Un accueil bollywoodien

Lundi, mars 30th, 2009

Coup de chance : nos trois contacts en Inde sont situés dans un mouchoir de poche. Moins de trois heures de voiture entre le jardin Points Cœur, l’ashram de la communauté de Saint Jean à Pondicherry et l’école Saint John du père Suresh. Nous hissons donc nos sacs dans les bus locaux pour rejoindre la ville la plus proche de l’école : montés à l’arrachée entre deux agglomérations, nous devons récupérer un bagage tombé sur la route après un tournant un peu brusque. Je crains que les Pépitos rapportés de France par Nicolas soient un peu écrasés quand je vois l’état du sac après cette petite chute. Heureusement que le paquet n’a pas blessé une vache !

A la gare routière, le père Suresh vient nous chercher avec sa voiture. Les filles ont tôt fait de le mettre dans la catégorie des riches avec ce véhicule climatisé. Une fois de plus, l’habit ne fait pas le moine.

Une demi-heure parmi les rizières et les champs avant d’apercevoir des bâtiments de couleur, une clôture, un chemin de terre et une haie d’enfants. Moment d’émotion très forte lorsque nous posons le pied à terre et que tous ces visages nous sourient, toutes ces mains applaudissent, posent des colliers de fleurs autour de notre cou et nous tendent des bouquets, toutes ces bouches nous souhaitent la bienvenue. Ils sont plus de cent à venir au devant de nous. Nos filles sont très touchées : nous n’avions jamais vécu un accueil aussi chaleureux et vivant. Nous passons au milieu de cette joyeuse animation, agitant la main, souriant, pour nous rendre dans la salle principale du foyer Saint Jean : nous constaterons ultérieurement que c’est une véritable salle polyvalente, servant de réfectoire en cas de pluie, église pour la célébration eucharistique, salle de yoga, lieu de révision des devoirs en soirée et, pour ce soir, salle de spectacle. Nous prenons place sur des chaises, à côté du père Suresh, alors que les enfants, filles et garçons séparés comme partout en Inde, s’assoient à même le sol. Première saynète jouée par des sœurs, venues partager la vie de l’école et du foyer pendant dix jours, avant de prononcer leurs vœux. Pas timides pour deux sous les futures sœurs, aussi à l’aise dans la comédie que dans le chant ou la danse. C’est d’ailleurs la constatation principale  que j’ai faite après plus d’une heure de spectacle : aucune gêne ou crainte parmi ces jeunes qui montaient sur la scène improvisée, bien au contraire, énormément d’énergie et de plaisir.

Notre seul regret pour cette soirée inoubliable : l’absence de Sybille, qui aurait autant aimé que nous être accueillie avec cette ouverture de cœur et cette joie de vivre.

 

 

Jamais 2 sans 3 …invitations

Lundi, mars 9th, 2009

Balade à la fraîche : c’était mon objectif mais comme d’habitude, nous n’avons pas quitté le monastère avant 10 heures du matin. Peu importe, à partir de notre lieu de retraite spirituelle et de repos physique, nous ne pouvons que descendre : la chaleur est donc supportable d’autant que les plantations denses de bananiers, cocotiers, caféiers, cacaoyers et jacquiers offrent un semblant d’ombre le long du sentier. Nous saluons les femmes et enfants qui sortent sur le pas de la porte pour nous regarder passer : avec Sybille comme chef de chorale, on nous entend venir de loin, surtout en l’absence de véhicules. Surprise : au bout de le route de terre, une immense Pieta en plâtre, la plus grande du monde apprenons-nous. Comme quoi, l’expression « Big is beautiful » ne se vérifie pas toujours. Pourquoi donc cette statue massive au beau milieu d’un village qui pourrait même être qualifié de hameau de Munnar même si le prêtre est fier de nous annoncer que sa paroisse compte trois cents personnes ?

Autre surprise : Donatella et Ariane retrouvent leurs cavaliers cyclistes de la veille, qui les avaient promenées sur leurs porte-bagages. Ils sont malheureusement en route pour l’école mais sur la place de l’église Saint Sébastien, même scénario : deux autres gamins nous proposent leurs vélos. Il n’en faut pas plus pour que toute la famille se mette à pédaler !

