Les pousse-pousse d’Antsirabe

Mercredi, juillet 8th, 2009

Nous nous préparions pour visiter Antsirabe : dès que nous sommes sortis de la maison de retraite (qui n’accueillent plus que six personnes âgées et sert donc d’hôtel) nous avons été abordés par de nombreux pousse-pousse.
Notre première destination était le marché aux pierres précieuses, dont Antsirabe est la capitale malgache. Il y avait de nombreux marchands, très contents de nous voir car il n’y a plus un Vasa (étranger) depuis les évènements politiques du début de l’année : tous essayaient qu’on leur achète au moins un souvenir. Entre le bois fossilisé, les rubis, les grenats, les amazonites, les citrines, le cristal…nous avions des choix de trésors. Des dames faisaient pitié avec leurs enfants à essayer de vendre des colliers en haricots et en graines, histoire de ne pas avoir trop faim. A la fin de nos achats, nous nous sommes rendus vers le marché pour leur offrir à chacune un kilo de riz : elles étaient tellement heureuses ! Ce marché était d’une grande pauvreté, beaucoup de gens habillés de chiffons mendiaient.
La vie est de plus en plus dure pour les villageois : leur seul moyen de revenus –les Vasas- ne sont plus là et le prix du riz augmente malgré une bonne récolte cette année alors que les Malgaches sont les plus gros consommateurs au monde de riz. En plus de tout cela, des centaines de personnes ont perdu leur travail quand les usines de l’ancien président ont fermé.
Pour revenir sur les pousse-pousse, ils nous ont suivi pendant plus d’une heure, en nous donnant leur nom –Gaston, Pascal, Jean-Paul- pour que l’on se souvienne d’eux. Finalement, même si nous avons le mini-bus pour nous dix, nous avons pris un pousse-pousse pour aller manger. Il y en a plus de quatre mille à Antisrabe et nous avons vu trois étrangers en plus de nous. Chaque jour, le conducteur, qui tire pieds nus son pousse-pousse en courant, doit donner trois mille ariarys à son propriétaire. Comme une grande course coûte deux mille ariarys pour un Vasa et que le kilo de riz est à mille ariarys, les chauffeurs ne peuvent pas nourrir leur famille à leur faim. BARBARA et MARIE.

Comment gérer le luxe à Morondave ?

Vendredi, juillet 3rd, 2009

Promenade sur la grève au coucher de soleil, plongeons dans la piscine déserte de l’hôtel, cuisine raffinée, bungalows en palissandre luxueux : et dire que Perrine et moi avions annoncé aux enfants que Madagascar était pauvre, très pauvre. Les épicuriens profiteraient de cette aubaine -l’hôtel haut de gamme de la région à un prix réduit en raison de l’absence de touristes-, pour ma part, les sentiments de décalage et de gêne dominent. Comment se laisser dorloter dans notre resort quand la ville de Morondave semble tout droit sortie d’un cyclone, avec des habitations éventrées le long de la mer, des toilettes publiques sur la plage, une absence complète de restaurants ou commerçants qui feraient un pont entre la population locale et les touristes. Ce malaise nous poursuit quand nous descendons de notre minibus privé pour découvrir des gamins aux shorts troués, qui n’ont pas le moindre souvenir ou la moindre boisson à vendre aux rares visiteurs. Trop de différence peut conduire à l’indifférence mais nous ne sommes pas encore assez anciens dans l’île pour être habitués ou anesthésiés.

La décharge de Phnom Penh, Papy et Mamy et P.S.E.

Samedi, mai 9th, 2009

Aujourd’hui, j’ai dix ans et demi. Généralement, nous fêtons les demi anniversaires mais cette fois, Maman a oublié. Pourtant, j’ai eu un cadeau différent de d’habitude….

