Les “momos” en Inde

Dimanche, avril 5th, 2009

Notre séjour en Inde tire à sa fin : unanimement, nous sentons que ce pays va bien vite nous manquer, qu’il nous a marqués comme aucun autre jusque là. Contents bien sûr de quitter la chaleur et les moustiques pour quelques jours d’agrément à Hong Kong et au Japon -notre patrie d’adoption- mais déjà en manque de sourires, de rencontres d’une minute ou d’une semaine, de bruits de klaxons, de vaches nonchalantes, de saris aux couleurs du printemps, de goûts épicés, de chauffeurs de bus adaptes de Mario, de thé sucré au lait et à la cardamone, de levers matinaux pour pratiquer yoga ou gym, d’odeurs nauséabondes, de questions répétititves, de colliers de fleurs dans les cheveux tressés et de bindis.

 En guise d’au revoir à ce pays, nos momos dans des situations typiquement indiennes… mais aussi comme lien avec Hong Kong, où nous partons retrouver Julian, le parrain d’Antonia et notre pourvoyeur en petits ours plastifiés de Shanghaï. 

Ni Deneuve ni Delon

Mardi, février 10th, 2009

Nous devions prendre le train à Hopset, la ville ferroviaire la plus importante aux environs d’Hampi. Le chauffeur de notre jeep propose de nous emmener à une autre gare, pour que nous ayons plus de temps pour le transbordement de nos bagages. C’est un catholique, avec une croix en or  dont il est très fier : nous suivons son conseil. A quelle gare sommes nous, je n’en ai aucune idée, il n’y a aucune inscription en anglais. A priori, les trains circulent puisqu’il y a quelques milliers de personnes de chaque côté des deux rails ou sur les rails tout simplement. Nicolas cherche le chef de gare pour savoir où attendre sur le quai afin que nous montions directement dans le wagon où nos places sont réservées. Bon réflexe pour le TGV ou le Thalys …. nous nous rendrons compte une heure plus tard que notre train est sans réservations ! A peine installés sur le quai, une foule d’environ deux personnes nous entoure. Imaginez une poussette au centre d’un cercle, dix sacs à dos autour, quatre enfants et trois adultes blancs, armés de leurs lunettes de soleil et casquette, transpirant en plein soleil sans le moindre souffle de vent et ces centaines d’yeux braqués. Au Japon, en 1984, nous étions dévisagés aussi mais les gens nous adressaient la parole, nous comparant rapidement à Deneuve et Delon (qui rigole en douce ?).  Ici, pas un mot n’est échangé. A intervalles réguliers, Nicolas demande que l’étau se desserre mais l’instant plus tard, il s’est reformé imperceptiblement. Les filles commencent à se lasser de cette pression. Au bout d’une demi-heure, le train arrive. Bousculades, empoignades : la stratégie de montée que nous avions élaborée tombe à l’eau, notre chauffeur prend peur devant la foule et hésite à monter dans le wagon, craignant de ne plus pouvoir redescendre. Nous hésitons à monter mais nous avons une connexion avec un train de nuit. En fait, nous n’arrivons pas à imaginer comment nous pourrons simplement grimper les marches alors que le wagon est plein comme un œuf. Et pourtant le miracle s’accomplit : dix minutes plus tard, tous les paquets ont été hissés à bord, les filles sont perchées en hauteur sur les grilles porte bagages et tous les adultes sont assis. Incroyable.

New look & new friends in India !

Lundi, février 9th, 2009
Nous sommes en Inde depuis une dizaine de jours et bizarrement très à l’aise. Nos inquiétudes étaient assez fortes avant de poser le pied sur le sous continent indien; cette seule expression évoquant pour moi la foule et ses éventuels mouvements incontrôlés, la promiscuité, la saleté, la pauvreté et ses inégalités.

Ces impressions, nous les avons eues à une échelle réduite, fortement tempérée par notre condition privilégiée de riches Européens. Mais les sentiments dominants sont bien différents de nos appréhensions premières : gentillesse, politesse, propreté vestimentaire, respect de l’autre, partage. Et nous nous sentons donc comme des poissons dans l’eau même si nous ne comprenons pas grand-chose à ce qui se passe autour de nous : alphabet illisible, mentalités inconnues, communication corporelle difficile à décrypter (que signifie donc ce dodelinement de la tête que je n’arrive pas à imiter ?), religion complexe. Nous nous laissons porter et tout se passe bien. Nos looks évoluent et nos voisins de photos aussi.
 

