Sadhana forest : reforestation à Auroville

Samedi, avril 4th, 2009

Nous sommes allés à Auroville à Sadhana Forest, un projet du centre Auroville. Le fondateur Aviram est arrivé d’Israël avec sa femme et sa petite fille d’un an il y a sept ans. Son projet consiste à reboiser une terre presque déserte située à dix kilomètres de Pondicherry. Aviram nous explique leur mode de vie. Des volontaires creusent des trous avant la mousson pour récolter l’eau et pour éviter que ça fasse de l’érosion : l’eau descend dans la terre et recrée la nappe phréatique. Pour renforcer les plates-bandes principales, des pieds de vétiver et de plantes aromatiques sont plantés. Leur engrais principal sont les excréments humains (12 tonnes par an ) et le reste de nourriture. Nous avons vu l’endroit où ils gardent l’énergie des panneaux solaires et utilisent le reste de cette énergie pour fabriquer des piles de voitures électriques. La communauté a aussi un camion qui ne peut pas rouler à l’énergie électrique : ils écrasent des graines de l’arbre pongomia pour faire du bio-diesel. Avec six cents volontaires venant de quarante-cinq pays, ils ont planté 20 000 arbres en cinq ans qui représentent cent cinquante espèces différentes. Des fils de noix de coco sont déposés dans les trous creusés pour faire un lit à l’arbre. 90% des arbres survivent après la plantation. Sur la colline où nous étions, quatre cents volontaires avaient travaillé au reboisement. Les volontaires mettent plus de cœur que des professionnels, à tel point que s’ils reviennent, ils disent: où est mon arbre ? Des enfants des villages voisins vont venir planter une forêt d’arbres fruitiers et de légumes afin de pouvoir se nourri et nourrir leur village. Il n’y a pas encore de volontaires locaux à part les enfants. Tous les vendredi, Aviram et sa femme montrent gratuitement leurs projets à tous les touristes intéressés par la permaculture et la reforestation de manière à trouver des volontaires et éventuellement des successeurs car ils souhaiteraient construire un nouveau projet en Afrique. Nous sommes allés à la piscine (un gros bloc de béton) avec les deux enfants d’Aviram, qui ne vont pas à l’école : cependant, comme il y a constamment des volontaires du monde entier, ils parlent hébreu, anglais, un peu français et tamil. A la nuit tombée, une cérémonie a eu lieu avec des chants, de la musique avec l’instrument à vent aborigène et des danses : c’était la bénédiction du bassin à spiruline. Gilles, un français qui visite des bidonvilles au Brésil et en Afrique pour initier des piscines à spiruline, avait apporté les algues de base. La spiruline est une algue qui apporte trois fois plus de protéines que la viande et deux fois plus de protéines que le tofu. Cette plante pousse dans le désert, lorsqu’il y a du sel, de l’eau et un milieu acide (ici, c’est avec des cendres et de l’urine !). I Au bout de quatre jours, la spiruline peut être récoltée, fraîche en salade ou séchée. Comme les membres de la communauté de Sadhara sont végétaliens, la spiruline leur apporte des protéines. Avant de rentrer, nous avons pédalé sur des vélos pour créer de l’énergie : à plusieurs, ce n’était pas trop difficile. Cette énergie vient en complément des panneaux solaires, c’est plus utile que de faire du sport dans un club de fitness, c’est plus convivial que de regarder la télé. De toute façon, Gilles nous explique que lorsqu’on doit fabriquer son énergie à la force de ses jambes, on devient très économe. ARIANE

Project Green Hands : pour faire verdir le Tamil Nadu

Mercredi, février 25th, 2009

En 2005, au moment du tsunami, Isha Foundation a été parmi les premiers à se rendre sur les lieux du drame,  à évaluer ce dont les communautés touchées pouvaient avoir le plus besoin et surtout à apporter des réponses rapidement. Ainsi, des cliniques mobiles ont été envoyées dès le lendemain du tsunami, dont une puis plusieurs financées par Sanofi Aventis Inde sous le  leadership d’Alexandre de Carvalho. Dans les semaines suivantes, des maisons ont été conçues par Sadhguru -le fondateur de Isha Yoga- puis construites, d’un type nouveau résistant aux tsunamis et séismes, des pirogues fabriquées à Coimbatore pour échapper à la spéculation suivant ce genre de drame etc. Sadghuru dit immédiatement qu’il fallait reconstruire là où les gens avaient toujours vécu, et savaient vivre, à savoir sur les plages. C’était contre l’intuition, ou plutôt la peur générale mais plein de bon sens, et en fait la seule solution viable pour ces pêcheurs depuis les temps immémoriaux. Il remarqua aussi qu’aucun animal, ni sauvage ni domestique (sauf ceux qui étaient enfermés) n’étaient visibles parmi les décombres, car ils avaient senti venir la vague et avaient fui à la différence des êtres humains ; il en conclut qu’un travail devait aussi être fait pour rapprocher les communautés locales de la nature, leur faire retrouver leurs traditions et leur richesse intérieure. Des programmes de yoga furent mis en place dans ce sens.

C’est dans ce contexte qu’il demanda également à son équipe de replanter des arbres avec les communautés locales, à la fois en mémoire de chaque personne disparue, et pour préparer l’avenir. Très vite le programme se mit en place et des dizaines puis des centaines puis des milliers de volontaires se mirent à planter des arbres, dans les jardins, le long des routes, sur les places, au bord de la plage… vint alors l’idée d’établir un record de plantation d’arbres en une journée, pour faire connaître le projet et lui donner encore plus d’ampleur. Ce fut fait en octobre 2006, avec 850 000 arbres plantés en une journée, une seule ! Une première dans l’histoire humaine, avec très peu de moyens financiers mais une énergie humaine peu commune. Fort de ce succès incroyable, Project Green Hands se donna comme objectif de faire passer la couverture forestière du Tamil Nadu (un état aussi peuplé que la France) de 17% à 30%, ce qui correspond à l’objectif de l’Union Indienne dans son ensemble mais représente un travail titanesque.

