Dimanche 5 octobre 2008


Dimanche dernier, à Arcos, nous n’avons pas pu aller à la messe car Ariane et Donatella avaient mal au ventre, sans doute à cause de l’eau de grand-père. Aujourd’hui la famille est en pleine forme après les baignades dans les rouleaux de la veille. Nous ressortons la poussette, remisée depuis plusieurs semaines, pour rejoindre la station de métro la plus proche d’Ipanema et nous rendre à Flamengo, où se la paroisse francophone de Rio que j’ai repérée sur internet.Espérons que la messe est bien à 11 heures. Le métro est cher (plus de 2 reais par personne soit 0.80 euros mais sans réduction famille nombreuse), propre, moderne mais avec un réseau réduit à deux lignes. Lorsque nous remontons à la surface, effervescence : les candidats aux élections municipales font grand tapage avec hauts-parleurs, distributions de dépliants. Les rues sont si animées que nous avons des difficultés à circuler sur le trottoir. Nous parvenons malgré tout à l’église à 10h55. Bel exploit : nous sommes plus à l’heure qu’à Fontenay sous Bois mais notre effort n’est pas récompensé : pas de messe en français, même si le célébrant vient de France. L’église est bondée, l’assistance endimanchée (nous sommes dans un quartier bourgeois), les chants inconnus et au rythme bien différent de ceux auxquels nous sommes habitués, les enfants déçus de ne pas comprendre un mot même en se reportant à la feuille de messe. Difficile de les tenir pendant la célébration.

La cour du presbytère abrite une réplique de la grotte de Massabielle. Nous qui ne sommes jamais allés à Lourdes, voilà notre deuxième grotte, après celle du Vatican ! L’atmosphère n’est pas très priante car les électeurs sont alignés devant les bureaux de vote, eux aussi dans la cour. Les militaires patrouillent et des marchands proposent rafraichissements et pâtisseries.

Chose promise, chose due : nous cherchons la plage. Pas de vagues comme hier mais une splendide promenade : le bord de mer n’ayant pas été construit, une large avenue piétonne longe la grève. D’un côté, les joueurs de footsal, de l’autre ceux de beach volley ou d’un sport qui s’y apparente mais où la balle ne peut pas être touchée par la main ni le bras des adversaires. Autant dire qu’il doit falloir énormément d’entraînement pour que le jeu soit amusant et intéressant à regarder. Quand je pense que je n’ai même pas réussi à faire deux passes de suites avec la balle d’Aki offerte par Claude. La plage est aussi bordée d’arbres fleuris, occasion pour Marthe d’essayer des boucles d’oreilles naturelles et pour Antonia de prendre la pose, face au Pain de Sucre.

 

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Samedi 4 octobre 2008


Bus de nuit pour Rio de Janeiro. Les enfants sont ravies de ce nouveau moyen de transport, avec couchette inclinable : pour cette première, nous avons préféré l’option « luxe ». Rien à redire sur le confort mais nous ignorions que trois arrêts ponctueraient ce trajet de sept heures !

Gare routière : tout le monde est endormi. Il faut récupérer nos huit bagages (nous n’avons pas réussi à diminuer le nombre de gros sacs) et trouver le bus pour rejoindre Ipanema où nous avons décidé de loger. Nous traversons la gare telle une famille de canards à la queue leu leu, chargés comme des mules, apeurés comme des moutons car Nicolas nous a toutes mises en garde contre les dangers de cette métropole. Nous transpirons déjà quand tous les bagages sont montés dans le bus de banlieue. Il est encore tôt : il est vide au départ mais se remplit très rapidement. Le temps de trajet prévu est de 1h30. C’est sans compter sur le mode de conduite du chauffeur : il doit regarder « Taxi » en boucle en jouant à des simulateurs de courses automobiles. Un vrai fou ! Il ne s’arrête à aucun feu, prend les tournants en faisant crisser les pneus, semble lancer des défis à ses collègues  qui n’ont rien à lui envier. Je m’accroche tant bien que mal tout en serrant Marthe dans mes bras. Juste le temps de voir des plages bordés de palmiers et d’immeubles, des panneaux pour Copacabana et le Pain de Sucre, dont Nicolas est fier de prendre une photo.

