Les aventuriers de la forêt

Samedi, octobre 25th, 2008

L’Amazonie exerce une force d’attraction sur les aventuriers. Les arbres que nous croisons portent encore la trace indirecte de ceux qui venaient acheter l’or blanc aux Indiens à la fin du XIXème siècle, avant que les Anglais n’aient l’idée de planter des hévéas en Malaisie pour assurer un approvisionnement en caoutchouc plus fiable.

Pierre, qui nous propose ses services de guide pendant une journée, est un de ses aventuriers modernes dont on ne comprend qu’une partie de l’histoire. Pas de touristes ni même de Brésiliens quand il est arrivé sur cette terre d’Alter do Chao il y a 25 ans, seulement des Indiens. Sa maison actuelle ressemble à une case sur pilotis, faite de bois et feuillages avec une partie inférieure en dur pour résister aux eaux : ventilateur intégré (vive le vent..), télévision allumée en permanence sur la chaîne Ushuaia, compte gratuit chez Véolia (le lac est sous ses fenêtres imaginaires), pas de salle de bain ni de cuisine. Pour se nourrir, les fruits qu’il ramasse le long des chemins avec une prédilection pour les cajous et les voisins. Pour se déplacer, un vélo ou sa barque. Les enfants ne comprennent pas son humour, assez misogyne il est vrai, qui m’échappe aussi parfois, sans doute pour la même raison !

Pierre est impliqué avec une ONG suisse dans des projets de reboisement.  Il nous présente à ses voisins les plus proches, deux Français installés depuis peu qui ont créé une pépinière sous le beau nom de « Jardim de Gaïa ». Ne vous imaginez pas une serre chez Truffaut. Chacun d’entre eux s’est construit, à quelques centaines de mètres de distance, une hutte surélevée, protégée par des branchages, qui ne comprend qu’un lit et une étagère recouverte de bouquins sur les plantes. Des boutures et des pots partout, un tas de feuilles en train de brûler pour garder les chemins propres et la pompe du puits, grand amusement des filles : 100 coups de pompe pour une douche. Je me demande ce qui a pu attirer ces trentenaires dans un coin aussi isolé, habité par les scorpions, les serpents corail et les fourmis. Les conditions de vie très spartiates n’ont pas l’air de les décourager : ils se disent très heureux de leur choix.

Et pendant que les Français apprivoisent la forêt amazonienne, les Brésiliens apprennent à la protéger, de l’autre côté de la lagune, à l’ « école de la forêt ». Une ONG finlandaise a récemment plié bagage, impliquée dans des détournements de fonds et de la corruption : rien de très étonnant quand on sait qu’il y a plus de 2000 organisations d’aide en Amazonie. Avant de quitter les lieux, ils ont été contraints à financer un lieu d’enseignement où les collégiens de Santa Rem apprennent à découvrir la forêt et l’agriculture : utilisation de plantes médicinales, fabrication de la farine de manioc, cultures vivrières expliquées aux jeunes citadins.

 

Alter do Chao, paradis au coeur de l´Amazonie ?

Mardi, octobre 21st, 2008

Alter do Chao, c’est la carte postale ou le poster qui symbolise l’Amazonie dans les agences de voyage. Rien à voir avec l’enfer vert : une lagune Lagoa Verde séparée du fleuve Tapajos par un bras de sable d’un blanc scintillant, quelques paillotes aux toits de palme, des bateaux aux couleurs exubérantes. A la saison des pluies, les eaux montent de 6 à 10 mètres : seule la cime des arbres reste visible. Les touristes sont encore rares : des habitants de Santa Rem qui viennent se détendre le week-end ou des riches brésiliens de Rio ou Sao Paulo qui peuvent mettre 400 euros dans un billet d’avion.

Nous sommes venus rencontrer Wim, un hollandais élevé dans les Caraïbes, marié à une Brésilienne, constructeur à ses heures de villas en bois pour millionnaires et surtout défenseur de la forêt amazonienne. Malgré notre coucher à 2 heures du matin –tous les avions volant en Amazonie ont des horaires nocturnes- nous nous réveillons tôt aux cris des singes hurleurs. La maison que nous louons sur le même terrain que celle de nos hôtes, est très proche de la forêt et les bruits, inconnus pour la plupart, n’ont pas discontinué de la nuit. Comme d’habitude, pas de vitres pour notre nouvelle demeure mais je suis contente qu’il y ait des moustiquaires aux fenêtres…

Pas besoin de plan du village pour trouver l’eau : il suffit de poursuivre pendant 300 mètres le chemin de terre qui longe la propriété pour accéder à la lagune. Wim nous a mis en garde contre les raies dont la piqûre est extrêmement douloureuse et est ressentie pendant deux mois. L’eau est trouble à cause des alluvions et le sol est vaseux : il n’y a quasiment pas de fond et l’eau est douce et chaude –au moins 30°-. L’impression est bizarre et s’apparente à nager dans son bain : je dois reconnaître que je préfère la Méditerranée à l’Ile Rousse ! D’ailleurs, nous finirons la journée à la piscine d’un hôtel de luxe,désert, qui apprécie que la bande des 7 enfants (les MADAM accompagnées d’Aïcha et Joshua) mette un peu d’animation dans leur jardin.Nous ramassons les détritus qui traînent sur la plage et les enfants commencent une collection de pierres du monde : les bagages ne sont pas près d’être allégés.

