Les kauris : sumos millénaires des forêts

Lundi, décembre 29th, 2008

Agathis Australis. Kauri en Maori. De la famille des araucarias. Hérité du vieux continent Gondwana, d’où s’est détachée la Nouvelle Zélande il y a quelques dizaines de millions d’années,  il n’existe qu’en Océanie. Et il est bien vivant, en pleine santé malgré ou grâce à se 3500 ans pour le plus vieux !

Il a la carrure du baobab africain, quasiment la hauteur du séquoia californien, et la longévité de l’alerce chilien. Un vrai géant dans tous les sens du terme, sacré pour les Maoris et pour tout amoureux des arbres qui s’en approche ne serait-ce qu’une fois. A taille et âge maximum, il inspire un mélange d’admiration, de d’extase et de peur. Voyez plutôt le sumo des arbres : 50 à 70 mètres de haut, 15 mètres de circonférence, 50 mètres cubes de bois en face de vous (un chêne respectable de 100 ans doit en faire une dizaine) ! Pourtant il a aussi ses points faibles : de petites racines de surface très fragiles qui résistent mal à la compaction et surtout un bois très facile à travailler qui a fait sa quasi perte en Nouvelle Zélande depuis l’arrivée des Européens (charpentes et meubles) alors que les Maoris les révéraient depuis des siècles.

Donatella, notre trouveuse de trésors (elle a amassé une collection impressionnante de pièces et billets de monnaie, un MP3, des colliers dont un en jade…depuis qu’elle m’a vu ramasser sous un comptoir de l’aéroport de Heathrow, le jour de notre départ, une pièce de 10 pence !), déniche même au pied d’un de ces géants une coquille nacrée d’oreille de mer qu’elle accepte sans mot dire de laisser dans un creux de son écorce quand je lui explique que c’est un cadeau fait au vénérable arbre. Les feuilles du kauri sont petites, ovales, un peu comme des feuilles de gui. Elles sont vertes mais aussi rouges lorsque l’arbre est jeune. Enfin, il a une écorce somptueuse, qui prend toutes les teintes du beige et de l’argent, et se détache par morceaux comme des écailles de dragon magique !

Nous avons eu la chance de passer deux jours et deux nuits dans la forêt Waipoua, la plus grande et plus belle forêt de kauris de Nouvelles Zélande. J’ai pu ainsi faire mes dévotions au plus vieux et plus grand des kauris, Tane Mahuta (245 m3) mais aussi et surtout aller à la rencontre des géants dans le silence de la forêt, au milieu d’une biodiversité digne d’une forêt tropicale, avec en particulier des fougères géantes qui font elles aussi la renommée de l’archipel, et des cyprès et des feuillus tout aussi majestueux même si un peu moins imposants que les kauris. Un enchantement, qui touche Laure-Isabelle et les filles encore plus que la forêt amazonienne. Il faut dire qu’elle n’est pas seulement grandiose et diverse la forêt Waipoua, mais facile d’accès, et qu’elle offre un climat idéal –sauf les moustiques ! Son seul petit défaut est la relative pauvreté de sa faune, si on la compare par exemple aux forêts du voisin australien…mais une comparaison entre l’Australie et  la Nouvelle Zélande est toujours déplacée par ici. Il y a peu d’oiseaux, et quasiment pas de mammifères. Dormir au pied de ces monuments vivants, nos grands frères bienveillants est un rare privilège. Je garderai toujours dans ma mémoire et dans mon cœur le réveil au bord de la rivière, de grand matin lumineux, puis la baignade dans un coude de la rivière sous leur regard paisible. Une pensée spéciale pour mon grand-père et pour mon père ! NICOLAS

 

Un arbre de 2008 ans !

