Premières impressions indiennes : désespoir ou espérance ?

Jeudi, février 5th, 2009

Trop de monde, beaucoup trop de monde ! Il y en a partout, à toute heure ou presque. La dame de la réception ne me disait-elle pas tout à l’heure : « à partir de 16 heures, c’est rush hour, jusqu’à minuit car c’est samedi. Et demain dimanche toute la journée à partir de 11 heures ce sera rush hour ». Sans parler de la semaine. Chaque matin , des milliers de personnes se rassemblent dès 6 heures devant l’hôtel face à la gare de West Khar, en quête d’un très éventuel travail pour la journée. Les trains qui passent sous nos fenêtres sont de véritables grappes humaines, les gens sortant de partout. Il y a du monde partout, beaucoup trop de monde ! 

La poussière est partout, des feuilles des rares arbres aux toits des maisons. Une poussière rouge, lourde, qui pénètre partout, jusque dans les corps. Les ordures sont partout, dans la rue, sur les toits des maisons, sur les voies du train… les corbeaux et les chiffonniers n’arrivent pas à endiguer la montée des ordures. L’eau est rare, souillée, nauséabonde le plus souvent. Les rivières sont depuis longtemps devenues cloaques, privées de vie si ce ne sont les gens qui viennent malgré tout s’y « laver ». Le bruit est partout, des rickshaws aux marchants ambulants en passant par d’énormes camions roulant à tombeau ouvert dans les rues, totalement oublieux des milliers de personnes qui les entourent.

La pauvreté est partout. La grande majorité des gens de la rue n’ont pas de travail, beaucoup ne savent pas ce qu’ils mangeront ce soir, et où ils dormiront. Lorsqu’ enfin la ville se calme un peu vers 2 heures du matin (j’ai pu le voir en allant chercher Sybille à l’aéroport ), elle change de visage. Tout paraît  rangé pour 3 ou 4 heures, calme, endormi. A bien y regarder, on distingue des centaines de petits paquets soigneusement rangés sous les ponts, devant les magasins, dans les rues, sur les trottoirs. Dans chaque paquet, une femme ou un homme dort, abruti de fatigue par une journée de travail ou d’errance. Les rues sont jonchées de crottes humaines, avant qu’elles ne soient nettoyées quelques heures plus tard lorsque la ville se réveille.

La ville s’étend à n’en plus finir, et partout on découvre plus de gens, plus de poussière, d’ordures, plus de bruit, plus de pauvreté. Fourmilière ou vision apocalyptique selon les endroits et le moral de l’observateur. Vision prémonitoire aussi des grandes villes de demain, avec leurs dizaines de millions d’habitants attirés par les lumières d’un modernisme bien théorique si on le mesure à la qualité de vie de ses habitants. Vision de désespoir si on rajoute les probables effets du réchauffement climatique : comme la grande majorité des grandes villes du monde, Mumbai est au niveau de la mer et ne possède que très peu de marge de manoeuvre en cas de montée des eaux. Ici tout est saturé, « au taquet ». Pas de place pour l’imprévu. C’est d’abord cela la pauvreté. (more…)

Mumbaï-Goa en 15 heures de bus

Lundi, février 2nd, 2009

Trois regards différents sur notre première aventure en bus de nuit …..

 

Une aventure comme vous n’en verrez plus en Occident ! 

 

 

 

 

 

 

SYBILLE : Déjà la perspective de rester 15 heures dans un bus sans sortir est toute excitante, et un peu effrayante. N’y aura-t-il vraiment pas de pause technique? Le chauffeur nous rassure, il fera 2 pauses de 20 minutes. Rassurés? Nous ne le serons de moins en moins au fur et à mesure de la route, des coups de volant, de klaxonne, qui rythment notre sommeil. Un souvenir inoubliable de la 2ème pause à 3h du mat : je me réveille au moment où le chauffeur remet le contact, signe qu’il va repartir, et je me précipite vers la sortie avec Donatella. Il fait chaud, et l’humidité très forte se condense et forme un brouillard épais. Mes yeux s’ouvrent avec peine pour chercher les « Ladies Toilet ». Heureusement, Donatella est plus réveillée que moi. Nous revenons en courant au bus, moites d’humidité, prêtes à reprendre les montagnes russes où nous les avions laissées ! 

 

ARIANE  : Maman nous a stressés pour ne pas louper le bus de nuit mais ça fait  20 minutes que nous attendons à regarder les bidonvilles où les enfants sortent dehors pour faire pipi ou caca  pendant que deux chèvres sont en train de se disputer pour manger une couche. Quand nous nous sommes aperçues qu’il n’y avait pas de toilette dans le bus, nous sommes sorties dehors et nous avons fait pipi dehors devant tout le monde. C’était quasiment mieux que Tur-Bus au Chili. Ce n’était pas des sièges mais des petits lits doubles. Nous étions à côté de personnes qui parlaient français, qui buvaient du whisky, qui fumaient et disaient que des gros mots. BONJOUR L’EXEMPLE  et dire que papa dormait avec une de ces personnes. Il y avait pleins de cafards. J’ai assez bien dormi car il ne faisait pas trop chaud ni trop froid mais le chauffeur a conduit comme une vache. Il n’y avait que des zigzags et nous n’avions pas de ceintures. Le chauffeur avait dit qu’il y aurait une pause pipi a 9 heures mais elle s’est passé à 3 heures du matin.