 

 

Les joues de Marthe

Dimanche, février 8th, 2009

Les joues de Marthe et d’Antonia sont frottées, briquées, lavées chaque soir à grande eau. Car tous les jours, où que nous allions, ces pauvres joues sont aux mains des Indiens. Le rituel est toujours le même : un homme ou une femme s’approche de la poussette, pince et tourne la joue des petites et s’embrasse la main. Voilà qui remplace le baiser parait-il. Je dois dire que j’admire la patience avec laquelle Marthe et Antonia supportent cette manière de faire, sans oublier les séances photos dans les bras d’inconnus, les éternelles questions « What is your name, baby ? » et les mains qu’il leur faut serrer. Marthe commence d’ailleurs, dans sa poussette, à ressembler à Jean Paul II dans sa papamobile ou la reine d’Angleterre dans son carrosse, agitant la main en souriant à la foule.

La chute du pont d’Anagundi

Dimanche, février 8th, 2009

Anagundi est le village occidental le plus proche d’ Hampi. Plus calme, moins touristique, plus vieux et plus verdoyant. En ce troisième jour de villégiature dans la cité millénaire aux mille temples, je décide d’aller voir Anagundi et y convie les plus grandes ainsi que Sybille.

Nous marchons une bonne heure sous le soleil écrasant avant d’arriver au pont qui mène au village. Et là consternation : le pont n’est pas fini. Etrangement, des ouvriers femmes sont en train de construire un mur devant le pont, qui va en interdire l’accès. Très vite nous nous rendons compte qu’en fait le pont s’est écroulé. Un conducteur de rickshaw qui nous a repérés vient nous expliquer le drame : le pont a toujours été objet de polémique entre les villageois, partisans du ferry (une petite barque à moteur où seuls piétons et motos peuvent monter) et les autorités provinciales partisanes du « développement économique ». Il y a un mois, après 15 ans de travail, au moment d’assembler le dernier élément du pont suspendu, le pilier principal du pont s’est soudain écroulé, en pleine journée et sans charge, entraînant avec lui un quarantaine d’ouvriers dans la rivière. Vingt-huit sont morts, dont la moitié disparus et jamais retrouvés. La rivière fait 50 mètres de profondeur à cet endroit, d’où le pont suspendu plutôt que classique ; les anciens du village disent qu’il y a aurait un temple sous-marin à l’endroit où a été érigé le pilier défectueux (personne n’a été vérifier) et que les dieux en colère seraient responsables de l’accident ainsi que de la non réapparition des corps. Le conducteur de rickshaw rajoute que le pont a fait l’objet de très longues et sombres tractations avant sa construction et que le gouverneur corrompu de la province aurait « mangé » une bonne partie de l’argent alloué au projet avant de choisir une petite entreprise locale qui n’aurait pas eu les moyens techniques de réaliser le projet. Personne ne saura jamais le fin mot de l’histoire, même si une enquête gouvernementale est en route (elle durera probablement plus longtemps que la construction du pont). Ce qui est sûr est que 28 personnes sont mortes et de nombreuses années de dur travail perdues,  que la traversée de la rivière, même en bateau est à présent interdite, que le paysage est abîmé pour toujours … tout cela pour un pont dont la moitié de la population de voulait pas et qui aurait amené camions, pollution et accidents… alors que le petit ferry qui officie en amont fonctionne très bien. Orgueil et appât du gain une fois de plus à l’origine d’un immense gâchis. NICOLAS

Une arrivee ordinaire

Vendredi, février 6th, 2009

6 février, arrivée à Hampi, où comment la famille Métro-Savelli voyage…

 

Nous sommes arrivés à Hampi après une deuxième transhumance en bus de nuit. Le jour du départ, les filles ont bouclé leur sac avec une rapidité qui témoigne de 7 mois d’entraînement.

 

Nous descendons donc, fraîchement réveillés, encore un peu secoués des chaos de la route. Il fait déjà très chaud, bien qu’il ne soit que 9 h du matin. Le ferry que nous devons emprunter pour rejoindre notre guest house est à 1,5km. Nous décidons de les parcourir à pied. Les grandes ne se le font pas répéter 2 fois, elles prennent leurs sacs à dos, le gros derrière et le petit devant, et nous avançons de tâche d’ombre en tâche d’ombre, entourés d’une nuée d’enfants qui tendent la main pour recevoir de la nourriture ou de l’argent, ou qui veulent simplement connaître nos prénoms. Marthe a pris place dans sa poussette. Nicolas et Laure sont chargés comme des éléphants. Nous remuons un nuage de poussière et formons la nouvelle attraction de « Hampi Bazard »!