En trois ans depuis le tsunami, plus de 3 millions d’arbres ont été plantés par plus de 400 000 volontaires. 70 pépinières produisent plus d’un million de plants par an, pour partie distribués gratuitement aux communautés locales, pour partie plantés par les volontaires d’Isha Foundation. Une quarantaine de permanents gèrent ce projet devenu géant, avec un mélange d’empirisme, de pragmatisme et de science qui leur donne une efficacité rarement rencontrée dans les projets de reforestation que j’ai pu voir ailleurs. Les idées fusent pour étendre le projet, mais toujours en se posant la même question : « que cela va –t-il apporter aux gens qui  plantent ? ». Le modèle actuel est principalement sur la replantation d’arbres fonctionnels : arbres fruitiers, arbres donnant du bois d’œuvre, arbres médicinaux, espèces en voie de disparition etc.  Et ce dans de petites exploitations agricoles privées qui typiquement replantent 10% de leur surface, souvent des terres en friche. Agro-foresterie donc (mélange d’agriculture et de sylviculture), dans le but d’apporter un revenu complémentaire aux fermiers tout en restaurant leur environnement et en impactant positivement leurs autres cultures.

Kinomé regarde avec Project Green Hands comment démultiplier ce projet modèle, le monter à une échelle encore supérieure et démontrer son impact positif sur le climat local.

Pépinière à Nazare Paulista

Jeudi, septembre 18th, 2008

Nous sommes partis à deux voitures pour le village de Nazare Paulista, avec Ghislaine qui s’occupe de nous depuis notre arrivée. Dans un terrain à côté du terrain de foot nous attendaient dix jeunes âgés de 13 à 18 ans. Ils se sont présentés et nous ont expliqué les différentes étapes pour faire pousser de petits arbres. Chacun avait préparé son intervention et s’efforçait d’utiliser un vocabulaire simple pour que nous puissions traduire les explications et instructions à nos filles.

Prendre une plaque avec 176 tubes –précision retrouvée dans le journal de bord d’Ariane !- percés : à remplir avec du terreau, qu’il faut secouer puis tasser. Faire un trou et y déposer deux graines qui ont été préalablement trempées dans de l’eau chaude.

Autres travaux : enlever les mauvaises herbes, replanter les pousses qui ont pris dans des pots plus grands… Les Françaises n’ont pas été les dernières à se salir les mains et le contact est si bien passé que Donatella est repartie avec deux porte-clés après échange d’adresses e-mail ! Seul regret : ne pas avoir joué au football malgré la proximité du terrain, faute de ballon.

Cette pépinière est animée par IPE, selon un modèle socio-économique développé au cours des dernières années : sensibiliser quelques jeunes à des problématiques environnementales pour qu’ils deviennent ambassadeurs auprès de leurs amis et familles, proposer des activités rémunératrices (les jeunes pépiniéristes reçoivent l’équivalent de 60€ par mois pour travailler de deux à quatre après-midi par semaine), organiser une commercialisation à l’intérieur même d’IPE (les plants issus de la pépinière sont pour partie utilisés pour les projets de reforestation développés par IPE).

Biodiversité au Brésil avec IPE

Mardi, septembre 16th, 2008


Arrivée à Sao Paolo dans la matinée, après un vol sans encombres via Miami. Nous ne recommanderons pourtant pas la compagnie American Airlines : nous étions dispersés tous les sept dans l’avion sans que le personnel au sol ni les hôtesses ne s’inquiètent beaucoup. Il a donc fallu que je réorganise les attributions de siège pour que la famille soit réunie pour ce premier vol de nuit. Une bonne façon d’entrer en contact avec les Brésiliens, à défaut de mettre en pratique mon brésilien…inexistant ! Charmants et très compréhensifs.
Passage de douane en douceur : grâce aux enfants, nous coupons à la file d’attente. Le douanier a l’air un peu effrayé de nous voir débarquer et met Nicolas en garde contre les dangers des grandes villes. Ariane fait monter ses trois sœurs sur un chariot pour éviter qu’elles se dispersent dans l’aéroport. Heureusement, le chef de famille prévoyant a tout organisé : une camionnette nous attend pour nous conduire chez IPE, notre première étape brésilienne, éloignée de près de 100 kms de Sao Paulo. Malgré la nuit écourtée, les filles sont bien éveillées, découvrant par la vitre les poules picorant au milieu de la chaussée, les corbeilles en acier suspendues devant chaque maison pour recevoir les sacs à ordure, les enfilades de magasins de pièces détachées automobiles, les affiches électorales, les enseignes publicitaires peintes directement sur les murs, la terre rouge, la végétation colorée et exotique. Pour ma part, le mot Brésil me rappelle deux livres dévorés il y a plus de 30 ans : « Mon bel oranger » et « Expédition Amazone-Orénoque » et évoque aussi deux personnes : ma marraine Davia qui m’avait rapporté des perroquets en bois peint d’un de ses séjours et un collègue et ami de Canson (PLP pour les anciens des Papeteries Montgolfier) qui a passé ses premières années professionnelles à Saint Paul. Sans oublier le sujet de géographie pour le bac 1983 et les révisions qui l’ont précédé, sur la plage de l’Ile Rousse, avec ma cousine Isabelle. Je suis donc impatiente d’aller au-delà des livres et de découvrir ce pays que je devine fascinant. (more…)