Nous sommes heureux de descendre, sains et saufs, avec tous nos bagages. Il ne nous reste plus qu’à rejoindre l’hôtel que nous avons réservé et à nous mettre en maillot de bain (version des enfants) et à dormir (version des parents). Retard dans le programme : la grande chambre pour 7 personnes s’avère être une pièce sombre, sale et sentant l’humidité. Même à deux, nous n’en voudrions pas. Il faut donc trouver une alternative. Nicolas part à la recherche d’un logement acceptable : je garde les filles en regardant, assez incrédule, les baigneurs rentrer de la plage en simple maillot et les surfeurs enfiler leur combinaison. Plusieurs visites sont nécessaires à Nicolas et Ariane pour trouver ce dont nous avons besoin : un dortoir pour 10 personnes, sur une terrasse, avec cuisine à disposition, à moins de cent mètres de la plage d’Ipanema. Maintenant, dodo car il fait chaud.

 

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Vendredi 3 octobre 2008


Ouro Preto signifie « or noir » en portugais. Les filons sont taris mais nous avons trouvé notre mine d’or noir : une patisserie-chocolaterie où nous allons dîner chaque soir. Au Brésil, contrairement au Canada, le déjeuner est copieux : dans les restaurants, il prend la forme de buffet à volonté payé au couvert et plus souvent au poids. Par contre, le reps du soir est frugal : un feuilleté à la viande ou au poisson accompagné d’un lait ou d’une bière. Nous nous sommes adaptés à cette habitude : depuis que la chocolaterie chic d’Ouro Preto, réservée jusque là aux amoureux, est devenue notre repère du soir, notre taux de cholestérol bat des records. Glaces, chocolat chaud rehaussé de Cointreau, mousse au fruit de la passion, brownie, fondant : tous les jours, nous établissons des hit-parades des meilleurs desserts et profitons des effets anti-anxiolytiques et décontractants du chocolat (photos pour preuve).

Pendant ce temps, les candidats aux élections municipales font grand bruit, à renfort de haut-parleurs, de manifestations par des femmes portant banderoles et tee-shirts ou même de mannequins !

 

 

 

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Vendredi 3 octobre 2008


Notre chambre est petite, toute petite même : environ 15m2. C’est la première fois, en dehors de quelques nuitées à Montréal, que nous sommes regroupés à sept pour dormir et je me réjouis de ne pas avoir opté pour un voyage en voilier, type 12 mois dans une cabine exiguë ! Pour dégourdir les jambes, échapper à la promiscuité et diminuer les tensions, nous avons spontanément trouvé trois solutions à la pousada.

Les hamacs ont été pris d’assaut par les enfants dès leur arrivée. Malgré une chute d’Antonia, ils se sont vite transformés en balançoire, lieu de révision des leçons et objet de lutte car il n’y en a que trois.

La guitare du réceptionniste a séduit Donatella, qui nous avait déjà annoncé à New York qu’elle prendrait des cours à notre retour (merci les Cougnon pour votre excellent exemple, même si c’est toujours mieux que la batterie des Lefebvre). A Ouro Preto, son professeur improvisé lui chante des airs de samba avec des paroles en français, joue du tam-tam et lui montre des photos de son groupe. Subjugée notre Donatella, tant et si bien qu’Antonia compte aussi s’y mettre !

Autre activité artistique : la peinture. Marie profite de son set de voyage, s’inspire du décor naturel, photographie des tableaux qui lui plaisent pour des expérinces ultérieures et Ariane a décidé qu’elle savait dessiner des animaux.

 

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Jeudi 2 octobre 2008


Marie n’a pas échappé à l’attraction des multiples boutiques qui proposent des pierres précieuses ou semi-précieuses, montées en bijou ou sous forme d’oiseaux et animaux exotiques ! Pendant que Nicolas s’installe devant un ordinateur dans une salle surchauffée (Skipe et sa boîte mel finissent par lui manger une partie de ses journées), j’emmène donc courageusement ou inconsciemment les cinq filles dans un atelier de la place Tiradentes. Devant un tel potentiel d’achat, le vendeur conduit les jeunes clientes dans les salles de taille, de montage et de sertissage des bijoux. Même Ariane se laisse séduire par l’éclat de l’or et par la multitude des couleurs, et plus encore impressionner par le niveau de prix que peuvent atteindre certaines pierres, même petites, dès lors qu’elles sont rares et sans défaut. Coup de chance, le matin même, elle avait appris le poids du carat (0,2g) dans un exercice de conversion des volumes proposé par le CNED : enfin des mathématiques appliquées.