 

Pour parvenir à notre nouveau gîte, nous mettrons un certain temps, et j’ai vraiment été épatée du punch de Laure et Nicolas pour avancer, et du courage des filles.  J’ai pu mesurer à ce moment combien le voyage avait fait grandir chacune des MADAM, tant en autonomie qu’en endurance physique. Famille de baroudeurs! SYBILLE

Attendre le bus à Mumbaï

Dimanche, février 1st, 2009

Des bus de nuit, nous en avons déjà attendus : au Brésil, inquiets et groupés autour de nos bagages pour éviter un éventuel larcin et au Chili, déjà bien habitués, cherchant tranquillement des empanadas bien fraîches et nous demandant quels films nous pourrions voir pendant les 15 ou 25 heures de route qui s’annonçaient. En Inde, c’est évidemment une première pour nous qui avons débarqué il y a moins de 48 heures. Prudents et lourdement chargés, nous avons réservé auprès de la réceptionniste de notre hôtel, qui parle bien anglais (elle nous comprend et nous la comprenons !) des taxis pour nous emmener à la gare routière. Grand bien nous en a pris car il n’y a pas de gare en tant que tel : juste une esplanade coincée entre un pont autoroutier et un bidonville, bordée de gravas et détritus, où sont garées deux bus rouillés dont le toit est couvert de ballots. Il est cinq heures de l’après-midi, la chaleur est encore fatigante, nous sortons de notre douche mais nous sentons déjà sales à cause de la poussière et des odeurs. Les deux petites sont affalées sur notre amas de sacs, les plus grandes se demandent si les gamins qui font mine de conduire un rickshaw vont le démarrer et foncer vers elles. C’est étonnant, il n’y a aucun étranger de visible alors que Goa, notre destination, est touristique. Les enfants du bidonville jouent à se pourchasser, entrant et sortant de baraques en tôle. Des fillettes se servent de la rue comme de toilettes, au milieu des chiens et des chèvres : il n’y a même pas un caniveau pour dégager les excréments. Les hommes urinent le long du pont routier, bientôt ce sont deux de nos filles qui s’allègent la vessie car le bus est finalement arrivé mais il n’y a pas de WC à l’intérieur. Bonne nouvelle : un gros autocollant marqué Jésus orne l’avant et l’arrière du véhicule. Nos sacs sont chargés dans la soute : partie de plaisir pour les adjoints du chauffeur par rapport aux immenses sacs en toile synthétique qu’il leur faut hisser puis arrimer sur des grilles en haut du toit. Deux hommes tirent les bagages volumineux  dont le contenu semble particulièrement lourd pendant qu’un troisième larron pousse avec sa tête ! Le bus démarre avec près d’une heure de retard. Un garçonnet tout de rouge vêtu qui donne l’impression de sortir de sa douche nous suit pendant plusieurs minutes à pied, agitant sa main vers Marthe qui lui envoie des baisers par la fenêtre grand ouverte. Et si le coup de foudre existait ?

Nos 7 premières phrases en Inde

Vendredi, janvier 30th, 2009

L’Inde :  nous y sommes enfin, après avoir beaucoup fréquenté le service des visas indiens à Sydney. D’ailleurs, quand nous avons obtenu nos laisser passer à la fin de l’ultime visite, la veille de notre départ, Marthe s’est exclamée en sortant de l’ascenseur : « ça y est, on est en Inde ». Elle avait presque raison : le plus gros du voyage était fait. Ne restait plus que 13 heures de vol avant d’atterrir à Mumbaï.

Suivent nos 7 premières phrases, dans les quelques heures qui ont suivi notre arrivée :

-          « Regardez, ils ont tous des chemisiers tout propres » : super un pays où le modèle vestimentaire tee-shirt/ jean/tennis n’a pas envahi les rues.

-          « Ils sont très beaux » : cri du cœur d’Ariane dès l’aéroport

-          « Dis, Papa, de quel côté on roule en Inde ? » : pas facile à comprendre puisqu’il y a des véhicules partout, roulant dans tous les sens, klaxonnant à qui mieux mieux

-          « Maman, viens tuer le cafard » : à notre arrivée dans notre hôtel de catégorie dite internationale, sans doute le premier d’une longue série

-          « J’aime l’écriture » : bien sûr, de notre artiste Donatella.

-          « On peut monter dans un taxi à l’ancienne ? » : pas possible de s’entasser à 7 avec nos bagages dans un des 40.000 taxi noirs genre 404 qui circulent à Bombay mais ce n’est que partie remise.

-          « Ils ont les yeux abîmés » : une constatation semblable à celle que nous avions faite, à une moindre échelle, au Brésil. Idem pour les dents, noires et cariées, même chez les enfants.