Vallée de la lune

Dimanche, décembre 21st, 2008

Nous n’avons pas le goût des tours organisés, surtout lorsqu’il s’agit d’un circuit “entrée de gamme” que tout routard fraîchement débarqué à San Pedro de Atacama se doit d’effectuer. A une époque, nous aurions choisi l’option vélo en solitaires; embourgeoisés et chargés de famille, nous prenons un taxi pour découvrir la Vallée de la lune en dehors des horaires des agences touristiques. Roches et sable, avec des dunes balayées par le vent. Notre dernière expérience désertique remonte aux trois jours passés en bus, entre Urumqui et Kashgar, en 1990. La chaleur s’est dissipée, le froid prend la relève dès que le soleil disparaît derrière des falaises ocre. L’hostilité du lieu est forte, entre le vent qui fait pleurer Marthe, le sable qui s’infiltre dans le tout nouveau poncho d’Antonia et les roches qui ont ouvert le genou de Donatella pour la 3ème fois en une semaine. Et pourtout la magie du désert opère, loin des bruits humains et des lumières de la ville. Je comprends qu’il soit facile de passer plusieurs semaines, à marcher en silence dans le désert…mais je ne suis pas certaine que ce programme soit plébicité par nos enfants pour de prochaines vacances.

Une chorale pour remplir le c(h)oeur

Samedi, décembre 20th, 2008

Nous étions 15 ce soir (dont nous 7) au début de la messe anticipée du dernier dimanche de l’Avent. L’église de San Pedro de Atacama fièrement plantée depuis 4 siècles sur la place d’un village devenu par ailleurs repère de touristes, aurait mérité mieux. Et Jésus, à quelques jours de son anniversaire aussi.

Au milieu de la messe, un groupe de jeunes un peu patauds, tatoués, « piercés » et peu attendus en pareil lieu débarque. Le curé, dodu et loquace, les fait passer devant et leur dit de s’installer tout en s’avançant devant eux et en continuant son homélie un peu longuette, surtout pour nous qui n’en captons pas toutes les subtilités.  Il parle de foi, de persévérance et d’espérance .

Un vieux Monsieur cravaté installe un pupitre dans le chœur et un clavier bon marché. Le curé poursuit, s’adressant à l’une puis à l’autre de ses paroissiennes. Il commence par apostropher Martha, une imposante matrone, dont Marthe, devant ses parents et ses soeurs interloqués ira serrer la main chaleureusement au moment de la paix du Christ, « car il y a deux Marthe dans l’église » !!

Et puis tout d’un coup, pour la prière universelle, deux belles voix se font entendre. Puis 6 ou 8 pour la prière eucharistique. Une douzaine pour le Notre Père, vingt pour la Communion ! Et enfin un solo alto magnifique pour un Ave Maria de toute beauté. Ce sont les bergers et les Mages en même temps qui arrivent pour adorer Jésus. Modestement, à l’endroit et de la façon les plus inattendus, mais dans une très belle action de grâce et de foi. Une messe de Noël avant l’heure. Un beau cadeau à Jésus et à nous avant Noël !

Les geysers du Tatio

Vendredi, décembre 19th, 2008

 Avec Maman, je me suis levée à 4 heures du matin pour aller voir les geysers. La route était très mauvaise et nous sommes montés très vite en altitude ( de 2300 m à San Pedro à 4300 m d’altitude). Quand nous sommes arrivés en haut, il faisait -5°. J’avais 3 pulls, un k-way, un bonnet et des gants et j’avais encore froid. Quand nous sommes arrivés, les geysers fumaient juste. Au fur et à mesure, ils faisaient plus de bulles et il y avait de plus en plus de fumée. La fumée puait et était toxique. Il y a 70 geysers , tous actifs, au Tatio: c’est le plus grand champ géothermique d’Amérique du Sud. C’est en Islande qu’on trouve le plus de geysers. Face à nous se trouvait le volcan Tatio qui culmine à plus de 5000 mètres et dont l’activitée se perçoit, non pas au sommet par des fumées  mais sous le sol par un réchauffement d’une rivière froide par le magma. Ce phénomène se traduit par la sortie, à travers les fissures du sol d’eau bouillante qui sort a 85°(en raison de l’altitude élevée l’eau bout à 85° et non pas à 100° comme au bord de la mer). Les excursions se déroulent tôt le matin quand l’air ambiant est froid afin que la buée d’eau soit bien visible: au fur et a mesure que la température extérieure s’élève, la visibilité des geysers diminue. Au bord de certains trous, il y a des tâches de couleur orange, marron et vert: ce sont des bactéries qui peuvent vivre à plus de 50° et certaines à plus de 80°. La taille des trous varie, avec une ou plusieurs « bouches ». Quand le soleil s’est levé, vers 7h30, on avait quasiment chaud. Nous sommes alors allés dans un therme. Il y avait des courants chauds à 40° et des courants plus froid. Nous sommes repartis en voiture et sur la route, nous avons vu: des nandous, beaucoup de lamas et vigognes, un petit animal entre l’écureuil et le lapin, des flamands roses andins. Nous nous sommes arrêtés dans un petit village nommé Machuca. Ce village compte 37 personnes et comme les hommes et les étudiants vont à la ville, dans la journée, il ne reste que 7 personnes dans le village. Toutes les maisons ont une croix en laine de lama de différentes couleurs sur leurs toits. Nous avons mangé une excellente brochette de lama.  ARIANE