En fin d’après-midi, nous allons à la jetée sur le fleuve Tapajos admirer le coucher de soleil et des dauphins font quelques cabrioles dans l’eau, juste pour Marthe ?

 

Presque 3 ans pour notre Marthe

Dimanche, octobre 19th, 2008

Les 10 jours passés chez Joan et Fernanda touchent à leur fin ; nous avons été extrêmement bien accueillis chez des personnes que nous connaissions à peine et je suis toujours surprise de cette capacité qu’ont nos enfants à prendre leurs marques dans un nouvel environnement dès lors qu’elles ressentent de l’attention et de l’amitié de la part de nos hôtes.  En résumé, beaucoup de piscine : pas tant pour la natation que pour se rafraîchir car la température ne descend pas sous 30°, même la nuit et l’humidité rend la chaleur encore plus étouffante. Les aînées ont tout de même vaillamment avancé dans leur CNED, Nicolas a casé quelques réunions avec Peabiru, Fernanda m’a aidé dans le classement et le traitement des photos qui me prennent plusieurs heures par semaine. Marthe, et Antonia dans une moindre mesure, se trouvent une seconde Maman dans la plupart des endroits où nous demeurons : les bras de Fernanda ont donc beaucoup servi ! Antonia a photographié tous les objets de la maison : une mission prenante chez une designer, elle-même fille d’artiste. J’ai rarement vu une telle collection de statues, d’objets, de peintures religieuses dans un domicile. Et nous nous sommes tous, sans exception, battus contre les moustiques qui nous assaillaient.

Nous avons apprécié de nous retrouver dans une ambiance familiale, tout particulièrement pour les repas….Ce soir, nous fêtons avec un peu d’avance les 3 ans de Marthe. Les anniversaires sont des évènements importants pendant le voyage, qui alimentent les conversations bien avant le jour J : où serons-nous ? avec qui ? que mangerons-nous ? Nous n’avons évidemment pas les réponses mais le mystère qui entoure la fête la rend encore plus attractive. Fernanda a tenu à ce que je profite d’être en ville (Belem compte 2 millions d’habitants) pour aller dans un hypermarché : en Amazonie, les chaînes internationales n’ont pas réussi à s’implanter car les acteurs locaux savent échapper à la TVA -contrairement à leurs concurrents étrangers- et ont donc des prix plus compétitifs. MagaZan n’a rien à envier à Auchan ou Carrefour : je cherche des jeux brésiliens pour éviter du Disney ou une dînette ‘made in China ». Résultat de notre virée shopping : des assiettes Hello Kitty (juré, ce n’est pas moi, c’est Fernanda), un mémory des enfants du monde, un short (j’ai pris du 6 ans pour que le morceau de tissu couvre une partie des fesses de Marthe) et un Mikado (nous n’avons pas pu emporter le jeu géant offert par les Billot).

 

 

 

La grande fete du Cirio

Samedi, octobre 11th, 2008

Hier soir avec Papa, Fernanda et Joao, on a vu des feux d’artifice ; il y en avait des rouges, des bleus, et aussi il y en avait deux qui sont tombés sur ma tête.

Ensuite on a vu des théatres dans la rue, il y avait des anges ; pendant le spectacle on a acheté des pop corns et je les ai mangés sur les épaules de Papa.

Avant, avec les sœurs, on était allé manger une glace et voir le coucher de soleil devant la mer (NDLR : un petit bras de l’Amazone… !). Moi j’avais le parfum à la noix de Para et Marie au début avait une glace qu’elle n’aimait pas et l’a donnée à Papa qui l’aimait et après elle a eu une glace au vernis à ongles. On a vu des gens qui dansaient, on ne savait pas s’ils dansaient la samba. Il y avait une petite fille et un petit garçon qui dansaient. Il y en avait qui avaient un chapeau avec des fleurs, et ils auraient pu se faire mal car ils étaient pointus mais ils ne se sont pas fait mal.