J’avais pris un gros risque mais les dégâts sont limités : deux perroquets à 10 reais (4 euros) pièce pour Ariane et Antonia et cinq pierres violette gracieusement offertes par notre vendeur francophone. En prime, une leçon de vie aux enfants : orphelin de père à 10 ans avec ses cinq frères (je n’ai pas osé demander s’il n’avait pas de sœurs ou si elles étaient exclues du décompte), cet homme de quarante deux ans avait commencé à travailler comme garde (carte d’emploi à l’appui) et avait mené études et emploi de front. Sa fierté : l’entrée de sa fille à l’université ! Voilà de quoi donner du cœur à l’ouvrage aux aînées quand elles renâclent trop devant leur CNED.

Pour continuer dans l’étude des métaux précieux, visite d’une mine de poudre d’o, désaffectée depuis 1986.

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Mardi 30 septembre 2008


Au revoir Anita, Neuza et grand-père. D’Arcos nous avions prévu de nous rendre à Belo Horizonte pour rencontrer une volontaire de la DCC mais le contact n’a pas pu se faire. Nous sommes donc en route pour Ouro Preto, cité coloniale du Minas Gerais qui était plus peuplée que New York ou Rio au milieu du XVIIIème siècle. Sans transport public facile, nous avons choisi l’option mini-bus privé : comme le van que nous avions eu les jours précédents ne nous inspirait guère confiance, nous avons demandé un véhicule un peu plus récent.  Rien à redire sur le bus : une vingtaine de places pour nous sept. Malgré les bagages, nous sommes au large. Par contre, le chauffeur devrait être à la retraite depuis quelque temps déjà : deux dents, seize petits-enfants et soixante dix sept ans au compteur.

La pousada Saint François nous reçoit : première auberge choisie au Brésil et bon choix. C’est important pour le moral. Des couleurs vives aux murs, des arbres tout autour (le jardin botanique qui est mitoyen est laissé à l’abandon mais les plantes continuent à pousser, avec ou sans subvention de la mairie), une vue plongeante sur la vieille ville et toute la place pour nous car nous ne sommes pas en période touristique.

Nous descendons au cœur de la cité par une route pavée extrêmement pentue. Les rues sinueuses courent d’une colline à l’autre. Plus de vingt églises sont éparpillées dans la ville, magnifiquement décorées grâce à l’argent provenant de l’or et des pierres précieuses. Et dire que les premiers orpailleurs moururent de faim : la ruée sur le métal précieux s’était fait si vite que les réserves en nourriture de cette région inhabitée furent vite épuisées. Nous flânons, admirant les devantures parfaitement préservées des maisons, les sculptures des fontaines et la majesté des couvents. De vrais touristes !

 

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Dimanche 28 septembre 2008


Si Anita, en tant que biologiste, a commencé par s’intéresser aux oiseaux, elle a vite étendu les activités de Nordesta, par générosité personnelle et aussi par efficacité dans la préservation des animaux, au soutien aux plus pauvres. Avec son mari, elle a d’ailleurs adopté deux adolescents des rues, qui ont maintenant un métier et une famille en Suisse !

Ce dimanche matin, nous visitons une association d’Arcos : une fois par semaine, des enfants en difficulté des « barrios » qui s’étendent autour du centre ville sont pris en charge pour des activités ludiques, un soutien scolaire et un en-cas. Une soixantaine d’enfants –orphelins, maltraités, dont les parents sont sans ressources- sont réunis sous le préau d’une école : l’association « Criancas feliz » n’a pas de locaux mais a obtenu de la municipalité que les écoles soient mises à leur disposition. Quand nous arrivons, c’est l’heure des clowns : Marthe est enchantée. Les responsables sont tous vêtus d’un tee-shirt orange, portant au dos une phrase du livre des Proverbes sur l’éducation. J’ai l’impression  que tous les bénévoles appartiennent à une église évangéliste : ce qui est sûr, c’est que le financement de tous les repas provient de leurs fonds personnels, en plus de la matinée du dimanche qu’ils consacrent aux enfants. Nos filles sont étonnées que des « pauvres » leur ressemblent : il est vrai que ni la tenue vestimentaire ni l’apparence physique ne permet de les différencier, une fois mêlées aux autres enfants. D’ailleurs Marthe s’intègre parfaitement et se met à son bureau d’écolière, comme si elle allait à l’école Mot chez Sophie, avec Flavie !

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Dimanche 28 septembre 2008


Cela commence toujours pareil: une route de terre rouge, pas très loin d’un village  mais pas tout près quand même, et puis au détour d’un chemin une fazenda (ferme) amie de Nordesta. Un grand bonjour, un échange de sourires, un grand virage et au bout un cours d’eau, affluent du Rio San Francisco. Les berges sont escarpées, un peu érodées. Un bon endroit pour le projet de replantation que Nordesta et Kinomé démarrent avec Accor.