 

 

 

DD comme Dieu et Darwin

Jeudi, décembre 18th, 2008

Le DD est à la mode, entendez Développement Durable : réconciliation des enjeux

économiques, sociaux et environnementaux . Ou comment s’adapter à son environnement sans sacrifier les générations à venir.

J’ai toujours pensé que pour faire du DD, il suffisait d’observer la Nature et de l’imiter au plus proche, mais ici dans le désert d’Atacama, j’ai trouvé un exemple imparable avec les flamands roses et de leur écosystème.

Imaginez plutôt. Vous êtes dans le désert le plus sec du monde, à plus de 2000 mètres d’altitude, chaleur accablante le jour, gel la nuit, vent incessant, montagnes de toutes parts, pas ou très peu de vie, que du caillou et des volcans à l’horizon. Un désert de sel, les roches volcaniques des cônes frontalier entre Chili, Argentine et Bolivie ayant produit toutes sortes de scories et de roches minérales qui réapparaissent ici, à leur pied, sous forme de croûte salée, iodée, phosphorée…

Et puis tout d’un coup, une étendue d’eau hyper salée et un groupe de flamands roses majestueux, qui passent patiemment au peigne fin la lagune avec leur bec sabot. Celui-ci ne peut pas s’ouvrir de plus de 5 millimètres mais cela suffit pour y emprisonner de petits crustacés, les artemias, qui avec le temps leur donnent cette belle couleur rose orangée. Les artemias eux-mêmes arrivent à survivre dans cette eau saumâtre en se nourrissant d’une petite algue vert noir, et en ayant développé avec le temps deux modes de reproduction : ils sont vivipares (mettent au monde des petits qui prennent directement le  large) et en pondant des sortes de kystes, qui contiennent une larve capable d’attendre jusqu’à vingt ans pour déclencher son développement ; le temps qu’un peu plus d’eau, un peu plus d’oxygène et un peu moins de métaux lourds rendent l’environnement plus propice. Trois espèces de flamands roses : andins, chiliens et de  James se sont développés avec le temps, tous résidents, monogames et incroyablement beaux, surtout quand ils volent. Comme Darwin l’a expliqué dans sa théorie de l’évolution, ces oiseaux se sont adaptés admirablement à un environnement franchement hostile. Dieu les a créés bien sûr, mais les a de surcroît faits merveilleusement élégants alors que la beauté ne semblait pas être le facteur N°1 pour la survie… Comme quoi beauté et efficacité ne sont pas incompatibles, pas plus que science et spiritualité, ni que développement et durabilité. D’ailleurs, le désert d’Atacama se porte très bien économiquement, lui qui contient 40% des réserves de lithium du monde et produit la matière première des piles de la plupart des appareils photo et téléphones portables. Le petit village de Socaire, qui domine le Salar à 3500m d’altitude en sait quelque chose : grâce aux dons de l’entreprise extractrice, qui doit aussi mettre dans son rapport Développement Durable qu’elle protège les flamands,  ce hameau jouit d’une école et d’un magnifique gymnase pour … 18 élèves…ainsi que d’une magnifique petite église restaurée en pierre volcanique et charpente de « bois » de cactus.

Plus près des étoiles

Mercredi, décembre 17th, 2008

Nous sommes dans le désert d’Atacama. Il est neuf heures du soir. Il fait nuit noire, car la lune ne sortira que vers deux heures du matin. Pourtant, pour une fois, les trois grandes qui m’accompagnent n’ont pas un instant peur du noir… peut-être tout simplement car ce n’est pas le noir. Comme à l’Ile de Pâques, il y a un milliard d’étoiles qui éclairent le ciel. Presque jusqu’à l’horizon (à l’Ile de Pâques c’était totalement le cas, ce que je n’avais jamais vu de ma vie).

