population frôle les vingt millions. Vasa, c’est ce que Jeanne est devenue : une étrangère malgré ses origines et la couleur de sa peau. Et beaucoup de Malgaches estiment que l’aide des Vasas est un dû. La solitude et les conditions de vie spartiates doivent parfois être dures à supporter pour cette grand-mère mais il y a la trentaine d’enfants de l’école privée à éduquer, à aider, dont trois passeront le brevet lundi prochain. Bonne chance à eux et à leur directrice !

Albertine, la spiruline et les “Zazakely” d’Antsirabe

Jeudi, juillet 9th, 2009

Albertine…nous ne connaissions pas son prénom hier et il fait maintenant rire nos enfants, qui l’associe à une des personnes âgées de la maison de retraite où nous logeons.

Albertine, son prénom remplit de soleil le coeur des petits de « Zazakely » dans cette banlieue d’Antsirabe si froide et si pauvre. Une femme de la trempe de Madeleine, qui vient nous chercher pour que nous découvrions son jardin d’enfants, centre aéré et école. Nous entendons de loin les cris des gamins, une bonne soixantaine, dont la majorité a moins de huit ans : les plus grands sont à l’école. Morveux à souhait pour nous remettre en mémoire les bouilles rondes et cuites par le vent de nos protégés de l’invasion d’Intikucho, sur les hauteurs de Quito, en 1992. Dépenaillés car les fratries sont grandes, les revenus faibles et les pères souvent absents. Mais Albertine veille au grain, malgré son diabète, avec l’énergie de ceux en qui les pauvres ont mis leur confiance, fidèlement aidée par des femmes du quartier. Dans le livre d’or, des signatures d’élèves et professeurs de l’ESSEC et de Sup de Co Lyon, des prêtres, des représentants de villes françaises, des particuliers de plusieurs pays d’Europe. Albertine attire à elle des aides pour trouver les quinze tonnes de riz annuelles nécessaires pour nourrir les enfants et les médicaments pour les soigner, pour mettre au point les produits d’artisanat appréciés en France et bâtir les circuits de commercialisation, pour se procurer les panneaux solaires qui permettent de chauffer l’eau et de lyophiliser les légumes du jardin pour répartir leur consommation tout au long de l’année, pour former une voisine à la manipulation d’un microscope afin qu’elle vérifie la qualité de la spiruline donnée aux enfants comme source de protéine, pour faire planter des arbres dans le quartier. Aujourd’hui encore Albertine reçoit, en même temps que nous, deux responsables d’une mission locale dans l’Est de la France, en visite de repérage pour des stagiaires de leur région.

L’énergie d’Albertine donne de l’allant à ses « zazakely » (petits enfants en Malgache) qui dansent et chantent pour nous, et un peu avec nous. Mais Jérémie, Barbara et nos filles sont plus à l’aise aux jeux de balle qu’en démonstration sur scène : il ne leur reste plus qu’à expliquer les règles de l’épervier.

L’orphelinat de Madeleine

Jeudi, juin 25th, 2009

A notre arrivée à l’orphelinat de Madeleine, rangs serrés d’enfants bien propres en uniforme. Nous nous croyons en Inde, chez le père Suresh, avec les colliers de fleurs en moins. Erreur de casting : ce n’est pas nous que les élèves sont venus accueillir et applaudir… quelques minutes plus tard, quand la ministre de la Famille et de la Santé arrive, accompagnée de Madame le maire du village, les discours peuvent commencer. Notre niveau de malgache ne nous permet pas encore de comprendre les éloges adressés à Madeleine (nous l’espérons) et les promesses qui sont sans doute faites en ces temps politiques perturbés mais annonciateurs d’élections.