Lorsque nous logions chez Vincent et Fanette, j’ai feuilleté un livre de photos publié par « Enfants du Mékong » où j’ai vu des enfants de la décharge de Phnom Penh. J’ai proposé à Maman d’y aller mais elle considérait que ce serait trop dur pour nous. Par contre, elle voulait bien essayer de rendre visite à l’orphelinat créé par les Pallières pour accueillir et éduquer les enfants sortant de la décharge. Je crois que Maman avait aussi envie de s’y rendre car elle avait lu le livre écrit par cette famille, après leur tour du monde avec quatre enfants réalisé en 1976. J’ai relevé l’adresse sur Internet et nous voilà tous les neuf répartis en deux touk-touks à chercher le restaurant ouvert par P.S.E (Pour un Sourire d’Enfants), l’association fondée par les Pallières. Nous n’avons pas pris de petit-déjeuner pour joindre l’utile à l’agréable en avalant, je l’espère, des croissants faits par les apprentis. Nous quittons les grandes artères de la capitale pour nous enfoncer dans un dédale de ruelles en terre battue. Il y a des sacs plastiques partout. Des travaux nous obligent à faire demi-tour. Les chauffeurs demandent régulièrement et nous arrivons enfin à un bâtiment que ressemble à une école. C’est tout petit : ce n’est pas ce que nous cherchons. Nous repartons et je montre à Maman au bout de la rue la décharge : sans le vouloir, nous y sommes arrivés. Papa accepte de descendre du touk-touk pour que j’y aille. C’est carrément pauvre. Nous voyons plusieurs enfants, de quatre à douze ans, qui reviennent avec un gros sac de détritus. Ils pourront sans doute revendre quelque chose. Nous n’avons qu’une petite partie de la décharge car elle est faite de monticules de déchets et nous ne pouvions pas monter sur la première « colline ». Cette décharge s’étend sur plusieurs kilomètres. Il parait que des enfants meurent écrasés par des camions poubelle ou intoxiqués par des fumées de plastique. Nous avons vu un des camions repartir vidse mais ils viennent plus tôt le matin. C’est vraiment très sale et pauvre.

Nous avons enfin trouvé le restaurant mais c’est fermé car c’est un jour férié cambodgien. La chance nous sourit tout de même puisque le responsable de la formation de P.S.E. arrive alors que nous discutons avec le garde et accepte de nous présenter le projet pendant dix minutes : finalement cela durera une heure. P.S.E a démarré en 1996 avec cinquante enfants dont les conditions de extrêmement dures avaient touché le cœur de Christian et Marie-France des Pallières, dits Papy et Mamy. Douze ans plus tard, six mille quatre cents enfants sont accueillis, dont deux mille cinq cents en formation professionnelle pour ceux qui ont entre seize et vingt ans. Selon leur niveau d’étude et leurs compétences intellectuelles, les jeunes sont orientés vers des cursus différents, plus ou moins longs. Mécanicien, assistante de maison, personnel d’hôtellerie, secrétaire, gestionnaire et même études universitaires pour soixante d’entre eux. Pour trouver du travail aux élèves sans difficulté, deux méthodes sont utilisées : faire venir des professionnels d’un métier pour qu’ils vérifient que la formation répond bien aux besoins des entreprises et faire pratiquer aux jeunes leur futur métier dans l’hôtel, le restaurant, la boulangerie et même l’entreprise fictive qui existent sur le site de P.S.E. Pour mettre au point ce programme de formation, le responsable –qui parle bien français heureusement- est aidé par Dominique Xardel que Manou connaît bien et qui était le directeur de l’ESSEC quand Papa et Maman y étaient ! Cinq cent cinquante personnes travaillent ici, dont deux Français ! Le roi du Cambodge a accordé aux Pallières la nationalité de son pays : c’est très rare.

ARIANE à quatre mains 

 

Le Japon en hiraganas: A à O

Vendredi, avril 10th, 2009

Pour profiter de notre court séjour à Tokyo -quoique rallongé de cinq jours en cours de route- j’avais décidé de ne rien écrire sur le Japon. De toute façon, que dire après sept ans passés dans l’archipel et treize ans d’absence ? J’ai été rattrapée par les commentaires des enfants, les beaux moments de retrouvailles et les changements constatés. Et j’ai été heureuse que, contrairement à Hong Kong, nous n’ayons eu aucun regret d’être revenus au Japon et que nos filles aussi aient apprécié ce temps.