Lundi, novembre 24th, 2008

Kinomé ne s’est pas spécialisé dans la datation exacte des arbres et forêts mais Nicolas rêvait de voir des alercés, des arbres dont certains datent de l’époque du Christ. Traduction immédiate d’Ariane : des arbres qui ont 2008 ans. Je vais finir par croire que je leur fais pas trop d’exercices de maths appliqués, liés à ce que nous vivons en voyage !
En route pour le parc national « Alerce Andino » géré par la CONAF, l’équivalent de l’ONF français. En chemin depuis Puerto Montt, le Fuji ou du moins son jumeau, aussi harmonieux que son grand frère japonais. Les alercés se cachaient au cœur de la forêt : seuls Nicolas et Donatella, les plus endurants, les ont vus. Commentaire de l’accompagnatrice : « Papa a fait des bisous à l’arbre. C’est pas très propre, tout le monde a pu faire pipi avant…. ». Le risque me semble minime : nous étions les seuls visiteurs de la journée. Il est bien loin le RER A, ses odeurs, son affluence !

Les aventuriers de la forêt

Samedi, octobre 25th, 2008

L’Amazonie exerce une force d’attraction sur les aventuriers. Les arbres que nous croisons portent encore la trace indirecte de ceux qui venaient acheter l’or blanc aux Indiens à la fin du XIXème siècle, avant que les Anglais n’aient l’idée de planter des hévéas en Malaisie pour assurer un approvisionnement en caoutchouc plus fiable.

Pierre, qui nous propose ses services de guide pendant une journée, est un de ses aventuriers modernes dont on ne comprend qu’une partie de l’histoire. Pas de touristes ni même de Brésiliens quand il est arrivé sur cette terre d’Alter do Chao il y a 25 ans, seulement des Indiens. Sa maison actuelle ressemble à une case sur pilotis, faite de bois et feuillages avec une partie inférieure en dur pour résister aux eaux : ventilateur intégré (vive le vent..), télévision allumée en permanence sur la chaîne Ushuaia, compte gratuit chez Véolia (le lac est sous ses fenêtres imaginaires), pas de salle de bain ni de cuisine. Pour se nourrir, les fruits qu’il ramasse le long des chemins avec une prédilection pour les cajous et les voisins. Pour se déplacer, un vélo ou sa barque. Les enfants ne comprennent pas son humour, assez misogyne il est vrai, qui m’échappe aussi parfois, sans doute pour la même raison !

Pierre est impliqué avec une ONG suisse dans des projets de reboisement.  Il nous présente à ses voisins les plus proches, deux Français installés depuis peu qui ont créé une pépinière sous le beau nom de « Jardim de Gaïa ». Ne vous imaginez pas une serre chez Truffaut. Chacun d’entre eux s’est construit, à quelques centaines de mètres de distance, une hutte surélevée, protégée par des branchages, qui ne comprend qu’un lit et une étagère recouverte de bouquins sur les plantes. Des boutures et des pots partout, un tas de feuilles en train de brûler pour garder les chemins propres et la pompe du puits, grand amusement des filles : 100 coups de pompe pour une douche. Je me demande ce qui a pu attirer ces trentenaires dans un coin aussi isolé, habité par les scorpions, les serpents corail et les fourmis. Les conditions de vie très spartiates n’ont pas l’air de les décourager : ils se disent très heureux de leur choix.

Et pendant que les Français apprivoisent la forêt amazonienne, les Brésiliens apprennent à la protéger, de l’autre côté de la lagune, à l’ « école de la forêt ». Une ONG finlandaise a récemment plié bagage, impliquée dans des détournements de fonds et de la corruption : rien de très étonnant quand on sait qu’il y a plus de 2000 organisations d’aide en Amazonie. Avant de quitter les lieux, ils ont été contraints à financer un lieu d’enseignement où les collégiens de Santa Rem apprennent à découvrir la forêt et l’agriculture : utilisation de plantes médicinales, fabrication de la farine de manioc, cultures vivrières expliquées aux jeunes citadins.

 

La forêt magique

Vendredi, octobre 24th, 2008

« Allez vous asseoir à l’ombre de l’arbre femme » leur avais-je dit le premier matin en arrivant à la plage du Lagoa Verde, en descendant de notre maison. Un lac d’eau douce issu du Rio Tapajos, avec des plages de sable blanc plantées d’arbres aux formes bizarres.