L’heure tournant, nous décidons de scinder la troupe pour rentrer : les courageuses à pied, celui et celles attaqués par la tourista en rickshaw. Et comme de bien entendu, le courage est toujours récompensé. Cinq minutes après le départ des motorisés, nous -Sybille, Antonia et moi- sommes invitées dans une famille parce que nous cherchions à acheter une bouteille d’eau ! Présentation à la grand-mère -qui ne parle que malayalam- dégustation de miel, jus de mangues, bonbons et amandes rapportées de Dubaï par le beau-frère qui rentre de trois mois de travail en Arabie (comme quelques millions de Keralais), félicitations aux enfants pour les trophées rapportées de l’école et fièrement exhibés dans le salon. Le plus compliqué est de comprendre les liens de parenté entre les dix personnes qui s’extasient sur les joues et cheveux d’Antonia.

Nous voilà reparties pour affronter le retour et sa terrible pente, sans savoir qu’une nouvelle halte nous attendait. En effet, au bout de trois cents mètres, nous nous rendons compte que nous sommes suivies par un des cousins, qui passe devant nous pour nous montrer le chemin du monastère. Mauvaise interprétation (lui non plus ne parle pas anglais) : en fait, il rentre chez lui et serait heureux de nous présenter à sa maman qui est malade. Aussitôt compris, aussitôt fait : Antonia se retrouve avec trois bananes dans la main tandis que nous buvons un verre d’eau sucrée. Je sens que nous allons vite grossir les rangs des victimes de la tourista.

Nouvelle invitation en milieu d’après-midi par Jessy, une des deux employées du monastère que nous voyons depuis quatre jours couper du bois, ramasser de l’herbe pour les lapins, nourrir les chèvres, traire les dix vaches, mettre des plantes en pots….A dix-sept heures, sa journée de onze heures de travail est terminée et elle est fière de nous emmener, tous les huit, dans sa maison en haut de la colline, construite avec l’aide (financière ?) du père Georges. Au milieu des plantations, deux chambres, un séjour couvert d’images et objets pieux et une cuisine avec cuisson au bois. Ariane s’étonne de l’absence de salle de bain. Ses deux filles de onze et huit ans sont en pension, sans doute parce que ni elle ni son mari fermier (arrêté pour un mois en raison d’une hernie) ne pourraient s’en occuper. Jessy est heureuse d’ouvrir pour nous son unique album photos, qui couvre les douze ans écoulés depuis son mariage. Pour la remercier, nous entonnons joyeusement « Champs Elysées ».

En conclusion de cette journée, voici la prière dite par Donatella : « Seigneur, je te remercie d’avoir été invitée par Jessy alors que nous sommes des touristes et que nous sommes trois fois plus riches qu’elle. Apprends-nous à partager nos richesses ».

Rien à ajouter en ce temps de Carême : les rencontres de voyage suffisent à éduquer le coeur de nos enfants et à convertir le nôtre.

La ferme de grand père

Vendredi, septembre 26th, 2008

Il s appelle Sebastien Falco, a 73 ans et vit seul dans sa fazenda, à quelques kilomètres de Arcos dans la Minas Gerais. Il vit au milieu d’un vingtaine de vaches, d’un âne et d’un mulet, de deux chiens, d’une trentaines de manguiers qu’il a plantés en arrivant il ya 25 ans et d’un hectare de tomates presque mures (il en attend 22 tonnes si la grêle ne vient pas ruiner plusieurs mois de travail). Sans oublier les oiseaux: perroquets, canaris, bentevis (oiseaux jaunes et noirs), colibris et toute une armée de passereaux multicolores. Sa vie est comme sa maison: simple. La terre l’occupe et le garde en forme, chez lui il faut chercher longtemps pour trouver la poubelle et pourtant il y a tout ce qu’il faut. Il fait un peu frais la nuit et il concède qu’il ne se fait pas à manger tous les jours, mais du café, des fruits, du riz et des frejols (le fameux « toutou »  qui a bien plus aux filles) lui suffisent amplement. Ce matin il m’a ouvert une pièce adjacente à sa maison; il y garde quelques objets auxquels il tient: des pinceaux, du fil de fer, une vielle pompe, le montant du lit de sa mère qui a survécu à l’incendie de sa maison, « vieux de presque 100 ans » me dit-il. Une époque où le Brésil comptait une vingtaine de millions d’habitants contre près de 200 à présent et l’équivalent d’une bonne partie de l’Europe en forêts supplémentaires….et constituait un eldorado pour les pauvres de l’Europe et de l’Asie. Son père Vitor, parti avec deux de ses frères de Calabre, travaillait à construire une ligne de chemin de fer et buvait l’argent que ses parents attendait en Italie pour passer l’hiver…  Et puis il a rencontré une belle portugaise (la propriétaire du lit) et s’est installé au pays de l’or…le Minas Gerais

Sebastien nous a reçu chez lui comme un grand-père. (more…)