Alors voici quelques anecdotes sur ce que nous avons vécu et aimé, classé par alphabet hiragana. Que les puristes m’excusent, j’ai oublié l’ordre (les cours de Kuwae-sensei sont bien loin) et certaines lettres …

A rigatoo (merci) : L’un des mots de base de la langue japonaise que les MADAM, quel que soit leur âge, ont appris en quelques heures et emploient à bon escient. Nous sommes heureux des centaines d’heures passées à répéter les phrases des ouvrages de Kuwae-sensei : à peine arrivés, le vocabulaire revient comme par magie et la signification des kanjis par la même occasion (à tout le moins, ceux que nous avions appris !). En constatant la rapidité avec laquelle nos filles se mettent au japonais, je me demande comment nous pourrions faire pour qu’elles puissent être initiées jeunes aux langues étrangères.

I é (maison) : J’avais prévu de prendre une photo d’Espérance 7 devant notre ancienne maison de Hiroo mais les grues étaient passées avant nous et notre immeuble de trois étages est passé à huit ou neuf, croissance proportionnelle à celle de notre famille… Quant à notre petite maison en bois de Komazawa, nous n’avons même pas cherché à la retrouver, de peur d’être confrontés à des “mansions” en béton.

U rusai (bruyant) : Le qualificatif le plus approprié pour nos filles, qui se font remarquer par leurs chants, leurs cavalcades, leurs disputes et tout simplement leur nombre dans les transports en commun et dans la rue. Je passe donc mes journées à les reprendre pour qu’elles rentrent dans le rang et passent quasiment inaperçues…. Cependant, je n’envie en rien les quelques écoliers que nous avons aperçus, uniforme et cartable sur le dos, un peu trop silencieux à mon goût pour des enfants.

E mmaüs : Le souvenir d’un prêche de l’abbé Pierre dans notre paroisse tokyoïte en 1993 et surtout la présence de soeur Hatsuki, religieuse MEP rencontrée il y a vingt ans, nous ont poussé à lui rendre visite dans le centre Emmaüs d’Ogikubo. C’est l’occasion pour nous de découvrir sa vocation : révoltée très jeune contre la pauvreté et l’injustice des années de guerre et d’après guerre, consciente de l’espérance qui l’animait grâce à sa foi en Jésus et désireuse de la faire partager à un plus grand nombre de Japonais, cherchant à vivre pour et avec les pauvres; la Providence met sur son chemin un Français qui souhaite apprendre le Japonais car il est envoyé par l’abbé Pierre pour ouvir des foyers. C’était en 1 967 ! En plus de quarante ans, la situation économique du pays a drastiquement changé mais la pauvreté revient depuis l’éclatement de la bulle, amplifiée maintenant par la dissension des liens familiaux et de voisinage. La mission de soeur Atsuki n’est donc pas plus facile : elle est aidée dans sa tâche essentiellement par des Francophones, trieuses ou organisatrices d’ateliers (du sumie à la fabrication de fromage blanc et foie gras). Elle est plus que jamais un modèle pour le Japon actuel à travers les deux missions d’Emmaüs : vivre en communauté, chacun apportant ses compétences et recycler.

O nigiris (boule de riz entourée d’une algue séchée et fourrée) : notre premier et dernier plat au Japon, que nous avons dégusté à toute heure de la journée, avec une prédilection pour le goût “okaka” (en hiragana sur le film protecteur) ! Ce sont aussi des onigiris que nous distribuions aux SDF dans le parc et la gare de Ueno tous les jeudis soirs. Notre ami Christophe de Pous le fait maintenant le jeudi à 4h du matin à Shibuya : la rangée de pauvres s’est juste allongée.