Le lendemain matin, on a pris le petit déjeuner, il y avait des noix de Para et aussi après on a sauté dans la piscine.  ANTONIA

 

Fête du Cirio = fête de la Vierge Marie !!!Une foule incroyable !!!Nous sommes allés au dock (gare fluviale) pour voir arriver la Vierge par bateau. Il y avait des jets skis,des petits bateaux,des bateaux de pêche,des énormes bateaux bondé de personnes…il y avait une trentaines de bateaux .Cette fête se passe tous les ans. En fin d’après-midi,  toute seule avec Fernanda et Joan, j’ai parcouru les rues du centre-ville afin d’apercevoir la sainte. J’ai eu des bracelets gratuits, des papiers avec la sainte, les paroles des chansons en portugais, ça faisait éventail… Il y avait encore une foule incroyable. Quand les gens applaudissaient, il n’y avait rien mais qu’en ils mettaient leurs mains en avant, ça voulait dire que la statue arrivait. Au bout de 2 h00, nous avons vu la Vierge arriver dans une boite,  avec des fleurs blanches et jaunes, avec une couronne… Nous avons vu une quinzaines de personnes en brancard à cause de la chaleur. Ils m’ont offert un raisin d’amour. Nous avons vu un feu d’artifices. ARIANE

 

Le Cirio, c’est plein de feux  d’artifice et de danses. Un soir, nous en avons vu : c’était super. Il y avait deux groupes de danseurs : des jeunes et des petits. C’était une espèce de danse d’Hawaï accompagnée par de nombreux instruments comme des percussions et du tam tam. C’était vraiment « regalo » comme dirait Papa. Cette fête a lieu car un pêcheur a trouvé une image de la Vierge dans la rivière, il y a 250 ans. Par trois fois, la Vierge Marie est retournée à un endroit donné et il a été compris qu’Elle souhaitait qu’une église soit construite pour Elle en ce lieu.

Tout le monde vend et a des chapeaux, des casquettes, des bracelets, des tee-shirts, des posters du Cirio. Il faut dire que 85% des habitants n’ont pas de travail fixe alors toute occasion de vendre est bonne. Les murs de la ville sont couverts de panneaux publicitaires vantant les mérites d’un hôtel, d’une bière, d’un importateur de véhicules japonais, de jus de fruits… avec la Vierge. Tous les bâtiments publics, les banques, les écoles ont des décorations reprenant l’effigie de la Vierge. Il y a du théâtre de rues. Un grand marché artisanal permet d’acheter des jouets en bois : oiseaux, souris, arbres de Noël, couronnes de l’Avent. Pour les habitants de Belem et des environs, le Cirio est une fête aussi importante que Noël. C’est énormément d’organisation pour une fête d’un jour : c’est un peu bizarre à mon goût.

 La  statue de la Vierge arrive le samedi matin par bateau, tout orange, orné de fleurs. Une centaine de bateaux entourent son embarcation. La statue reste dans un collège la journée pour ne pas être abîmée. A la procession de nuit, certaines personnes ont de cierges ou une bougie représentant une partie du corps (cœur, bras, jambe), une maison…pour que la Sainte les soigne ou les aide à construire une habitation ! Il y a aussi des bâtons de la taille d’un adulte. Deux millions de personnes font un tout derrière la statue et confie leur prière, souvent avec un chapelet à la main. Quand il y a des applaudissements, cela ne veut pas dire que la statue approche, par contre lorsque les pèlerins tendent leurs mains, elle est à portée de vue.

Les éboueurs ont dû avoir beaucoup de travail car toutes les personnes qui se couchaient à trois ou cinq heures du matin avaient beaucoup bu. MARIE

Accueillis à Belem comme à Tahiti

Mercredi, octobre 8th, 2008

Nous avons quitté Rio sous une pluie battante : nous n’aurons donc pas eu l’occasion de monter au Pain de Sucre ou au Christ Rédempteur en raison du climat….Quatre heures de vol et nous voilà à Belem, capitale du Para et avant poste de l’Amazonie. Nous survolons la forêt : les enfants ne sont guère impressionnnées par toute cette étendue verte mais je me vois déjà en Yann Arthus Bertrand, l’appareil photo en moins !

L’attente des bagages nous semble bien courte, pour une fois. Musique et danses dans tout l’aéroport : c’est le Cirio, la grande fête mariale de Belem qui réunit près de deux millions de personnes. Bracelets brésiliens, affiches de la Vierge de Nazaré, sachets de plantes odorantes d’Amazonie : les enfants ont les mains bien prises quand elles rencontrent Joan, venu nous chercher. La chaleur humide nous saisit vite : je sens qu’il va falloir une adaptation climatique après ces premières semaines brésiliennes marquées par la fraîcheur. Bonne nouvelle : Joan et Fernanda ont une piscine. Les enfants s’y jettent vite. Je sens qu’elles vont en profiter dans les jours qui viennent…