Alain Maury, l’astronome français qui nous accueille nous expliquera qu’en fait nous pouvons en voir environ trois mille à l’œil nu dans chaque hémisphère, avec une partie commune aux deux hémisphères. Mais nous pouvons en sentir beaucoup plus au dessus de nous. Elles brillent, bougent, forment des figures géométriques, ou pas, se nomment et se prénomment, bref elles vivent à l’évidence. Surtout, sans les lumières de la ville, elles se sont subitement rapprochées et comme imposées à nous, comme une diapo qui se chauffe et se tort pour apparaître tout d’un coup parfaitement nette alors qu’elle était floue auparavant. Les étoiles vont vers nous et nous invitent à les regarder, comme le monde sous-marin quand on plonge ou les insectes quand on veut bien s’intéresser à eux. Mais cette fois c’est encore plus fort ; nous nous en sentons tout d’un coup proches. La certitude s’impose progressivement au cours de la soirée, sans que jamais le sujet ne soit évoqué, que nous faisons partie du même grand corps de vie. (more…)

Une crèche avec cactus et lamas

Mardi, décembre 16th, 2008
Toconao toujours, côté village maintenant après la découverte de son canyon et des vergers. Les maisons sont construites dans une pierre volcanique blanche –la liparite- qui a d’excellentes qualités d’isolation thermique. Même matériau pour le campanile, qui fait face à l’église construite en 1750, dont le toit est en bois de cactus.

En ces jours d’avent, le cactus est partout puisqu’il a aussi envahi la crèche. Flamands roses en coquillages côtoient les traditionnels moutons dans un décor typiquement andin, où les vigognes ne dépareilleraient pas. Il est clair devant cette scène que Dieu s’est incarné pour tous et donc particulièrement pour cette petite communauté de Toconao. Dieu universel qui aime chacun d’entre nous, comme s’il était né dans chacun de nos villages, dans chacune de nos familles.

Pendant que nous photographions l’intérieur de l’église, une trentaine d’enfants y entrent avec une sœur. Une communauté, nommée « Jésus Verbe et Victime » me semble-t-il, fondée par un prêtre allemand installé au Pérou pendant la seconde moitié du XXème siècle, a en charge cette paroisse. Et nous voilà en train de chanter « Je vous salue Marie » en français après avoir écouté leurs chants de Noël ! La sœur aimerait que nous restions plus mais notre répertoire est court et surtout le bus ne nous attendra pas.

 
 

 

 

 

 

 

Le pouvoir de l’eau

Mardi, décembre 16th, 2008

L’eau coule en plein air dans les rues étroites et poussiéreuses de San Pedro d’Atacama, dans les rigoles d’irrigation qui parcourent l’oasis. Marthe aime y tremper les pieds, même avec ses sandalettes (merci Armelle) car elles sèchent en quelques instants par  35° à l’ombre. Pour une première découverte du désert, nous avons choisi le plus aride du monde….Les touristes s’intéressent peu à l’eau : ils sont venus faire de la planche sur les dunes de sable, admirer les paysages lunaires de la vallée de la mort, se baigner dans les thermes au bord des geysers, découvrir les lagunes et les villages altiplanos. Une fois que Nicolas nous aura rejoint, je compte aussi profiter des beautés naturelles de la région mais aujourd’hui, circuit atypique. J’emmène les enfants au village de Toconao, à 40kms par bus de San Pedro, dans une gorge où il est si facile de découvrir le miracle de l’eau. Pierres, rocs, poussières pendant près d’une heure puis un village sans ombre, où le soleil est écrasant quand nous y arrivons en début d’après-midi. Après les maisons, le sable revient puis une tâche verte. Un chemin étroit passe entre des murets de pierre qui entourent les vergers : abricotiers, figuiers, pruniers. Aucune branche ne dépasse pour que nous puissions grappiller un fruit mais la simple fraîcheur du lieu est revigorante. Nous sommes seules dans ce labyrinthe aux douces teintes vertes, nous repérant à la musique de l’eau pour trouver la rivière. Les enfants comptaient se baigner…j’avais sans doute un peu forcé le trait pour les motiver à marcher dans la fournaise ! Marie propose une course de bateaux végétaux : excellente solution pour poursuivre notre promenade, les pieds au frais. Je chantonne du Brel mais « les pieds dans le ruisseau » ne sont pas sur la liste des chansons du MP3. Les vergers nous entourent, longés par les canaux d’irrigation mais vite surplombés par la rocaille. Quelques images : les touches de verts variés qui adoucissent l’ocre et le gris des minéraux, la hauteur des queues de renard et des plantes qui bordent l’eau et quelques sensations : l’eau dans la casquette qui coule dans le cou, le plaisir de voir son bateau suivre le cours de la rivière, le calme du chant de l’eau. Une leçon grandeur nature qui poursuit celle de Myriam Masson il y a 5 ou 6 ans à l’école Mot, quand Ariane était rentrée en disant : comme je suis éco-citoyenne, je ferme le robinet quand je me lave les dents. Depuis ce temps-là, toute  la famille a eu à cœur d’économiser l’eau et j’ai remarqué que nos filles n’avaient aucune difficulté à intégrer les gestes qui permettent de ne pas trop consommer d’or blanc. Bon entraînement pour Atacama, où les hôtels demandent à leurs clients de prendre des douches courtes et de ne pas laver leur linge. D’ailleurs, Mario chez qui nous logeons pour une semaine, explique qu’il préfère de loin la clientèle européenne aux Brésiliens qui prennent trois longues douches par jour…..