Bernard, coeur XXXL

Samedi, mars 28th, 2009

Sybille s’est lancée dans la lecture d’une biographie de Mère Teresa et grâce à ses récits, nous découvrons l’appel que la future Indienne a entendu pour se mettre au service des plus pauvres en vivant près d’eux. Je ne sais rien de l’appel reçu par Bernard, seule la biographie de ses parents ayant été écrite pour le moment. Mais les instants passés en sa compagnie sont éclairants : moi qui ne suis pas sure de bien comprendre les béatitudes, je commence à entrevoir la signification de « pauvre de cœur ». Coucher sur une natte à même le ciment près de Delip pour le veiller quand il se réveille plusieurs fois par heure. Faire un compliment à Sophia sur son sari alors qu’elle a les bras boursouflés par une allergie inconnue. Recevoir une sœur qui est partie de la communauté avec perte et fracas il y a quelques mois. Mettre de la crème fouettée sur le nez des enfants pour voir leur visage s’éclairer. Partir en moto ou à pied en apostolat quand il fait 35° à l’ombre, mais les routes ne sont pas ombragées. Manger trois fois par jour du riz ou des pâtes : c’est Carême tous les jours au Jardin, surtout quand les plats se vident plus vite que prévu. Accompagner ces jeunes et moins jeunes dans leur cheminement et leur vie communautaire. Nous accueillir avec simplicité et générosité, en prenant du temps pour nous donner de découvrir ce pays. Accepter de n’avoir « que » huit enfants. Garder assez d’énergie malgré la chaleur, l’administration, l’usure induite par les différences de culture pour ouvrir un centre de soins palliatifs. Avoir l’humilité de faire appel à d’autres organisations catholiques (Fidesco et les MEP). Accepter de ne pas comprendre –ou si peu- les Indiens tout en faisant l’effort d’apprendre et de parler leur langue. Faire tout gratuitement dans les villages et avec les gitans. Etre laïc consacré dans ce pays où les prêtres ont l’air de profiter de leur statut. Et rayonner en évoquant les visites menées aux Philippines, à ceux qui habitent sous les ponts, au dessus de l’eau.
« Heureux ceux qui ont une âme de pauvre, car le Royaume des Cieux est à eux. »

Points Coeur de nouveau : quelle joie

Lundi, mars 16th, 2009

De nouveau un Points Cœur : c’est la joie et l’excitation. La fazenda a été un lieu marquant pour nous tous : vie de pauvreté pour moi, vie de partage et de service pour les filles. Nous portons régulièrement dans la prière les enfants et les volontaires rencontrés et les expressions « Cuidado Dandan » et « Para Tété » émaillent nos jeux. Marie a été marquée par la gaieté d’une soirée passée à raconter des blagues en anglo-portugo-français avec sœur Myriam, Dora et Edison, elle porte la croix que ce dernier lui a confiée quand nous avons quitté Salvador. Ariane raconte toujours avec fierté comment elle a aidé Hélène à faire des pizzas …et sans doute à les manger ! Donatella garde en elle la préparation de la messe avec Caroline.

L’après-midi à Valparaiso a aussi été bon moment de jeux et de rencontres, avec des témoignages de jeunes porteurs d’espérance. Tous ces souvenirs sont si vivants en nous que je suis un peu inquiète sur notre adaptation au jardin. Généralement, nous arrivons dans un nouveau lieu sans aucune idée préconçue, toujours prêts à découvrir et rencontrer. Situation différente aujourd’hui : j’espère que les filles ne se lanceront pas dans des comparaisons Fazenda vs Jardin et que nous repartirons avec une galerie de portraits noir-blanc ou indien-français.

Changement climatique : le drame aujourd’hui

Vendredi, mars 6th, 2009

Le changement climatique, ce n’est pas pour demain, c’est maintenant et c’est déjà dramatique!

