Le foyer Saint Jean pour enfants dans le besoin : de 5h. à 22h30

Mardi, mars 31st, 2009

Le foyer Saint Jean pour enfants dans le soin sert aussi à accueillir les familles de voyageurs sans logement fixe, mais avec des horaires et un régime alimentaire distincts !

Commençons par la nourriture : matin, midi et soir, les cent soixante enfants reçoivent une assiettée de riz, agrémenté de soupe de lentilles et légumes, qu’ils mangent sur le terre-plein de terre qui précède leurs chambrées. J’espère que les bananiers que chaque membre de notre famille a plantés, en souvenir de notre passage, pourra rapidement leur procurer de l’ombre car le soleil est déjà haut quand le petit déjeuner est servi à 8h30.

Précédant ce premier repas de la journée, plus de trois heures d’activité : prière, yoga, lecture, travaux communs, lavage du linge et toilettes. De quoi arriver en classe bien réveillé !

Après l’école, le rythme est toujours soutenu avec les devoirs jusqu’au dîner, puis le chapelet et la prière. Je me demande quand ces enfants, âgés de 8 à 20 ans, orphelins pour beaucoup, s’arrêtent de travailler. Ils sont à l’image de ce pays où la vie semble en perpétuel mouvement, où le sommeil se compterait plus en minutes qu’en heures –quitte à se rattraper avec une petite sieste dans son rickshaw, derrière un bureau ou à même le trottoir-. Travailler pour échapper à la misère, portés par des slogans sur les murs (mon préféré est : Low aim is a crime, dû au rédacteur intouchable de la constitution indienne, le docteur Ambedkar), des portraits (Jésus à côté de Che Guevara….), l’énergie infatigable du père Suresh et l’exemple des « promotions précédentes qui s’en sont sortis.

La vie n’est pas luxueuse au Foyer, entre l’eau qui n’est pas très courante, sauf quand elle est pompée manuellement à cent mètres des bâtiments, l’électricité qui est coupée plusieurs fois par jour et les douches qui sont à l’extérieur. Mais c’est le moyen pour ces jeunes d’avoir accès au logement et à l’éducation malgré leur condition sociale et économique. Autre point positif : les plans du foyer ont été réalisés sur la base des demandes exprimées par ses utilisateurs, grâce à un concours de dessin et une liste de souhaits. Un bel exemple de démocratie participative, qui évite un beau projet imaginé derrière un bureau, dans une ville ou à l’étranger, qui se révèle à l’usage irréalisable ou éloigné des besoins véritables.

J’oubliais un point important sur le foyer Saint Jean, particulièrement pour les anciens CM2 de l’école Jeanne d’Arc de Fontenay sous Bois : une partie de la peinture des murs est due au travail de Nicolas Freixedelo et de son association APSID, comme Marie nous le rappelait régulièrement !

 

Changement climatique : le drame aujourd’hui

Vendredi, mars 6th, 2009

Le changement climatique, ce n’est pas pour demain, c’est maintenant et c’est déjà dramatique!

Voilà peut-être l’une des expériences les plus fortes et des conclusions les plus alarmantes de notre voyage. Le changement climatique n’est pas seulement une menace pour les générations futures, mais c’est déjà une réalité pour les générations présentes, qui change en profondeur la vie quotidienne de millions de gens , dans l’ignorance du plus grand nombre…

Trois exemples concrets vécus ces derniers jours en attestent :

-La forêt des Ghats Occidentaux, terrain d’inspiration du livre de la Jungle de Kipling et paradis des maharadjas chasseurs de tigres s’étend sur plusieurs centaines de km2, à cheval sur les états du Karnataka, du Kerala et du Tamil Nadu. Forêt pluvieuse tropicale, elle était jusqu’à il y a dix ans environ toujours verte, luxuriante, bref l’archétype de la forêt tropicale, connue pour ses éléphants, ses tigres et ses léopards. Aujourd’hui, les arbres perdent leurs feuilles presque six mois de l’année, faute de pluie et d’humidité, les incendies se multiplient, l’érosion gagne, les tigres ne sont plus que dizaines et les éléphants ne se comptent que par centaines. On sent bien en entendant les feuilles crisser sous les pieds que ce bruit n’est pas normal, que la forêt est malade. Les animaux ont fui ou sont morts pour car il n’y pas d’autre endroit pour eux. Les hommes eux aussi commencent à souffrir sensiblement. Leurs plantations de café ne reçoivent plus les pluies nécessaires avant et après la floraison, ou lorsqu’elle les reçoivent c’est de façon anarchique et disproportionnée, alors que tout était réglé comme du papier à musique jusqu’alors (averses deux semaines avant la floraison -de petites fleurs blanches délicates au parfum suave de jasmin-, averses légères deux semaines après, puis grand soleil sec jusqu’à la mousson permettant la récolte, le séchage et la torréfaction du café dans de bonnes conditions). Les rendements sont en chute, et sont devenus aléatoires. Idem pour les épices (cardamome, clou de girofle, poivre noir, cannelle…). Triste forêt malade… (more…)