Ce matin là, la vedette avait rapidement été volée par le spectre des raies d’eau douce, dont le dard grand comme une flèche de harpon fait souffrir plusieurs mois et laisse une cicatrice à vie. La raie se logeant dans le sable près du bord pour avoir l’eau la plus chaude possible, la seule technique pour lui échapper est celle des pantoufles : avancer en traînant des pieds, lentement, pour déloger l’animal le cas échéant sans le mettre en colère !

Première baignade sans encombre ce matin là, même si pour ne pas risquer de marcher sur la raie nous finissons par nous baigner à un endroit rocailleux pas très agréables pour pieds et genoux.

Le lendemain matin, vers 5h30, réveillé par les singes hurleurs, je pars à l’aventure. Le soleil est déjà bien haut, les oiseaux ont bien entamé leur journée, les singes finissent la leur.

Je repasse devant « l’arbre femme » avant d’aller plus loin, au fond du lac, là où il se nourrit de sources limpides. Ces sources sont directement issues de l’aquifère le plus grand au monde. L’eau est à un Ph de 3,8 : très acide et donc peu riche en micro-organismes, d’où la quasi absence d’insectes en général et de moustiques en particulier. Cet endroit est un marais à l’eau claire, où les oiseaux ne se nourrissant que de poissons sont presque tous des échassiers ou des martins pêcheurs. Une belle ribambelle de couleurs, blancs, jaunes, verts, rouges. Les  « arbres femmes » ici sont légions. On dirait qu’ils dansent au dessus de l’eau. Pierre, le guide suisse qui habite ici depuis  25 ans et verse dans le chamanisme et les plantes hallucinogènes arrive avec son canot. Il vient de pagayer deux heures pour rentrer de chez un ami, dont le fils, né il y a deux ans dans le lac, fêtait hier soir son anniversaire. Pierre m’explique que chaque arbre de cette forêt enchantée représente un personnage, et que lorsque les chamanes viennent pour une cérémonie autour du cercle de sable, ils invoquent chacun d’entre eux. Il y a le chef, sa femme, sa jeune maîtresse, ses enfants. Lorsque les chefs arrivent, ils cueillent trois feuille d’un certain arbre, avant de venir d’asseoir autour du feu et boire « ayahuaska » la tisane faîte avec une liane magique, celle dont le pouvoir hallucilogène (avec nos mots) ou d’intermédiation vers une autre réalité, permet de ressentir la nature dans toute son intensité. Pierre en a peut-être abusé mais il est proche de cette nature, de cette réalité brute qui nous échappe, de l’énergie brute des singes hurleurs que j’entendais l’autre nuit. Sans entrer dans les rituels, je ressens que je me rapproche de la nature pendant ce voyage, car j’avais « vu » l’arbre femme, et senti que quelque chose de fort se passait ici. Tout comme j’ai attiré le singe Chika l’autre semaine à côté d’Arcos alors qu’elle n’approchait personne d’autre à part son maître. C’est presque malgré moi.

La forêt magique apparaît et dispparaît au gré des saisons : l’eau recouvre l’arbre dans sa quasi-totalité pendant la saison des pluies puis laisse apparaître ces êtres à la morphologie humaine, ces « Ents » plus vrais que dans le Seigneur des Anneaux. J’embrasse les arbres et les prend en photo, avant d’apprendre le lendemain qu’ils sont sacrés et qu’il est donc préférable de ne pas les photographier, et de découvrir trois jours après que toutes les photos sont surexposées, mauvaises, ou ne reflètent pas du tout la force de l’endroit. Le souvenir lui est intact, fort, profond même. Ces forêts sont des sources d’énergie inépuisables, des sources d’inspiration, de vie, des passerelles vers l’essentiel. NICOLAS

 

 