Voilà peut-être l’une des expériences les plus fortes et des conclusions les plus alarmantes de notre voyage. Le changement climatique n’est pas seulement une menace pour les générations futures, mais c’est déjà une réalité pour les générations présentes, qui change en profondeur la vie quotidienne de millions de gens , dans l’ignorance du plus grand nombre…

Trois exemples concrets vécus ces derniers jours en attestent :

-La forêt des Ghats Occidentaux, terrain d’inspiration du livre de la Jungle de Kipling et paradis des maharadjas chasseurs de tigres s’étend sur plusieurs centaines de km2, à cheval sur les états du Karnataka, du Kerala et du Tamil Nadu. Forêt pluvieuse tropicale, elle était jusqu’à il y a dix ans environ toujours verte, luxuriante, bref l’archétype de la forêt tropicale, connue pour ses éléphants, ses tigres et ses léopards. Aujourd’hui, les arbres perdent leurs feuilles presque six mois de l’année, faute de pluie et d’humidité, les incendies se multiplient, l’érosion gagne, les tigres ne sont plus que dizaines et les éléphants ne se comptent que par centaines. On sent bien en entendant les feuilles crisser sous les pieds que ce bruit n’est pas normal, que la forêt est malade. Les animaux ont fui ou sont morts pour car il n’y pas d’autre endroit pour eux. Les hommes eux aussi commencent à souffrir sensiblement. Leurs plantations de café ne reçoivent plus les pluies nécessaires avant et après la floraison, ou lorsqu’elle les reçoivent c’est de façon anarchique et disproportionnée, alors que tout était réglé comme du papier à musique jusqu’alors (averses deux semaines avant la floraison -de petites fleurs blanches délicates au parfum suave de jasmin-, averses légères deux semaines après, puis grand soleil sec jusqu’à la mousson permettant la récolte, le séchage et la torréfaction du café dans de bonnes conditions). Les rendements sont en chute, et sont devenus aléatoires. Idem pour les épices (cardamome, clou de girofle, poivre noir, cannelle…). Triste forêt malade… (more…)

Tour de poussette à l’école de Hampi

Samedi, février 7th, 2009

En allant au bazar de Hampi, nous sommes passés devant une petite école primaire de village. Maman veut toujours que nous passions dire bonjour car ça fait toujours plaisir. Les petits garçons qui étaient en récréation jouaient tous à la toupie avec une ficelle qu’ils tiraient. Maman a essayé mais sans succès alors que papa y arrivait très bien en faisant rire les écoliers. Pendant ce temps les petites filles disaient toutes en même temps à Donatella et à Sybille « What is you name ? ». Les autres seuls mots qu’elles connaissaient étaient « chocolate », « chewim-gum », « school pen », et « one roupie please ».

Au moment où je sortais un stylo de ma poche, une main me l’arrache et part en courant avec. Je me retourne pour voir qui me l’a pris et voit Maman qui fait faire un tour de poussette à une petite écolière en uniforme, les autres enfants courant à côté et derrière pour avoir leur tour de fête foraine gratuit. Soudain leur institutrice  les appelle mais quelques filles,  pour obtenir un caillou, une carte de Père Noël, un bracelet ou quelques perles restent avec nous…J’ai remarqué que la plupart des enfants pauvres partagent toujours. Quand on donne à un petit mendiant un gâteau, il donne en premier à son petit frère. MARIE

Premières impressions indiennes : désespoir ou espérance ?

Jeudi, février 5th, 2009

Trop de monde, beaucoup trop de monde ! Il y en a partout, à toute heure ou presque. La dame de la réception ne me disait-elle pas tout à l’heure : « à partir de 16 heures, c’est rush hour, jusqu’à minuit car c’est samedi. Et demain dimanche toute la journée à partir de 11 heures ce sera rush hour ». Sans parler de la semaine. Chaque matin , des milliers de personnes se rassemblent dès 6 heures devant l’hôtel face à la gare de West Khar, en quête d’un très éventuel travail pour la journée. Les trains qui passent sous nos fenêtres sont de véritables grappes humaines, les gens sortant de partout. Il y a du monde partout, beaucoup trop de monde ! 