Eau…stralie

Mercredi, janvier 28th, 2009

Sydney est un peu le paradis sur terre : site de port naturel probablement le plus beau du monde (avec Hong Kong mais avec la dimension humaine et la nature en plus- les voiliers sont toujours là, les parcs aussi), ville riche et accueillante, diversité ethnique, immense jardin botanique gratuit, plages mythiques, Opéra (les filles sont même allées au cirque à l’opéra de Sydney-elles sont gâtées !!)…Tout est facile et agréable, accessible et plutôt bon marché (moins cher que le Brésil par exemple)…

Pourtant, une ressource essentielle risque de manquer très rapidement, qui ferait s’écrouler le château de cartes: l’eau. La ville croît à grande vitesse, s’étend de plus en plus au nord et au sud, coincée entre l’océan et les montagnes bleues. Or les infrastructures liées à l’eau n’ont pas évolué depuis 30 ans : pas de nouveaux barrages, pas de nouvelles usines de retraitement. Le climat lui a évolué et les 3 années successives de sécheresse du début du siècle ont considérablement fait baisser les réserves et mis en lumière la vulnérabilité de la ville.

A Melbourne, la situation est bien pire. La ville croît encore plus vite, et surtout n’a plus de barrière verte comme les Blue Mountains pour arrêter les nuages et retenir l’eau dans le sol.. Les vents violents (plus de 120km/h), tempêtes de poussières et incendies de banlieue dont nous avons été témoins lors de notre passage sont de mauvaise augure, tout comme le survol de la baie que j’ai fait en route pour la Tasmanie : tout est jaune, pelé, sans arbres, et les gens s’approvisionnent déjà tous avec des citernes. La seule réponse apportée par le gouvernement est une usine géante de désalinisation, qui fera marcher l’économie locale mais endettera encore un peu plus l’Etat et  ne règlera pas les problèmes de fond : la dégradation de l’environnement et la mauvaise gestion de la ressource.

Rivières asséchées car ensablées (les pentes dénudées ne retiennent plus l’eau, et les pluies ravinent, emportant le fragile et précieux sol vers la mer), élevage dévastateur car surintensif, restrictions pour les particuliers mais pas pour les entreprises (pas un seul des motels où nous sommes allés n’avait sacrifié sa piscine ou ne serait-ce que réduit sa consommation d’eau), pertes en lignes colossales (près de la moitié de l’eau n’arrive jamais au robinet)….la liste est longue.

Pour revenir à Sydney, le niveau du barrage qui approvisionne une bonne partie de la ville est cette année à 60% car les pluies de printemps ont été abondantes, mais il n’y a aucune marge de sécurité en cas de retour de la sécheresse.

Alors quelques initiatives surgissent souvent locales et privées. C’est l’une d’entre elles que nous avons décidé de soutenir et de démultiplier dans le cadre du projet « Plant for the Planet » initié par les hôtels Accor avec l’aide de Kinomé. Le principe en est très simple : depuis plus de 20 ans dans le monde entier et en particulier  en Australie, pays de sécheresse, les clients des hôtels sont invités à réutiliser leurs serviettes de bain lorsqu’ils passent plus d’une nuit dans un hôtel. Seulement voilà : au-delà de la bonne intention, dans la pratique les serviettes sont souvent changées quoiqu’il arrive, et lorsqu’elles ne le sont pas les clients ont l’impression d’avoir surtout amélioré la rentabilité de l’hôtel…