Au sommet des arbres

Mardi, août 26th, 2008

Depuis quelques semaines, nous rêvons de l’accrobranche pour une occasion super : l’anniversaire de Donatella…Lever 7 h, nous partons à Rawdon pour cette aventure. Nous avons eu des bracelets de niveaux : rouge (facile) vert (intermédiaire) jaune (difficile) et bleu (extrême).Nous commençons par le parcours facile parce qu’en Corse –notre point de comparaison- ce n’est pas pareil. Nous arrivons dans les arbres. Avec Marie et Maman,nous partons pour un parcours difficile : la corde à Tarzan… Nous montons sur une plate forme et nous nous élançons chacune à notre tour dans le filet. Je n’ai pas réussi à m’accrocher au filet et je suis retournée en arrière. Un guide m’a redonné de l’élans et une fois qu’on était dans le filet nous retournons à terre. Le plus difficile pour Papa et Maman sont les jeux où tu marches sur un câble. Pour la première fois, j’ai même dû aider Maman pour la tyrolienne. Pas facile !!! Maman et Antonia se suivaient et Donatella devant.Nous avons tous fait des câble,des tyrolienne, des troncs de bois, des arraignées…Avec Marie, j’ai même fait du roulli-roullant (skate) dans les arbres .Antonia faisait des tyrolienne de 20m. Même pas peur !!!Donatella faisait ça toute seule. Même Marthe qui n’avait pas l’âge de faire cette aventure est monté sur des rondins de bois et dans des tuyaux.

L’anniversaire aurait dû se passer à New York, mais heureusement il s’est passé au Canada dans les arbres.

ARIANE

Projet de forêt modèle et école chez les Indiens Montagnais

Mardi, juillet 22nd, 2008

 

Visite de la forêt modèle du Lac St Jean avec Claude Marceau, ami de longue date (40 ans ! -il m’a connu quand j’apprenais à faire du vélo). Claude travaille pour Emploi Québec (l’ANPE québecquoise) et monte des dossiers de soutien à la création ou au maintien de l’emploi grâce au financement de formations.

Il pleut, vente, tonne. Nous sommes sur le plateau de la Réserve Faunique Jacques Cartier, au nord de Québec. A la faveur d’une éclaircie, je demande à Claude de quitter la route principale (et unique). Histoire de nous dégourdir les jambes et de vérifier par moi-même ce que dit « l’Erreur Boréale », le film de Richard Desjardins sur les coupes rases généralisées, qui sont ensuite mal ou non régénérées. C’est ce film, après une balade mémorable en forêt avec mon père, qui m’a décidé en 2005 à passer à l’action et à fonder Kinomé. Un pèlerinage donc ! Et malheureusement mon petit sondage symbolique est sans appel : les coupes rases s’étendent à perte de vue et  la régénération naturelle (pratiquée à 80%) se fait…mais très lentement, au milieu des andins (tas) de rémanents aux allures de Verdun, et de façon anarchique : quelques résineux là, que du bouleau et du tremble ailleurs, presque rien encore ailleurs. Rien d’économiquement re-exploitables avant des générations , et encore… (more…)

Perchées sur les arbres

Samedi, avril 26th, 2008

Donatella en hauteur dans les feuilles
Les beaux jours arrivent… accompagnés d’envie de pic-nic, de verdure et de balade à 7. Tant que nous avons la voiture, nous en profitons, avant de devoir affronter les trains, bus ou autres moyens de locomotion moins intimes.
30 kms à l’est et nous voilà prêts de notre cueillette favorite : les fraises ne sont pas encore rouges. De toute façon, le but de la sortie est la au contact de l\'écorceforêt. Nicolas est ravi de son imposante rangée de séquoias (je sens qu’il va me falloir apprendre l’orthographe des noms d’arbres); Ariane profite de ses talky-walkies; Marie et Donatella font leur première bronzette de la saison avant le Brésil, La Nouvelle Zélande et l’Australie; Marthe et Antonia jouent dans les hautes herbes et admirent 2 biches qui traversent magiquement l’allée. Je profite de l’instant présent, du courage de mes filles à grimper en haut des arbres et de leur bien être à coller leur…

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