La poussière est partout, des feuilles des rares arbres aux toits des maisons. Une poussière rouge, lourde, qui pénètre partout, jusque dans les corps. Les ordures sont partout, dans la rue, sur les toits des maisons, sur les voies du train… les corbeaux et les chiffonniers n’arrivent pas à endiguer la montée des ordures. L’eau est rare, souillée, nauséabonde le plus souvent. Les rivières sont depuis longtemps devenues cloaques, privées de vie si ce ne sont les gens qui viennent malgré tout s’y « laver ». Le bruit est partout, des rickshaws aux marchants ambulants en passant par d’énormes camions roulant à tombeau ouvert dans les rues, totalement oublieux des milliers de personnes qui les entourent.

La pauvreté est partout. La grande majorité des gens de la rue n’ont pas de travail, beaucoup ne savent pas ce qu’ils mangeront ce soir, et où ils dormiront. Lorsqu’ enfin la ville se calme un peu vers 2 heures du matin (j’ai pu le voir en allant chercher Sybille à l’aéroport ), elle change de visage. Tout paraît  rangé pour 3 ou 4 heures, calme, endormi. A bien y regarder, on distingue des centaines de petits paquets soigneusement rangés sous les ponts, devant les magasins, dans les rues, sur les trottoirs. Dans chaque paquet, une femme ou un homme dort, abruti de fatigue par une journée de travail ou d’errance. Les rues sont jonchées de crottes humaines, avant qu’elles ne soient nettoyées quelques heures plus tard lorsque la ville se réveille.

La ville s’étend à n’en plus finir, et partout on découvre plus de gens, plus de poussière, d’ordures, plus de bruit, plus de pauvreté. Fourmilière ou vision apocalyptique selon les endroits et le moral de l’observateur. Vision prémonitoire aussi des grandes villes de demain, avec leurs dizaines de millions d’habitants attirés par les lumières d’un modernisme bien théorique si on le mesure à la qualité de vie de ses habitants. Vision de désespoir si on rajoute les probables effets du réchauffement climatique : comme la grande majorité des grandes villes du monde, Mumbai est au niveau de la mer et ne possède que très peu de marge de manoeuvre en cas de montée des eaux. Ici tout est saturé, « au taquet ». Pas de place pour l’imprévu. C’est d’abord cela la pauvreté. (more…)

Incroyable dignité des Indiens

Mercredi, février 4th, 2009

A notre arrivée à Mumbaï, nous avons, dès le premier jour, vu des personnes dans la misère, autour de notre hôtel situé dans un quartier peu touristique. Des enfants de 3 ou 4 ans à peine vêtus qui mendient, des centaines d’hommes sans travail qui attendent sur la place devant « Khar Station » en espérant que quelqu’un les emploiera à la tâche ou à la journée.

 

Pourtant, tous ces hommes et ces femmes que j’ai croisés sont d’une incroyable dignité. Dignité dans leurs vêtement tout d’abord, impeccables et immaculés; mais aussi dans le port de reine des femmes, dans leur grâce naturelle, dans leur démarche lente qui fait onduler leurs sari coloré. Enfin dignité marquée d’une immense gentillesse. A aucun moment je n’ai ressenti d’hostilité à mon égard, souvent beaucoup de curiosité, mais aussi du respect, et une joie de vivre que certains occidentaux ont perdue.

 

Pour vous donner un exemple, en regardant par la fenêtre de ma chambre, j’ai surpris un indien qui faisait sa toilette au milieu d’un terrain vague : vêtu d’un slip, il avait uniquement un seau d’eau et un gobelet. En quelques minutes, il s’est brossé les dents, s’est savonné entièrement le corps et les cheveux avant de se rincer à grande eau. Comme je me demandais ce que je pourrais faire avec seulement un seau d’eau, j’ai tenté l’expérience le soir dans ma douche. Et ça marche! j’ai pu me laver et rincer corps et cheveux, sans manquer d’eau.

 

Voilà le premier paradoxe de l’Inde : autant les rues sont infectes, autant les gens sont propres. Autant ils vivent avec très peu de moyens, autant ils sont dignes et même élégants. SYBILLE