Le programme « Plant for the Planet » qui reprend le nom d’une initiative du PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement) est simple : il propose aux hôtels de réinvestir 50% des économies de lavage des serviettes dans la replantation d’arbres, et ce dans 7 forêts phares de 7 régions du monde : Brésil, Sénégal, Thaïlande, Indonésie, Roumanie, USA, et Australie. En Australie, il s’agit de replanter les berges de la rivière Wollondilly dans une immense exploitation agricole (ovins et bovins) à 100 km au sud de Sydney. L’érosion due au surpâturage a abîmé les berges de la rivière qui s’ensable, se pollue et perd petit à petit sa biodiversité (kangourous, wombats, ornithorynques, perroquets…). En clôturant les berges et les ravins, en contrôlant strictement l’accès à l’eau des bêtes, et en replantant les berges d’essences locales (eucalyptus, pins, arbustes et herbes natives), l’eau de la rivière retrouve en quelques années sa qualité et sa quantité. Dans cette ferme de 7000 ha (7 km de long sur 10km de large !) appartenant à l’université de Sydney qui l’a reçue en legs, nous pouvons établir un cas d’école qui montre qu’avec relativement peu de moyens, la nature peut vite reprendre ses droits et surtout ses services ! Concrètement, il s’agira de clôturer 11km de rivière, de replanter entre 100 et 150  ha dans un premier temps, soit 300 000 arbres environ  grâce aux 200 hôtels d’Australie, Nouvelle Zélande, et Polynésie Française et à leurs clients.

Un programme similaire est en route dans l’état de Minas Gerais au Brésil avec l’ONG Nordesta (voir épisodes précédents du blog !). NICOLAS

Le pouvoir de l’eau

Mardi, décembre 16th, 2008

L’eau coule en plein air dans les rues étroites et poussiéreuses de San Pedro d’Atacama, dans les rigoles d’irrigation qui parcourent l’oasis. Marthe aime y tremper les pieds, même avec ses sandalettes (merci Armelle) car elles sèchent en quelques instants par  35° à l’ombre. Pour une première découverte du désert, nous avons choisi le plus aride du monde….Les touristes s’intéressent peu à l’eau : ils sont venus faire de la planche sur les dunes de sable, admirer les paysages lunaires de la vallée de la mort, se baigner dans les thermes au bord des geysers, découvrir les lagunes et les villages altiplanos. Une fois que Nicolas nous aura rejoint, je compte aussi profiter des beautés naturelles de la région mais aujourd’hui, circuit atypique. J’emmène les enfants au village de Toconao, à 40kms par bus de San Pedro, dans une gorge où il est si facile de découvrir le miracle de l’eau. Pierres, rocs, poussières pendant près d’une heure puis un village sans ombre, où le soleil est écrasant quand nous y arrivons en début d’après-midi. Après les maisons, le sable revient puis une tâche verte. Un chemin étroit passe entre des murets de pierre qui entourent les vergers : abricotiers, figuiers, pruniers. Aucune branche ne dépasse pour que nous puissions grappiller un fruit mais la simple fraîcheur du lieu est revigorante. Nous sommes seules dans ce labyrinthe aux douces teintes vertes, nous repérant à la musique de l’eau pour trouver la rivière. Les enfants comptaient se baigner…j’avais sans doute un peu forcé le trait pour les motiver à marcher dans la fournaise ! Marie propose une course de bateaux végétaux : excellente solution pour poursuivre notre promenade, les pieds au frais. Je chantonne du Brel mais « les pieds dans le ruisseau » ne sont pas sur la liste des chansons du MP3. Les vergers nous entourent, longés par les canaux d’irrigation mais vite surplombés par la rocaille. Quelques images : les touches de verts variés qui adoucissent l’ocre et le gris des minéraux, la hauteur des queues de renard et des plantes qui bordent l’eau et quelques sensations : l’eau dans la casquette qui coule dans le cou, le plaisir de voir son bateau suivre le cours de la rivière, le calme du chant de l’eau. Une leçon grandeur nature qui poursuit celle de Myriam Masson il y a 5 ou 6 ans à l’école Mot, quand Ariane était rentrée en disant : comme je suis éco-citoyenne, je ferme le robinet quand je me lave les dents. Depuis ce temps-là, toute  la famille a eu à cœur d’économiser l’eau et j’ai remarqué que nos filles n’avaient aucune difficulté à intégrer les gestes qui permettent de ne pas trop consommer d’or blanc. Bon entraînement pour Atacama, où les hôtels demandent à leurs clients de prendre des douches courtes et de ne pas laver leur linge. D’ailleurs, Mario chez qui nous logeons pour une semaine, explique qu’il préfère de loin la clientèle européenne aux Brésiliens qui prennent trois longues douches par jour…..