Mais aujourd’hui il y a quelque chose de plus. Depuis 10 ans, Anita vient observer à cet endroit le grand duc qui niche dans la falaise. Cette année il y a deux bébés grand ducs. Il est rare de voir des grands ducs dans  la nature et très  rare de pouvoir observer un nid avec des petits. Comme le dit Anita aux filles « vous n’en reverrez peut-être jamais de votre vie ». Pour descendre jusqu’au nid il faut s’accrocher en rappel à une corde et accéder à une plateforme d’argile. Aidée par des volontaires de Nordesta, toute la famille descend tour à tour, même Marthe. Le spectacle qui nous attend est unique: le plus fort des deux petits nous toise, claque du bec de temps en temps pour nous éloigner un peu -ce qui montre qu’il est bien vigoureux-, et cligne des yeux lentement, parfois des deux yeux parfois d’un seul. Il est gros comme un matou, cloué au sol car ne sachant pas encore se tenir sur ses pattes, dodu (sa mère le gave de serpents, grenouilles et autres serpents), et bien maladroit dans son costume rayé gris et blanc. Derrière lui, son petit frère, moitié de taille, somnole à distance, embêté par les mouches qui se régalent des restes du déjeuner. De l’autre côté de la rivière, perchée en haut d’un grand arbre, leur maman nous observe impuissante, hululant de temps à autre, les plumes ébouriffées. Sur sa tête se dressent des plumes en forme de cornes et d’oreilles à la fois. Grandiose grand duc, gros comme un chien de bonne taille qui serait perché à 30 m de haut.

Le grand duc nous réserve encore une surprise en la personne de son voisin. Dans la falaise, à deux mètres du nid se trouve un trou de 10 cm de diamètre et au fond du trou, à un mètre dans la roche, un oisillon gros comme une grenouille. Non loin, dans les arbustes, sa maman inquiète nous observe. Elle est de toute beauté, d’un bleu turquoise fluorescent comme seule la nature sait les produire, la tête et le bout des ailes noir. Petit oiseau bijou dans son écrin vert à fleurs violettes.

Si seulement tous les enfants du monde avaient le privilège de voir ces trésors, la protection de la nature deviendrait un jeu… d’enfants…NICOLAS

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Samedi 27 septembre 2008


Tout autour de la ferme de grand-père,  Anita et les naturalistes de Nordesta ont repéré des nids d’oiseaux au fil des ans. Les enfants vont découvrir les repères les plus proches : entre les explications traduites par Nicolas, les livres et la vue des oisillons ou des nids suspendus de colibris façon toile d’araignée, elles sont très intéressées. Cependant, je ne pourrais pas vous dévoiler grand-chose des merveilles de la création. J’ai choisi l’option sieste car les nuits sont mouvementées et écourtées entre les chiens de la maisonnée qui hurlent, le coq qui est étonnamment réglé sur trois heures du matin alors que le jour se lève vers cinq heures, le matelas pneumatique double dont les mouvements rappellent le roulis d’un navire, les interstices du parquet et les volets sans vitrage qui laissent pénétrer le froid de la nuit, les luttes nocturnes et involontaires pour le partage des couvertures entre Antonia et Marthe…

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Samedi 27 septembre 2008


Pourquoi le singe hurleur que nous sommes allés voir aujourd’hui a préféré Nicolas à sa tendre et douce épouse ? Trois hypothèses :

- Nicolas est un homme et le singe était « une » singe, 

-  Nicolas a des puces,

-  Nicolas mène des projets de reforestation qui permettent de sauver l’habitat de ces espèces et d’éviter que ces singes meurent ou soient recueillis dans des zoos ou chez des particuliers.

Ce qui est sûr, c’est que je n’ai guère cherché à m’attirer les faveurs de la bestiole qui a pourtant fait connaissance en moins d’une heure avec Neuza, son fils Vitor, Anita, Antonia, Marie et Nicolas, son préféré. Marthe ne semblait pas trop jalouse que son Papa change de passager et pendant que les puces passaient de l’un à l’autre, je m’intéressais à la vie du village, éloigné de la route goudronnée d’une vingtaine de kilomètres. Passage du camion chargé de cannes à sucre, tirs de pétards par les piliers de bar éméchés dès le matin, efforts persévérants des cow-boys pour faire passer deux vaches et un veau : plus d’une heure car les bovins étaient effrayés, peut-être par notre présence.

 

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