 

NICOLAS : Cinq points sur une nuit inoubliable :

-l’attente et le départ en bas d’un échangeur d’autoroute suspendue, dans un bidonville, devant les tas d’immondices où les enfants viennent se soulager devant nous. Aux antipodes de l’organisation des gares routières chiliennes ou brésiliennes

-les deux bonnes heures de klaxonnades, fumées et puanteurs, tours de passe-passe  entre camions, rickshaws, vaches, vendeurs ambulants dans une banlieue interminable (surtout minable), où les gens sont partout en grappes vivantes, à la recherche de travail ou de nourriture ; un peu comme des morts vivants à la tombée de la nuit.

-à l’intérieur, sur un autre registre, le même spectacle de fin du monde : nous sommes entourés de routards délabrés par l’alcool et la drogue, en partance pour les grandes « fêtes » de Goa. Quelles fêtes ?

-toute la nuit, mille et un virages serrés font crisser les pneus du bus, gronder voire geindre le moteur… et visiblement vibrer de plaisir le conducteur. Cafards, odeurs corporelles, fumées incessantes  de pétards, crasse deviennent bien secondaires. La seule chose qui compte est d’arriver entiers.

 

 

-arrivée comme le départ, dans un une rue sans gare ni quai ni poinçonneur …nous descendons, le bus part dans un nuage de poussière, la rue est redevenue grouillante de monde. Je nous compte, puis les bagages. Ouf, nous sommes tous là et les bagages aussi ! Entiers !
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Attendre le bus à Mumbaï

Dimanche, février 1st, 2009

Des bus de nuit, nous en avons déjà attendus : au Brésil, inquiets et groupés autour de nos bagages pour éviter un éventuel larcin et au Chili, déjà bien habitués, cherchant tranquillement des empanadas bien fraîches et nous demandant quels films nous pourrions voir pendant les 15 ou 25 heures de route qui s’annonçaient. En Inde, c’est évidemment une première pour nous qui avons débarqué il y a moins de 48 heures. Prudents et lourdement chargés, nous avons réservé auprès de la réceptionniste de notre hôtel, qui parle bien anglais (elle nous comprend et nous la comprenons !) des taxis pour nous emmener à la gare routière. Grand bien nous en a pris car il n’y a pas de gare en tant que tel : juste une esplanade coincée entre un pont autoroutier et un bidonville, bordée de gravas et détritus, où sont garées deux bus rouillés dont le toit est couvert de ballots. Il est cinq heures de l’après-midi, la chaleur est encore fatigante, nous sortons de notre douche mais nous sentons déjà sales à cause de la poussière et des odeurs. Les deux petites sont affalées sur notre amas de sacs, les plus grandes se demandent si les gamins qui font mine de conduire un rickshaw vont le démarrer et foncer vers elles. C’est étonnant, il n’y a aucun étranger de visible alors que Goa, notre destination, est touristique. Les enfants du bidonville jouent à se pourchasser, entrant et sortant de baraques en tôle. Des fillettes se servent de la rue comme de toilettes, au milieu des chiens et des chèvres : il n’y a même pas un caniveau pour dégager les excréments. Les hommes urinent le long du pont routier, bientôt ce sont deux de nos filles qui s’allègent la vessie car le bus est finalement arrivé mais il n’y a pas de WC à l’intérieur. Bonne nouvelle : un gros autocollant marqué Jésus orne l’avant et l’arrière du véhicule. Nos sacs sont chargés dans la soute : partie de plaisir pour les adjoints du chauffeur par rapport aux immenses sacs en toile synthétique qu’il leur faut hisser puis arrimer sur des grilles en haut du toit. Deux hommes tirent les bagages volumineux  dont le contenu semble particulièrement lourd pendant qu’un troisième larron pousse avec sa tête ! Le bus démarre avec près d’une heure de retard. Un garçonnet tout de rouge vêtu qui donne l’impression de sortir de sa douche nous suit pendant plusieurs minutes à pied, agitant sa main vers Marthe qui lui envoie des baisers par la fenêtre grand ouverte. Et si le coup de foudre existait ?

Nos 7 premières phrases en Inde

Vendredi, janvier 30th, 2009

L’Inde :  nous y sommes enfin, après avoir beaucoup fréquenté le service des visas indiens à Sydney. D’ailleurs, quand nous avons obtenu nos laisser passer à la fin de l’ultime visite, la veille de notre départ, Marthe s’est exclamée en sortant de l’ascenseur : « ça y est, on est en Inde ». Elle avait presque raison : le plus gros du voyage était fait. Ne restait plus que 13 heures de vol avant d’atterrir à Mumbaï.

Suivent nos 7 premières phrases, dans les quelques heures qui ont suivi notre arrivée :

-          « Regardez, ils ont tous des chemisiers tout propres » : super un pays où le modèle vestimentaire tee-shirt/ jean/tennis n’a pas envahi les rues.

-          « Ils sont très beaux » : cri du cœur d’Ariane dès l’aéroport

-          « Dis, Papa, de quel côté on roule en Inde ? » : pas facile à comprendre puisqu’il y a des véhicules partout, roulant dans tous les sens, klaxonnant à qui mieux mieux

-          « Maman, viens tuer le cafard » : à notre arrivée dans notre hôtel de catégorie dite internationale, sans doute le premier d’une longue série

-          « J’aime l’écriture » : bien sûr, de notre artiste Donatella.

-          « On peut monter dans un taxi à l’ancienne ? » : pas possible de s’entasser à 7 avec nos bagages dans un des 40.000 taxi noirs genre 404 qui circulent à Bombay mais ce n’est que partie remise.

-          « Ils ont les yeux abîmés » : une constatation semblable à celle que nous avions faite, à une moindre échelle, au Brésil. Idem pour les dents, noires et cariées, même chez les enfants.