Les spectacles commencent, les enfants se tiennent parfaitement bien, ils sont conscience de leur chance. Sur les deux cent cinquante enfants qui fréquentent l’orphelinat, moins de cinquante sont réellement pensionnaires; les autres bénéficient de l’éducation, de la nourriture et des vêtements qui sont mis à leur disposition. Et à quelle association doivent-ils de sortir de la misère ? A la force de caractère de Madeleine, septuagénaire coquette en souliers vernis devant laquelle j’ai honte de mon pantalon douteux et de ma polaire grisâtre. Mais Madeleine a autre chose à faire que s’arrêter aux apparences. Il y a vingt ans, elle s’est laissée émouvoir par les enfants qui mourraient littéralement de faim dans les alentours de la capitale : la journée, elle poursuivait sa carrière dans une compagnie d’assurance; en soirée elle se préoccupait de ses protégés. Une révoltée au service des enfants, qui est assise aujourd’hui aux côtés de l’évêque, qui ne refuse pas le don d’une citerne et sait faire appel aux donateurs francais de Madagascar et aux parents adoptifs des enfants de son ancienne pouponnière. Madeleine est fière de nous annoncer qu’une de ses filles et son gendre vont venir prendre la relève, pour que ses bambins continuent à avoir un toit, des repas et une éducation; je ne suis pas certaine pour autant que Madelaine prenne sa retraite très prochainement !

« Avez-vous mangé de l’Amazonie aujourd’hui ? »

Samedi, mai 30th, 2009

« Avez-vous mangé de l’Amazonie aujourd’hui ? » : une question un brin impertinente imaginée par Fernanda et Joan de Peabiru, à Belem, pour attirer l’attention des acheteurs brésiliens mais aussi américains et européens sur une conséquence grave de la consommation de viande bovine : la déforestation de l’Amazonie. Nous avions d’ailleurs nous même été frappés de voir des troupeaux se promener sur les plages qui bordent le rio Tapajos, à plusieurs heures de bateau de Belem, au beau milieu de la mangrove. Convaincue par le discours et l’exemple de vie de Joan, Donatella avait complètement arrêté la viande en Amérique du sud.

Nouvelle Zélande et Australie sont passées par là, avec leurs moutons aussi nombreux que les grains de sable et les barbecues disponibles dans chaque parc.

L’Inde a été l’occasion de découvrir une cuisine végétarienne variée et savoureuse, tout particulièrement au centre de yoya Isha où viande, poisson, œufs, café et alcool étaient absents sans que nous ayons jamais ressenti de manque. Bien au contraire, les rares fois où nous sommes revenus à une consommation plus importante de viande, notre organisme la supportait mal.

Au Vietnam et Laos, il est plus difficile d’échapper à la viande : bœuf, porc et poulet sont sur tous les menus, sans même aller dans les restaurants spécialisés en serpents, tortues ou chiens. Nous nous bornons souvent à la rubrique « légumes », sans que ce choix nous pèse particulièrement. Les enfants savent qu’elles peuvent choisir un plat de viande mais sont peu attirées par ces mets : les visites dans les marchés avec abats, intestins et têtes d’animaux bien en vue n’ont pas développé leur instinct carnivore, le spectacle de la friture d’un crapaud éventré ou de varans voués à un sort semblable non plus. Récemment, la rencontre avec Sara a participé à leur prise de conscience. Sara est une volontaire italienne envoyée par la D.C.C. à Luang Prabang pour enseigner le français à de futurs professeurs, dans le cadre d’un projet de promotion de la francophonie. De la soirée que nous avons passée avec elle et Christine, sur le bord du Mékong, nous avons retenu le récit de sa pire nuit, passée chez des amis laotiens dont la maison jouxte un abattoir. Pleurs de cochons ressemblant à des sanglots d’enfants lancés par les bêtes qui sont assommées : il paraît qu’une nuit suffit à décourager les plus carnivores.

Alors viande ou pas viande finalement ? Pour moi, la réponse est désormais plutôt négative sans pour autant être tranchée. Je ne refuserai pas une bonne épaule de mouton ou une côte de boeuf occasionnellement mais je ne me sentirai pas obligée d’en faire manger à mes enfants tous les jours. Moins de viande, de meilleure qualité, en trouvant des substituts de protéines faciles à cuisiner : résolution de la rentrée 2009.

PS : Béné et Sophie, êtes-vous partantes pour ce programme ?